
Près d’un an après son arrestation à l’île Maurice, l’homme d’affaires malgache Mamy Ravatomanga s’est vu refuser une nouvelle fois sa libération sous caution, ce lundi 12 octobre. La justice invoque des risques de fuite et d’entrave à une vaste enquête financière. Ses avocats dénoncent une détention prolongée sans procès et annoncent un nouveau recours devant la Cour suprême.
Mamy Ravatomanga restera derrière les barreaux de la prison de Melrose. Ce lundi 12 octobre 2026, la Bail and Remand Court de Port-Louis a rejeté sa deuxième demande de libération sous caution. Le puissant homme d’affaires malgache, proche de l’ancien président Andry Rajoelina, est détenu depuis son arrestation, le 24 octobre 2025, dans une affaire de soupçons de blanchiment d’argent et de trafic d’influence liée à des flux financiers entre Madagascar et Maurice.
Cette nouvelle décision intervient presque un an après la crise politique qui a entraîné la chute d’Andry Rajoelina, le 14 octobre 2025, un contexte que la défense juge impossible à ignorer.
La justice redoute une fuite et des pressions sur les témoins
La Financial Crimes Commission (FCC), organisme mauricien chargé de lutter contre la criminalité financière, poursuit Mamy Ravatomanga sous trois accusations provisoires : deux pour blanchiment d’argent et une pour entente délictueuse liée à un possible trafic d’influence.
L’enquête porte notamment sur des avoirs d’environ 7,3 milliards de roupies mauriciennes, soit environ 137 M€, répartis entre ses comptes personnels et des sociétés qu’il contrôle. Leur origine et les opérations financières associées font l’objet d’investigations.
Les enquêteurs s’intéressent à plusieurs affaires économiques malgaches, concernant notamment les exportations de litchis, les importations de blé, des transactions impliquant des Boeing 777 et le projet autoroutier Samcrete. Ces différents dossiers comportent des soupçons d’irrégularités qui restent à établir judiciairement.
Pour la FCC, la libération de l’homme d’affaires pourrait compromettre des investigations internationales encore inachevées. L’ampleur de sa fortune et ses intérêts dans plusieurs pays alimentent les craintes d’une fuite.
L’organisme évoque également le risque de pressions sur des témoins et de manipulation de preuves. Lors des audiences, l’avocat de la FCC, Me Trishul Naga, a soutenu que ces dangers étaient réels et ne reposaient pas sur de simples hypothèses.
Le magistrat Mohammad Ilfaaz Farook Nathire a finalement retenu ces objections, jugeant les garanties proposées insuffisantes. Mais il a également reconnu la lenteur de la procédure et demandé aux enquêteurs de terminer leurs investigations dans les meilleurs délais.
Une détention déjà validée par la Cour suprême
La défense avait contesté le premier refus de la Bail and Remand Court, prononcé le 30 décembre 2025. Devant la Cour suprême, elle soutenait que le maintien en détention de son client était irrationnel et dépourvu de fondement factuel. Le 26 mai 2026, les juges Carol Green-Jokhoo et Azam Neerooa ont rejeté ce recours, estimant que la magistrate avait correctement exercé son pouvoir d’appréciation.
Les juges ont relevé que l’homme d’affaires possède en France des biens immobiliers visés par une enquête, ainsi que des comptes bancaires à Madagascar, aux Seychelles, à Dubaï, en France et dans les îles Vierges britanniques. Ses attaches à Maurice leur sont apparues faibles au regard de ses avoirs à l’étranger, et ils ont retenu le risque de pressions sur des témoins comme celui d’altération de preuves.
Dès décembre 2025, la Bail and Remand Court avait relevé l’existence d’une rencontre, le 14 octobre 2025 à Quatre-Bornes, entre l’homme d’affaires et Junaid Fakim, ancien commissaire de la FCC. C’est sur cette rencontre que repose l’accusation d’entente délictueuse. Ravatomanga la reconnaît, mais conteste toute intention d’influencer une enquête.
Les avocats dénoncent une détention devenue punitive
Dans un communiqué publié ce 12 octobre, Me Khushal Lobine, avocat de Mamy Ravatomanga à Maurice, dénonce une situation qu’il juge contraire à l’esprit de la détention provisoire. « La détention provisoire est en train de devenir une peine avant jugement », affirme-t-il.
La défense souligne que son client n’aurait plus été interrogé par les enquêteurs depuis décembre 2025 et qu’aucune date de procès n’a été fixée. Elle rappelle également que trois autres personnes mises en cause dans le dossier ont été remises en liberté dès novembre 2025.
Pour prévenir une éventuelle fuite, Mamy Ravatomanga proposait de remettre ses passeports, de résider chez sa fille à Maurice, de se présenter régulièrement aux autorités et de fournir un garant mauricien.
Ses avocats contestent également le risque de disparition des preuves, soulignant que de nombreux documents bancaires et équipements électroniques ont déjà été saisis. Les enquêteurs répondent que les investigations internationales, notamment sur les circuits financiers, sont toujours en cours.
La question de sa santé constitue un autre motif d’inquiétude. Selon ses avocats, Mamy Ravatomanga souffre d’une grave pathologie cardiaque, qui a nécessité la pose de deux stents en novembre 2025, quelques semaines après son arrestation. Il souffre aussi, selon eux, de diabète et d’hypertension.
La Cour suprême avait déjà examiné son état médical en mai, sans considérer que les éléments produits démontraient alors l’incapacité de l’administration pénitentiaire à assurer sa prise en charge.
Une affaire judiciaire sur fond de changement de régime
L’affaire Ravatomanga reste indissociable des bouleversements politiques survenus à Madagascar en octobre 2025. Arrivé à Maurice à bord d’un jet privé au moment où le pouvoir d’Andry Rajoelina s’effondrait, le patron du groupe Sodiat a rapidement fait l’objet d’investigations. La justice malgache a parallèlement engagé des procédures contre lui, notamment dans l’affaire des exportations de litchis.
Me Hector Bernardini, son avocat à Paris, insiste sur la nécessité de préserver l’indépendance de la justice mauricienne face aux éventuelles pressions extérieures. La défense considère que le changement de régime à Madagascar a joué un rôle déterminant dans l’engagement des poursuites.
Les décisions rendues jusqu’ici à Maurice reposent sur les risques de fuite et d’entrave exposés par la FCC. Le magistrat Nathire, qui a jugé ces risques assez sérieux pour maintenir Mamy Ravatomanga en prison, a lui-même pressé les enquêteurs de boucler leurs investigations.
Ses avocats annoncent désormais un nouveau recours devant la Cour suprême mauricienne, avant une éventuelle saisine du Judicial Committee du Privy Council à Londres, une voie déjà tentée en juillet puis abandonnée quelques jours plus tard. Sa prochaine comparution est prévue le 3 novembre.
Près d’un an après son arrestation, Mamy Ravatomanga, qui nie les faits qui lui sont reprochés, demeure présumé innocent. Les trois accusations retenues contre lui à Maurice restent provisoires.





