
En Tanzanie, la bataille judiciaire de Tundu Lissu est loin d’être terminée. Condamné vendredi 6 novembre 2026 à quatre ans de prison pour « incitation » à la violence, le principal opposant tanzanien entend contester cette décision devant les juridictions supérieures. Ses avocats ont engagé la procédure d’appel et préparent parallèlement une demande de mise en liberté sous caution. Au cœur de leur contestation : les conditions dans lesquelles cette infraction a été retenue contre leur client, alors que celui-ci était initialement poursuivi pour haute trahison.
Rugemeleza Nshala, avocat principal de Tundu Lissu, estime que la condamnation repose sur une difficulté juridique majeure. L’opposant n’aurait pas été informé, avant l’ouverture de son procès, de la possibilité d’être condamné pour incitation à la violence. Cette situation, selon ses conseils, l’a privé de la possibilité de préparer sa défense sur cette accusation précise.
Une condamnation qui soulève des questions sur la procédure
La justice a estimé pouvoir retenir cette infraction, prévue à l’article 390 du Code pénal,comme une qualification moindre liée à l’accusation initiale, en s’appuyant sur l’article 319 du Code de procédure pénale. Les magistrats considèrent que cette qualification pouvait être retenue sur la base des faits examinés au cours du procès. Les juges ont considéré que les déclarations de Tundu Lissu, appelant ses partisans à empêcher et à perturber les élections générales de 2025, constituaient une incitation. Ses avocats contestent cette interprétation. « En quoi réclamer des réformes constitue-t-il une infraction ? », s’interroge Rugemeleza Nshala, qui considère que les propos de son client relevaient du débat politique.
La défense remet également en cause la durée de la peine. Arrêté le 9 avril 2025, Tundu Lissu a passé 577 jours en détention provisoire dans le cadre des poursuites pour haute trahison. Ses avocats dénoncent le fait que cette période n’ait pas été prise en compte dans la fixation de la peine de quatre ans d’emprisonnement. Ils estiment également qu’une sanction financière aurait pu être envisagée, l’infraction d’incitation étant passible d’une amende ou d’une peine de prison.
Le verdict du 6 novembre comporte néanmoins un élément important : la Haute Cour l’a acquitté de la haute trahison, faute de preuves suffisantes démontrant une intention d’intimider le gouvernement. Cette accusation était passible de la peine capitale. L’opposant échappe ainsi à la sanction la plus lourde, sans pour autant retrouver sa liberté.
Un dossier aux répercussions politiques
L’affaire Tundu Lissu n’est que l’une des facettes de la crise politique qui a secoué la Tanzanie à la veille des élections générales d’octobre 2025 remportées par la Présidente Samia Suluhu Hassan. L’exclusion des principaux candidats de l’opposition et les violences qui ont accompagné le scrutin ont profondément secoué le pays. Depuis lors, la tension n’est pas totalement retombée et la Tanzanie cherche toujours à panser ses plaies. Une commission d’enquête mise en place par la Présidente Samia Suluhu Hassan a fait état d’au moins 518 morts. Un bilan contesté par l’opposition, qui accuse les autorités de minimiser l’ampleur de la répression.
Pour l’analyste tanzanien Francis Ibrahim, cité par RFI, le choix de retenir l’incitation plutôt que la haute trahison pourrait laisser une marge de manœuvre pour une éventuelle réconciliation politique. Une interprétation qui reste à l’épreuve des faits. Le maintien en détention du principal opposant tanzanien montre toutefois le chemin qui reste à parcourir.








