Procès Martinez Zogo : les témoins parlent sous la menace


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Martinez Zogo, journaliste assassiné au Cameroun
Martinez Zogo, journaliste assassiné au Cameroun

Le procès de l’assassinat de Martinez Zogo a repris lundi 26 octobre devant le tribunal militaire de Yaoundé. L’audience a été marquée par les déclarations contestées de Justin Danwe, ancien directeur des opérations du contre-espionnage à la Direction générale de la recherche extérieure (DGRE). La soirée s’est achevée avec le début de la déposition du lieutenant-colonel Parfait Ayissi Nanga, qui a remercié le tribunal pour sa protection avant de dénoncer des menaces dont il dit faire l’objet.

La reprise du procès du journaliste camerounais Martinez Zogo assassiné a repris hier, sur fond de déballage. Notamment des révélations sur des menaces dont ferait l’objet des témoins. Le lieutenant-colonel Parfait Ayissi Nanga a, en effet, dénoncé des menaces à son encontre. Selon son témoignage, ces menaces viennent du secrétariat d’État à la Défense, de la gendarmerie et de l’un des accusés, Stéphane Martin Savom, maire de Bibey, qu’il accuse de tentative de meurtre.

Un témoin clé sous pression

L’officier n’est pas un témoin ordinaire dans ce dossier. En janvier 2023, il commandait le groupement de gendarmerie territoriale du Mfoundi, à Yaoundé. Il siégeait aussi dans la commission d’enquête mise en place après la découverte du corps de l’animateur d’Amplitude FM. C’est vers lui que s’était tourné le sous-lieutenant Legrand Ngamby après avoir reçu des messages de Justin Danwe, présenté comme le chef du commando, demandant d’« administrer une correction » à Martinez Zogo.

Le 13 octobre, le lieutenant-colonel Ayissi Nanga avait déjà demandé la protection du tribunal militaire pour pouvoir témoigner. Dans une lettre au ministre, il évoquait des menaces dont il disait détenir les preuves et des personnes qui surveillaient ses déplacements pour influencer sa déposition. Il n’est pas le seul à se dire visé. L’avocat de Jean-Pierre Amougou Belinga, Me Charles Tchoungang, affirme lui aussi avoir reçu des menaces et avoir été invité à se retirer du dossier. Ancien bâtonnier du Cameroun, il réclame une réforme du code pénal.

Une protection sans cadre précis

Selon lui, les textes actuels ne donnent pas au président du tribunal les moyens concrets de sécuriser un témoin avant, pendant et après sa déposition. Sa proposition dépasse le cadre de l’affaire Zogo. La question de la sécurité des témoins s’est posée dès l’ouverture des débats sur le fond, en septembre 2025. Le premier témoin, un cultivateur d’Ebogo III qui avait découvert le corps, a raconté avoir fui son village pendant deux jours. Il avait ensuite été placé en garde à vue, pour sa sécurité selon ce que lui avait dit la police.

Depuis, plus de trente témoins ont défilé à la barre, parmi lesquels de nombreux militaires et agents des renseignements. Plusieurs d’entre eux ont travaillé à la DGRE, le service auquel appartenaient les membres du commando mis en cause. Ils déposent contre d’anciens supérieurs ou collègues, en présence des accusés. La loi camerounaise n’autorise pas la retransmission des audiences, mais les dépositions sont rapportées par la presse le jour même, noms et détails compris.

Un procès qui s’étire

Selon Me Tchoungang, rien n’est prévu pour les protéger après leur passage à la barre. La demande d’Ayissi Nanga a mis ce problème en évidence. La lenteur du procès ajoute à l’exposition des témoins. Ouvert le 25 mars 2024, il a d’abord été bloqué par des questions de procédure. Les débats sur le fond n’ont commencé que le 1er septembre 2025. L’accusation a cité environ 45 témoins. Selon Me Claude Assira, avocat de la DGRE, le tribunal n’en entend qu’un ou deux par audience, et certains reviennent plusieurs fois.

Hier, lundi, le 36ème témoin n’a prêté serment qu’après 21 heures, pour une quarantaine de minutes de déposition. En février 2026, le corps de l’animateur se trouvait toujours à la morgue, plus de trois ans après sa mort. L’audience reprend ce mardi avec la suite du témoignage d’Ayissi Nanga. Il devra encore répondre aux questions des avocats de la défense, parmi lesquels celui de Stéphane Martin Savom.

Etienne Dione
Très attaché à l’Afrique Centrale que je suis avec une grande attention. L’Afrique Australe ne me laisse pas indifférent et j’y fais d’ailleurs quelques incursions
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