
Le Premier ministre Joseph Dion Ngute a présidé à Douala, les 20 et 21 octobre 2026, la 12e session du Cameroon Business Forum (CBF), principale instance de dialogue entre l’État et le secteur privé. Le rendez-vous n’avait plus eu lieu depuis 2020, le patronat ayant refusé d’y siéger faute de résultats.
Après six années d’interruption, la salle de conférence de l’hôtel Best Western Plus de Douala s’est avérée trop exiguë, les 20 et 21 octobre 2026, pour accueillir des sommités de tous bords (administrations ; Chambre de commerce, d’industrie, des mines et de l’artisanat ; Groupement des entreprises du Cameroun ; Chambre d’agriculture, des pêches, de l’élevage et des forêts ; Syndicat des industriels du Cameroun ; Mouvement des entrepreneurs du Cameroun ; Groupement des femmes d’affaires du Cameroun ; partenaires techniques et financiers), conviées à la 12e session du Cameroon Business Forum (CBF). Le fil conducteur de ces assises : « ZLECAf et transformation productive : quelles réformes pour faire du Cameroun un pôle industriel et commercial majeur en Afrique ? »
Selon le communiqué des services du Premier ministre, Joseph Dion Ngute préside ces travaux sur instructions du président de la République, Paul Biya. La Primature y rappelle que le CBF « constitue la principale plateforme de dialogue entre l’État et le secteur privé ». Elle présente cette douzième session comme une nouvelle preuve de la volonté du gouvernement de travailler avec le secteur privé, qualifié de partenaire stratégique, pour consolider la marche vers l’émergence à l’horizon 2035 et bâtir une économie plus compétitive, capable de résister aux chocs de l’environnement international.
Six ans de bras de fer avec le patronat
La 11e session du CBF s’était tenue le 22 octobre 2020 à Yaoundé. La suivante devait avoir lieu le 15 décembre 2021 à Douala, mais le Groupement inter-patronal du Cameroun (Gicam), principale organisation patronale du pays, avait décliné l’invitation du gouvernement. La Primature avait alors renoncé à organiser les assises et renvoyé la 12e session sine die.
Les chefs d’entreprise reprochaient au gouvernement de ne pas tenir ses engagements : d’une session à l’autre, seule une faible part des recommandations adoptées était effectivement mise en œuvre. Le Gicam plaidait pour une refondation du dispositif et proposait de remplacer le CBF par une instance permanente de concertation de haut niveau, baptisée Cameroon Business Council. Une relance un temps annoncée n’avait pas abouti. Aujourd’hui encore, le secteur privé réclame un allègement de la pression fiscale et un accès facilité au crédit bancaire.
« La réalité sur le terrain est tout autre »
Selon l’opérateur économique Gaston T., « les thèmes choisis pour meubler les assises du Cameroon Business Forum sont toujours intéressants. Mais la réalité sur le terrain est tout autre. Tenez ! Un pays dans lequel les routes sont fortement dégradées, le ravitaillement en eau, en électricité et en internet renvoyé aux calendes grecques, l’accès à la terre un «serpent de mer», le taux de chômage très élevé et la fiscalité asphyxiante peut-il devenir un pôle industriel et commercial majeur ? »
« Qu’a-t-on fait des résolutions des onze précédentes sessions du Cameroon Business Forum ? À quoi serviront les résolutions de ces assises ? », ajoute-t-il.
« Le Cameroun, autrement appelé le «continent», est un pays riche dans tous les sens. Vous n’avez qu’à voir son sous-sol, ses forêts, ses cours d’eau, ses sites touristiques, la diversité de ses langues, le nombre sans cesse croissant de ses établissements scolaires (primaire, secondaire et universitaire), de ses centres de formation, des têtes bien faites et bien pleines de sa jeunesse. Au vu de ces atouts, quelques interrogations nous taraudent. Toutes ces ressources sont-elles suffisamment exploitées ? Cette jeunesse est-elle prise en compte lors de l’élaboration des politiques de croissance et de développement ? Pourquoi rester trop longtemps à un poste ? Pourquoi le cumul des postes ? Pourquoi ces départs massifs vers d’autres cieux ? Que deviendra notre pays dans les années à venir ? », s’interroge la politologue Rosine K.
« En me basant sur ce tableau somme toute sombre, je puis dire sans risque de me tromper que la relève n’est pas assurée. Si rien n’est fait rapidement, nous risquons de frôler le pire. Les situations difficiles que traversent d’autres pays devraient nous servir d’exemple », conclut-elle.
« Lors des assises du CBF, je vois beaucoup de véhicules de marque dans les cortèges, des routes barrées qui empêchent les populations de vaquer à leurs occupations, les pauses-café, les déjeuners, les dîners, les frais de mission, d’hébergement… Mais tant que le panier de la ménagère ne s’améliorera pas, je considérerai les travaux du CBF comme une dépense de plus. Cet argent ne pouvait-il pas résoudre un problème important ? », s’interroge l’étudiant François S.
Créé en janvier 2009 avec le concours de la Société financière internationale (IFC), filiale du groupe de la Banque mondiale, le Cameroon Business Forum est un mécanisme de dialogue public-privé. Il a pour objectif d’appuyer le gouvernement dans ses efforts de soutien à la croissance économique, à travers l’amélioration du climat des affaires et le développement du secteur privé au Cameroun.




