Affaire Martinez Zogo : de nouveaux indices au procès contre Maxime Eko Eko


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Martinez Zogo, journaliste assassiné au Cameroun
Martinez Zogo, journaliste assassiné au Cameroun

Le procès de l’affaire Martinez Zogo s’est poursuivi les 31 août et 1er septembre 2026 devant le Tribunal militaire de Yaoundé. Au centre des débats, les déclarations du colonel Jean-Pierre Otoulou, principal enquêteur de l’affaire, sur les éléments recueillis concernant l’ancien directeur général de la Direction générale de la recherche extérieure (DGRE), Léopold Maxime Eko Eko. La défense conteste la portée de ces éléments.

Le colonel Jean-Pierre Otoulou, ancien commandant de la légion de gendarmerie du Centre au moment des faits et membre de la commission d’enquête mixte, a poursuivi son témoignage devant le tribunal militaire. Lors de l’audience du 31 août, il a présenté plusieurs éléments de l’enquête qu’il considère comme des indices permettant d’établir que Maxime Eko Eko aurait eu connaissance de l’opération ayant conduit à l’enlèvement puis à la mort de Martinez Zogo. Le contre-interrogatoire s’est poursuivi ce 1er septembre avec des questions de la défense portant notamment sur la méthode d’enquête et les éléments matériels recueillis.

Les éléments avancés par l’enquêteur

Parmi les éléments évoqués figure une déclaration attribuée à Maxime Eko Eko pendant l’enquête. Selon le colonel Otoulou, l’ancien patron de la DGRE avait orienté les enquêteurs vers l’homme d’affaires Jean-Pierre Amougou Belinga, lui-même poursuivi dans le dossier. L’enquêteur a également évoqué l’absence d’enquête interne à la DGRE entre l’enlèvement de Martinez Zogo, le signalement de sa disparition et l’interpellation de Justin Danwe, alors directeur des opérations de la DGRE.

Le colonel Otoulou a par ailleurs fait état d’un rapport d’expertise portant sur les téléphones utilisés par Maxime Eko Eko. Selon les éléments présentés à l’audience, trois appareils seulement auraient été remis aux enquêteurs alors que l’ancien responsable de la DGRE avait déclaré en posséder dix. Certains de ces téléphones auraient cessé d’émettre après l’arrestation de Justin Danwe. Ces éléments sont contestés par la défense, qui interroge leur portée dans l’établissement d’une responsabilité pénale.

La défense conteste les conclusions

Les avocats de Maxime Eko Eko contestent l’existence d’éléments matériels établissant que leur client aurait ordonné ou facilité l’opération contre Martinez Zogo. Ils ont notamment interrogé le colonel Otoulou sur les éléments distincts des déclarations de Justin Danwe, ainsi que sur la manière dont certaines conclusions de l’enquête ont été formulées. La défense met également en cause plusieurs aspects de la conduite des investigations et des arrestations effectuées au début de la procédure.

Maxime Eko Eko figure parmi les 17 personnes renvoyées devant le Tribunal militaire de Yaoundé. L’ordonnance de renvoi signée le 29 février 2024 par le colonel-magistrat Pierrot Narcisse Nzie détaille les poursuites engagées contre les différents inculpés. Maxime Eko Eko y est notamment poursuivi pour complicité de torture. Justin Danwe est poursuivi pour plusieurs chefs, dont complicité d’assassinat, complicité d’arrestation et de séquestration et complicité de torture. Jean-Pierre Amougou Belinga est également poursuivi pour complicité de torture.

Un procès, 17 accusés

L’affaire concerne au total 17 personnes, parmi lesquelles figurent des responsables ou anciens responsables de la DGRE, des militaires, un homme d’affaires, des journalistes et un responsable municipal. Les chefs d’accusation varient selon les personnes et comprennent notamment l’assassinat, la complicité d’assassinat, la torture, la complicité de torture, l’arrestation et la séquestration. Lors de l’ouverture des débats consacrés aux charges, les 17 accusés avaient plaidé non coupables. L’audience des 31 août et 1er septembre intervient après plusieurs semaines consacrées au témoignage du colonel Otoulou.

Celui-ci avait été appelé comme 34ème témoin de l’accusation après l’audition de l’expert judiciaire Oloumou Jean-Pierre, dont les rapports avaient été versés au dossier. Le contre-interrogatoire du colonel a porté sur plusieurs pièces et éléments de l’enquête, notamment un véhicule Prado, des téléphones saisis et des données de géolocalisation. Martinez Zogo, de son vrai nom Arsène Salomon Mbani Zogo, était animateur de radio à Yaoundé. Il présentait notamment l’émission « Embouteillages », consacrée à l’actualité et aux problèmes de société.

Martinez Zogo enlevé en janvier 2023

L’homme a été enlevé dans la soirée du 17 janvier 2023. Son corps a été retrouvé le 22 janvier dans les environs de Yaoundé, dans le secteur d’Ebogo III, près de Soa. L’instruction judiciaire a abouti au renvoi de 17 personnes devant le Tribunal militaire de Yaoundé. Le procès s’est officiellement ouvert le 25 mars 2024, avant que les différentes questions de procédure ne retardent l’examen des faits. Les débats sur le fond ont finalement commencé ce 1er septembre 2025, avec l’audition des premiers témoins de l’accusation.

L’audience du 31 août a également été marquée par l’annonce de l’affectation du lieutenant-colonel Cerlin Belinga, commissaire du gouvernement près le Tribunal militaire de Yaoundé. Il doit prochainement rejoindre le Tribunal militaire de Garoua en qualité de vice-président. Jusqu’à cette nouvelle affectation, il intervenait dans le dossier Martinez Zogo au titre de l’accusation. Le procès se poursuit donc devant le Tribunal militaire de Yaoundé avec l’examen des témoignages et des éléments versés au dossier. Les déclarations du colonel Otoulou sur le rôle présumé de Maxime Eko Eko demeurent contestées par les avocats de l’ancien responsable de la DGRE. Aucune décision définitive sur la culpabilité des accusés n’a encore été rendue.

Etienne Dione
Très attaché à l’Afrique Centrale que je suis avec une grande attention. L’Afrique Australe ne me laisse pas indifférent et j’y fais d’ailleurs quelques incursions
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