États-Unis : Trump relance sa campagne anti-migrants en s’attaquant à Ilhan Omar et à la communauté somalienne


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Le Président des États-Unis, Donald Trump
Le Président des États-Unis, Donald Trump

Alors que la présidentielle américaine de 2026 approche, Donald Trump fait de la communauté somalienne du Minnesota l’un de ses chevaux de bataille. Dernière cible en date : Ilhan Omar, députée démocrate d’origine somalienne, accusée de fraude et menacée d’expulsion par le président.

Dans une nouvelle offensive aux accents ouvertement xénophobes, Donald Trump a annoncé lundi l’ouverture d’une enquête sur Ilhan Omar, députée démocrate du Minnesota et figure emblématique de la gauche américaine. Le président républicain l’accuse d’avoir fraudé les prestations gouvernementales et affirme que sa fortune aurait gonflé de manière suspecte, atteignant, selon lui, 44 millions de dollars. Omar, citoyenne américaine depuis l’an 2000, dément fermement ces accusations et les attribue à une campagne de désinformation orchestrée par ses opposants. Elle justifie l’évolution de sa situation financière par les investissements de son époux, un consultant politique à succès. Mais derrière cette attaque ciblée, c’est une stratégie bien plus large qui se dessine.

Le Minnesota, théâtre d’une campagne de stigmatisation

Depuis plusieurs semaines, les opérations de la police fédérale de l’immigration se multiplient dans le Minnesota, État historiquement ouvert aux réfugiés. En ligne de mire : la communauté somalienne, forte de près de 80 000 membres. Plus de 80 % d’entre eux sont pourtant citoyens américains.

Début décembre, Donald Trump avait qualifié les Somaliens de « déchets » venus d’un « pays de merde ». Des propos qui ont choqué jusqu’au sein de son propre camp, mais qui n’ont pas empêché la Maison Blanche de relancer une campagne de suspicion généralisée.

En toile de fond, une vaste affaire de fraude aux subventions alimentaires révélée dès 2022. Des centaines de millions de dollars auraient été détournés via des associations prétendument chargées de distribuer des repas à des enfants. Bien que les faits n’impliquent qu’une minorité d’acteurs, la droite conservatrice, médias et élus compris, en a fait un symbole de l’« échec des politiques migratoires ». Le président Trump est allé jusqu’à accuser les suspects de financer des groupes islamistes tels que les shebab somaliens, des allégations que le procureur a pourtant formellement démenties.

Une élue prise pour cible

Dans ce contexte, Ilhan Omar cristallise toutes les tensions. Fervente critique de Trump, elle est régulièrement insultée par l’ancien président, qui l’avait déjà sommée en 2020 de « retourner dans son pays ». Rappelons que la députée est non seulement née en Somalie, mais qu’elle est aussi parfaitement intégrée dans la vie politique américaine, ayant été élue à plusieurs reprises au Congrès.

Trump a réitéré cette semaine ses attaques, qualifiant Ilhan Omar de « ratée ingrate » et menaçant de la renvoyer vers la Somalie. « C’est peut-être le pays le plus corrompu au monde », a-t-il ajouté, illustrant une nouvelle fois son mépris pour ce continent.

Des expulsions en hausse

Dans le même temps, le ministère de la Sécurité intérieure a annoncé une vague d’arrestations à Minneapolis, avec 98 personnes inculpées, dont 85 d’origine somalienne, pour fraude présumée. Des chiffres immédiatement repris dans les cercles pro-Trump comme preuve d’un « laxisme migratoire » et d’un « péril intérieur ». En parallèle, les aides à la petite enfance dans l’État ont été suspendues, privant des milliers de familles de soutien.

L’objectif est clair : mobiliser l’électorat conservateur autour de la peur de l’étranger et stigmatiser les minorités pour détourner l’attention d’enjeux économiques et sociaux pourtant brûlants.

Une rhétorique qui inquiète

Les observateurs redoutent une radicalisation de la campagne électorale à venir. En s’attaquant de nouveau à Ilhan Omar et à la communauté somalienne, Donald Trump donne le ton d’un affrontement idéologique marqué par le rejet de l’autre. Pour beaucoup, les leçons de l’ère Trump 2016-2020 n’ont pas été tirées.

Au Minnesota comme ailleurs, les populations issues de l’immigration craignent une nouvelle vague de violences, d’humiliations et de discriminations. Et pour cause : les mots ont un poids, et les politiques migratoires en cours, une réalité brutale.

Maceo Ouitona
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Maceo Ouitona est journaliste et chargé de communication, passionné des enjeux politiques, économiques et culturels en Afrique. Il propose sur Afrik des analyses pointues et des articles approfondis mêlant rigueur journalistique et expertise digitale
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