
Un recruteur présumé a été inculpé devant le tribunal antiterroriste de Nairobi. Ce qui représente une nouvelle étape dans la lutte contre les réseaux d’envoi de combattants africains vers la Russie. Accusé de trafic d’êtres humains, Festus Arasa Omwamba est soupçonné d’avoir facilité le départ de dizaines, voire de centaines de Kényans vers la guerre en Ukraine, sur fond de promesses financières et de naturalisation.
Un tribunal de Nairobi a inculpé, ce 26 février 2026, un ressortissant kényan pour « trafic d’êtres humains » lié à l’envoi de jeunes Africains combattre pour la Russie dans la guerre en Ukraine. Selon le parquet, plus de 1 000 Kényans auraient quitté le pays via des réseaux de recrutement promettant emplois et nationalité russe.
Un réseau présumé au cœur d’une vaste enquête
Le suspect, Festus Arasa Omwamba, a été arrêté puis présenté devant un tribunal antiterroriste de Nairobi. Il est accusé d’avoir fait passer clandestinement 25 Kényans en Russie, en 2025. Les autorités affirment qu’il opérait via une agence enregistrée en 2024, Global Face Human Resources Limited, non accréditée par l’autorité nationale de l’emploi. D’après les enquêteurs, le nom d’Ommwamba apparaît au centre d’un réseau structuré ayant facilité le départ de centaines de jeunes hommes munis de visas touristiques, avant leur enrôlement présumé dans l’armée russe.
Selon l’acte d’accusation, les recrues étaient attirées par des promesses financières considérables : jusqu’à 350 000 shillings kényans par mois (environ 2 300 euros), avec des primes pouvant atteindre un million de shillings. Dans un pays où le chômage des jeunes demeure élevé, ces montants représentaient une opportunité exceptionnelle. Beaucoup pensaient partir pour des emplois de sécurité ou de gardiennage en Russie. Mais une fois sur place, plusieurs se seraient retrouvés envoyés sur le front ukrainien. Les autorités kényanes évoquent des dizaines d’hospitalisations, plusieurs disparitions et au moins un décès confirmé parmi les ressortissants concernés.
Arrestation à Moyale, audience prévue en mars
Le suspect a été interpellé à Moyale, près de la frontière éthiopienne, après avoir disparu à la suite de protestations de familles dénonçant les décès et disparitions de leurs proches. En septembre 2025, une descente de police près de Nairobi avait permis de découvrir 22 candidats au départ dans un appartement, avec passeports saisis et contrats non signés. Festus Arasa Omwamba a demandé une libération anticipée.
L’audience est fixée au 30 mars 2026. L’enquête se poursuit pour déterminer l’existence de ramifications internationales et d’éventuels complices. Le phénomène ne se limite pas au Kenya. En Afrique du Sud, le président Cyril Ramaphosa a confirmé le retour de 17 ressortissants sud-africains recrutés pour combattre en Ukraine. Certains auraient été enrôlés de force. Deux restent en Russie, dont un hospitalisé à Moscou.
L’Afrique du Sud et le Ghana confrontés au même phénomène
De son côté, le Ghana a sollicité l’Ukraine pour la libération de deux de ses citoyens capturés alors qu’ils combattaient aux côtés de la Russie. Le ministre ghanéen des Affaires étrangères, Samuel Okudzeto Ablakwa, a plaidé leur cause à Kyiv auprès du président Volodymyr Zelensky, invoquant des cas de manipulation et de désinformation. Un rapport de l’ONG Inpact indique que 1 416 combattants issus de 35 pays africains auraient rejoint les rangs russes depuis 2022.
Parmi eux figureraient 14 Sénégalais, dont six auraient perdu la vie. Les recruteurs promettraient primes à la signature pouvant atteindre 30 000 dollars, salaires mensuels de 2 200 à 2 500 dollars et naturalisation accélérée. Mais selon plusieurs témoignages, la formation militaire serait brève, parfois quasi inexistante, avant un déploiement rapide en zone de combat. Certains étudiants africains déjà présents en Russie auraient subi des pressions liées au renouvellement de visa ou à des difficultés financières.
Un conflit aux ramifications mondiales
Depuis l’invasion de l’Ukraine en février 2022, la guerre attire des combattants étrangers des deux côtés. L’Ukraine a créé une Légion internationale, tandis que la Russie s’appuierait sur des circuits plus discrets, mêlant agences de recrutement, intermédiaires locaux et campagnes en ligne. L’inculpation de Festus Arasa Omwamba est une nouvelle étape dans la réponse judiciaire africaine face à ces réseaux.




