Guerre en Ukraine : 17 Sud-Africains rapatriés parmi des centaines d’Africains recrutés dans l’armée russe


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Soldats africains envoyés en Ukraine par la Russie
Soldats africains envoyés en Ukraine par la Russie

Le rapatriement de 17 ressortissants sud-africains engagés dans la guerre en Ukraine fait jaillir une réalité préoccupante : l’implication de jeunes Africains dans le conflit russo-ukrainien. Promesses de salaires élevés, naturalisation accélérée et pressions exercées sur certains étudiants ou travailleurs expatriés : les mécanismes de recrutement suscitent de vives inquiétudes sur le continent. Pretoria ouvre une enquête qui pose la question du coût humain d’une guerre lointaine.

Le Président sud-africain Cyril Ramaphosa a confirmé le retour en sécurité de 17 citoyens sud-africains, âgés de 20 à 39 ans. Ils auraient été recrutés de force pour participer à la Guerre en Ukraine. Cette annonce fait ressortir l’ampleur du phénomène de recrutement de jeunes Africains dans les rangs de l’armée russe. Une enquête officielle est en cours pour déterminer les circonstances exactes de leur enrôlement et identifier d’éventuels réseaux impliqués.

Selon la Présidence sud-africaine, quatre hommes sont déjà rentrés au pays, tandis que onze autres sont actuellement en route. Deux restent en Russie : l’un est hospitalisé à Moscou et suivi par l’ambassade sud-africaine, l’autre attend la finalisation de son voyage. Cyril Ramaphosa a salué la coopération des autorités russes et remercié Vladimir Poutine pour son soutien lors d’un entretien téléphonique tenu le 10 février.

Recrutement de mercenaires africains : une enquête en Afrique du Sud

Les 17 Sud-Africains auraient été incités à rejoindre des activités mercenaires par des intermédiaires. Ce qui suscite une vive inquiétude au sein du gouvernement. Pretoria a ouvert une enquête pour établir si ces jeunes hommes ont été victimes de tromperie, de pressions ou de promesses fallacieuses. Les autorités cherchent également à sensibiliser la population aux risques liés à la participation à des conflits étrangers, notamment en violation du droit national et international.

Un rapport publié par l’ONG Inpact, en partenariat avec le projet Khachu Zhit/I want to live, révèle que 1 416 combattants originaires de 35 pays africains auraient été enrôlés dans l’armée russe depuis le début de la guerre en Ukraine en février 2022. Ces données mettent en évidence l’extension du conflit bien au-delà de l’Europe de l’Est.

Six Sénégalais tués sur le front ukrainien

Parmi les nationalités identifiées figurent 14 Sénégalais, dont six auraient perdu la vie au combat. Âgés de 25 à 37 ans, ces ressortissants prouvent le coût humain d’un engagement dans une guerre lointaine. Depuis le déclenchement du conflit, plusieurs rapports indépendants ont confirmé la présence de combattants étrangers des deux côtés du front. L’Ukraine a officiellement créé une « Légion internationale », tandis que la Russie s’appuierait sur des circuits plus discrets.

Le rapport d’Inpact détaille un système de recrutement structuré, mêlant contrats militaires classiques et réseaux d’intermédiaires. Au cœur du dispositif : des promesses financières particulièrement attractives pour des jeunes confrontés au chômage et à la précarité. Une prime à la signature pouvant atteindre 30 000 dollars serait proposée. Elle est accompagnée d’un salaire mensuel oscillant entre 2 200 et 2 500 dollars. Sans compter une assurance maladie et une naturalisation accélérée.

Promesses financières et naturalisation accélérée

Selon les informations recueillies, l’obtention d’un passeport russe pourrait théoriquement intervenir en trois à six mois. Dans des contextes où les restrictions de visas limitent fortement la mobilité internationale, cette perspective représente un puissant levier d’attraction. Toutefois, le rapport nuance ces promesses : de nombreux combattants n’obtiendraient jamais la nationalité annoncée, en raison de retards administratifs ou d’un défaut total de régularisation.

Les conditions de préparation militaire soulèvent également des inquiétudes. La formation dispensée aux recrues étrangères serait brève, parfois limitée à quelques semaines. Dans certains cas documentés, elle serait quasi inexistante. Les recrues seraient déployées rapidement sur les zones de combat. Ce qui augmente considérablement les risques encourus. Les pertes enregistrées parmi les ressortissants africains confirment la dangerosité de ce dispositif.

Réseaux transnationaux et exploitation des vulnérabilités

Le rapport évoque l’existence de réseaux transnationaux sophistiqués. Agences de voyage, publicités ciblées sur les réseaux sociaux, intermédiaires locaux et anciens combattants joueraient un rôle clé dans la chaîne de recrutement. Les campagnes en ligne promettant emplois, formations ou opportunités de résidence en Russie serviraient parfois de porte d’entrée avant la proposition d’un engagement militaire.

Plus préoccupant encore, certains Africains déjà présents en Russie pour des études ou un emploi se retrouveraient contraints de signer un contrat militaire. Des témoignages évoquent des pressions liées au renouvellement de visas, à des difficultés financières ou à des menaces implicites d’expulsion. Des étudiants confrontés à la hausse du coût de la vie auraient vu dans l’engagement armé une solution par défaut.

Etienne Dione
Très attaché à l’Afrique Centrale que je suis avec une grande attention. L’Afrique Australe ne me laisse pas indifférent et j’y fais d’ailleurs quelques incursions
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