Les États-Unis révoquent les exemptions de sûreté portuaire accordées à des installations camerounaises


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Port autonome de Douala
Port autonome de Douala

La garde côtière des États-Unis (United States Coast Guard) a annoncé la révocation des exemptions de sûreté portuaire dont bénéficiaient plusieurs installations au Cameroun, une mesure qui renforce les contraintes pesant sur le trafic maritime en provenance des ports camerounais.

Dans une notification publiée au Federal Register le 11 février 2026, la garde côtière américaine indique révoquer les exemptions dont bénéficiaient jusqu’ici six installations portuaires camerounaises : le Douala International Terminal (Douala Containers), le terminal Kome-Kribi 1, le terminal maritime d’Ebome, le Quai GETMA (LAMNALCO Base), le terminal de la Société nationale de raffinage (SONARA, dit Cap Limboh Terminal) et le terminal de Moudi. Cette décision, datée du 6 février, a pris effet ce 25 février 2026.

Il convient de rappeler que le Cameroun figurait déjà depuis plusieurs années sur la liste des pays jugés par Washington comme ne maintenant pas de mesures antiterroristes efficaces dans leurs ports. Toutefois, les six installations précitées bénéficiaient jusqu’à présent d’exemptions, leur permettant d’échapper aux conditions d’entrée renforcées imposées par la législation américaine. C’est ce régime dérogatoire qui vient d’être supprimé.

Absence d’une supervision spécifique

Selon la notification, « les mesures antiterroristes efficaces exigent une supervision gouvernementale, et les fonctions de sécurité telles que les évaluations des risques, les exercices, l’application des règles et le partage de renseignements ne peuvent être déléguées à des installations individuelles ». En l’absence d’une telle supervision, les installations exemptées « peuvent manquer des approbations nécessaires, des mécanismes d’application et de la coordination sécuritaire d’ensemble, augmentant ainsi les vulnérabilités du système de transport maritime ».

Concrètement, les navires ayant fait escale dans des ports camerounais et se dirigeant vers les États-Unis seront désormais systématiquement soumis à des conditions d’entrée renforcées : rehaussement du niveau de sécurité au standard MARSEC 2, contrôle de tous les points d’accès au navire, exécution d’une déclaration de sûreté, et obligation de signaler toutes les mesures prises au commandant de secteur de la garde côtière. Les navires ayant transité par les pays inscrits sur la liste au cours de leurs cinq dernières escales pourront faire l’objet d’un arraisonnement en mer pour vérification de conformité.

Cette décision intervient alors que le Port autonome de Douala (PAD) a engagé d’importants investissements pour moderniser sa sécurité, notamment à travers le projet Douala Port Security (DPS), lancé en 2019 avec le partenaire technique PortSec, dont la troisième phase a été annoncée en mars 2025. La concession du scanning des marchandises a par ailleurs été confiée à la société Transatlantic DSA depuis le 1ᵉʳ janvier 2026. Ces efforts n’ont manifestement pas suffi à convaincre Washington de la capacité de l’État camerounais à assurer une supervision gouvernementale effective et durable de ses installations portuaires.

Un fort impact économique

Les conséquences économiques de cette décision pourraient être significatives : allongement des délais logistiques, surcoûts liés aux inspections et procédures additionnelles, et perte d’attractivité des ports camerounais face à la concurrence régionale.

Outre le Cameroun, la révocation des exemptions concerne également l’Irak et Madagascar. Au total, 23 pays figurent aujourd’hui sur la liste américaine des États ne maintenant pas de mesures antiterroristes portuaires efficaces : le Cambodge, le Cameroun, les Comores, Cuba, la Corée du Nord, la Guinée équatoriale, la Gambie, la Guinée-Bissau, l’Iran, l’Irak, la Libye, Madagascar, les États fédérés de Micronésie, Nauru, le Nigéria, Sao Tomé-et-Principe, les Seychelles, le Soudan, le Suriname, la Syrie, le Timor-Leste, le Venezuela et le Yémen.

Franck Biyidi
LIRE LA BIO
Franck Biyidi est diplômé de l'IRIC (Institut des Relations Internationales du Cameroun) je suis spécialiste des relations internationales au sein de la Francophonie et de l'Union Africaine et de tout ce qui touche la diplomatie en Afrique francophone
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