Égypte, Algérie, Nigeria : les trois géants militaires africains


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Sukhoi Su-57
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Le dernier classement Global Firepower 2025-2026 confirme la domination militaire de l’Égypte, de l’Algérie et du Nigeria en Afrique. Derrière cette suprématie se cachent pourtant des réalités contrastées : modernisation accélérée, guerres internes, frontières sous tension et budgets en forte hausse interrogent l’équilibre entre sécurité et développement.

Dans un continent traversé par l’instabilité du Sahel, la guerre civile au Soudan et les tensions récurrentes en RDC, la course aux armements s’accélère. Le classement Global Firepower, qui analyse plus de 60 indicateurs pour 145 pays, place l’Égypte, l’Algérie et le Nigeria en tête des armées africaines, confirmant leur statut de géants militaires régionaux.

Derrière cette hiérarchie se cachent toutefois trois modèles stratégiques très différents, façonnés par des contextes géopolitiques et sécuritaires propres.

​L’Égypte : première armée d’Afrique, puissance sous pression

L’armée égyptienne est une machine militaire lourde et diversifiée. Première armée africaine et 19e mondiale, l’Égypte conserve une avance nette sur le plan des effectifs et de l’arsenal. Avec environ 440 000 militaires d’active et d’importantes réserves, Le Caire aligne une armée de terre très fournie, appuyée par des chars M1 Abrams, des avions Rafale, des frégates modernes et des systèmes de défense anti-aérienne de dernière génération.

​Son alliance stratégique avec Washington, héritée des accords de Camp David, lui garantit un flux régulier d’aide militaire, complété par des contrats majeurs avec la France, la Russie et l’Allemagne depuis 2013.

​Opacité budgétaire et guerre d’usure dans le Sinaï : Paradoxalement, le budget officiel de défense, autour de 5,9 milliards de dollars, ne la place qu’au troisième rang africain, derrière l’Algérie et le Maroc, ce dernier étant en pleine flambée de ses investissements militaires. Ce paradoxe est en raison de l’opacité des dépenses militaires et du poids économique de l’armée dans des secteurs civils entiers. Sur le terrain, l’institution reste embourbée dans un conflit de basse intensité contre des groupes djihadistes affiliés à l’organisation État islamique dans le Sinaï, un front qui dure depuis plus de dix ans et érode discrètement ses capacités.

L’Algérie : une forteresse en modernisation accélérée

C’est la deuxième armée du continent et 26e mondiale. Une stratégie de dissuasion régionale : L’Armée nationale populaire a lancé un vaste programme de modernisation : avions de chasse Su-35, sous-marins Kilo armés de missiles de croisière Kalibr, systèmes anti-aériens S-300 et S-400 construisent un dispositif redoutable en Méditerranée occidentale. Cette posture répond à un environnement jugé menaçant : tension persistante avec le Maroc autour du Sahara occidental, effondrement sécuritaire du Sahel, instabilité libyenne et porosité des frontières sahariennes.

Avec près de 6 000 kilomètres de frontières terrestres à surveiller, les plus longues d’Afrique, Alger cherche à se poser en verrou stratégique entre Méditerranée, Sahel et Sahara.

​Le Nigeria : géant démographique en guerre sur plusieurs fronts

Le Nigeria est une puissance théorique considérable. C’est la troisième force militaire africaine et 31e mondiale, le Nigeria se distingue par son poids démographique (plus de 220 millions d’habitants) et un important réservoir humain. Ses forces armées comptent environ 162 000 militaires d’active et une armée de l’air en pleine expansion, faisant du pays la première puissance militaire en Afrique subsaharienne en termes de dépenses.
En 2023, Abuja a porté son budget militaire à 3,2 milliards de dollars, soit une hausse de 20%, ce qui en fait le premier dépensier de défense d’Afrique subsaharienne.

Boko Haram, banditisme et piraterie : un front intérieur saturé. Contrairement à l’Égypte et à l’Algérie, le Nigeria se bat surtout sur son propre territoire. Depuis 2009, la lutte contre Boko Haram et l’ISWAP a fait plus de 35 000 morts et déplacé des millions de personnes dans le nord-est. Face à ces menaces, Abuja a misé sur la puissance aérienne, validant fin 2024 un emprunt de 618 millions de dollars pour l’achat d’avions d’attaque M-346 et de munitions, avec des livraisons étalées jusqu’en 2026.

En parallèle, l’armée doit contenir un banditisme armé endémique dans le Nord-Ouest, la piraterie dans le golfe de Guinée et des violences intercommunautaires dans la « Middle Belt », dispersant ses capacités sur plusieurs foyers de crise.

​Trois modèles militaires, une même quête de souveraineté

L’Égypte se projette comme puissance régionale connectée au Moyen-Orient et gardienne du canal de Suez ; l’Algérie se conçoit comme forteresse maghrébine et acteur clé de la Méditerranée et du Sahel ; le Nigeria tente de stabiliser une puissance démographique minée par des conflits internes prolongés.

Les dépenses militaires africaines ont globalement augmenté de 22% en 2023, pour atteindre 51,6 milliards de dollars, et cette tendance haussière pourrait se poursuivre si les foyers de tension se multiplient.

Ali Attar
Ali Attar est un spécialiste reconnu de l'actualité du Maghreb. Ses analyses politiques, sa connaissance des réseaux, en font une référence de l'actualité de la région.
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