
Privé de candidat à la présidentielle du 12 avril 2026, le parti Les Démocrates traverse une zone de fortes turbulences. Entre la contestation interne menée par Éric Houndété et l’installation contestée de Nourénou Atchadé, la principale force d’opposition béninoise vacille. Plongée au cœur d’une crise de succession qui ressemble de plus en plus à une fin de cycle.
À moins de trois semaines de la présidentielle du 12 avril 2026, l’attention est polarisée. Pourtant, le principal parti d’opposition, Les Démocrates, grand absent du scrutin, s’enfonce dans une crise de leadership aux contours incertains. Au cœur de cette nouvelle turbulence : la contestation par Éric Houndété de la désignation de Nourénou Atchadé à la tête du parti, intervenue à l’issue du Conseil national du dimanche 22 mars 2026.
Réuni à Cotonou, le Conseil national des Démocrates devait initialement se pencher sur deux questions majeures : la stratégie du parti face à la Présidentielle imminente et la succession de Thomas Boni Yayi, qui a récemment quitté la présidence de la formation. À l’issue des travaux, les instances du parti ont acté deux décisions majeures : d’une part, la désignation de Nourénou Atchadé comme nouveau président ; d’autre part, le choix de ne soutenir aucun candidat à la Présidentielle, en raison notamment de l’absence du parti dans la course, faute de parrainages suffisants. Mais cette séquence, loin de clarifier la ligne du parti, a plutôt déclenché une fracture interne.
Houndété dénonce une « violation des textes »
Dans une déclaration diffusée le 24 mars sur Matin Libre TV, Éric Houndété, qui assurait l’intérim depuis le retrait de Boni Yayi, a rejeté en bloc les conclusions du Conseil national. Il affirme que la procédure ayant conduit à la désignation de Nourénou Atchadé est entachée d’irrégularités. Selon lui, la réunion a été perturbée et finalement levée sur sa décision, en raison de tensions internes. Dès lors, toute décision prise après cette levée de séance serait, à ses yeux, « nulle et non avenue ».
« Éric Houndété reste et demeure le président par intérim du parti, jusqu’à ce qu’une session extraordinaire convoquée à cet effet connaisse de la suite de la procédure », a-t-il martelé. En clair, l’ancien député met en cause une tentative de passage en force d’une partie des cadres du parti, accusés d’avoir outrepassé les règles statutaires.
Une crise révélatrice de tensions plus profondes
Cette contestation ouvre une phase de bicéphalisme au sommet des Démocrates : d’un côté, une direction issue du Conseil national, incarnée par Nourénou Atchadé ; de l’autre, une légitimité revendiquée par Éric Houndété, fondée sur le respect des textes internes. Une telle configuration n’est pas sans risques. Elle pourrait déboucher sur une bataille juridique autour de la légalité des décisions prises le 22 mars, voire sur une paralysie des organes du parti.
Au-delà de la querelle de procédure, cette crise met en lumière des fractures plus profondes au sein des Démocrates. Depuis leur création, ces derniers se sont imposés comme la principale force d’opposition, fédérant des sensibilités diverses autour de la figure de Boni Yayi. Son retrait de la tête du parti laisse désormais place à une compétition interne pour le contrôle de la formation politique, dans un contexte de recomposition politique accélérée. Une remarque s’impose : ce parti, qui aspirait à l’exercice du pouvoir, semble aujourd’hui vaciller sur ses bases. Après les tensions lors de la désignation du duo de candidats, ces nouveaux déchirements apportent de l’eau au moulin de ceux qui voient dans cette formation un « château de cartes » privé de son ciment originel.
Une issue suspendue à une session extraordinaire
Pour Éric Houndété, la sortie de crise passe par la convocation d’une session extraordinaire, seule habilitée, selon lui, à statuer sur la succession de Boni Yayi dans le respect des statuts du parti. Mais la tenue d’une telle session dépendra de la capacité des différentes factions à s’entendre sur un minimum de règles communes, un défi de taille dans un climat de défiance. En attendant cette session, si tant est qu’elle devait tenir, le peu de capital confiance que certains militants continuaient de lui accorder finit par s’éroder dangereusement..
L’équation est désormais existentielle : un parti absent du jeu électoral pour les années à venir et dont l’horizon politique semble bouché a-t-il encore les moyens de retenir ses troupes ? Le défi était déjà immense ; il devient insurmontable face au spectacle désolant que les responsables livrent aujourd’hui à l’opinion publique. Pour beaucoup, le capital confiance des militants, déjà entamé, finit de s’éroder dangereusement. Tout semble ainsi confirmer la « fin d’un cycle », pour reprendre les mots de l’ex-secrétaire à la communication, Guy Mitokpè, qui a choisi de claquer la porte comme tant d’autres avant lui. Dans ce naufrage annoncé, une question demeure : après les défections en cascade, qui sera le prochain sur la liste ?




