
Après dix jours de tractations et une tentative de médiation avortée à Tchaourou, la coordination nationale du principal parti d’opposition béninois a pris acte, vendredi 13 mars, du départ de son président fondateur. Le premier vice-président Éric Houndtété assure désormais l’intérim dans un contexte de crise existentielle pour la formation politique.
Vendredi 13 mars 2026 à Cotonou, la coordination nationale du parti Les Démocrates a acté la démission de son président fondateur Thomas Boni Yayi, ancien président de la République du Bénin, alors que sa formation politique traverse une crise existentielle à l’approche de l’élection présidentielle du 12 avril prochain.
Une démission motivée par des raisons de santé
Dans un courrier daté du 3 mars 2026, l’ancien chef de l’État avait justifié son départ par des raisons de santé et son souhait de tourner la page sur ses activités politiques au sein de la formation. « Pour des raisons de santé, et afin de pouvoir pleinement consacrer cette nouvelle étape de ma vie au repos, j’ai choisi de mettre un terme à mes activités politiques au sein du parti », avait-il écrit dans sa lettre adressée aux instances dirigeantes. L’annonce a été confirmée le mercredi 4 mars par Guy Dossou Mitokpè, secrétaire national à la communication du parti. Son fils, Chabi Georges Nadjim Yayi, qui occupait le poste de secrétaire aux relations extérieures, avait également présenté sa démission le même jour.
Un rejet initial, puis une tentative de médiation avortée
Réunis le vendredi 6 mars, les responsables des Démocrates avaient dans un premier temps rejeté cette démission, par la voix de Kamar Ouassagari, secrétaire administratif du parti, conformément aux règles internes stipulant qu’on ne saurait entériner le départ d’un père fondateur sans l’avoir vu ni entendu. « Thomas Boni Yayi n’est pas n’importe qui. Il est pratiquement l’âme du parti Les Démocrates. Il est une personnalité très importante de l’histoire politique de notre pays. C’est pourquoi il faudrait aller à sa rencontre. La délégation cherchera à mieux comprendre s’il n’y a pas d’autres raisons en dehors de la raison sanitaire », avait déclaré Guy Mitokpè, secrétaire à la communication.
Une délégation d’une vingtaine de responsables, dont d’anciens députés et plusieurs cadres du parti, s’est rendue à Tchaourou le mardi 10 mars pour tenter de convaincre l’ancien président de revenir sur sa décision. La rencontre, tenue à huis clos, a duré près de trois heures sans aboutir à un changement de position. Boni Yayi a maintenu sa démission avec fermeté.
Houndtété aux commandes, un Conseil national dans trois mois
C’est à l’issue de la séance du vendredi 13 mars que la coordination nationale a officiellement pris acte de cette démission. La décision a été confirmée par Jude Lodjou, l’un des responsables du parti, après une suspension des travaux. Conformément aux textes internes, le premier vice-président Éric Houndtété assure désormais l’intérim à la tête de la formation politique, jusqu’à la tenue d’un Conseil national extraordinaire qui devra être convoqué dans un délai de trois mois pour entériner la succession et définir une nouvelle direction.
Une décennie de revers face au régime Talon
Ce départ intervient dix ans après la fin du second mandat de Boni Yayi à la présidence de la République, une décennie marquée par une série de revers politiques face au régime de Patrice Talon. Le parti a perdu l’intégralité de sa représentation parlementaire lors des législatives du 11 janvier 2026, après avoir disposé de 28 députés à l’issue du scrutin de 2023. Sa candidature à la présidentielle, portée par le duo Renaud Agbodjo et Jude Lodjou, a été invalidée pour insuffisance de parrainages – 27 validés sur les 28 exigés – à la suite du retrait de sa fiche de soutien par le député Michel Sodjinou, qui avait dénoncé une dérive autoritaire au sein de la formation.
Une longue traversée du désert, mais une main tendue vers la FCBE
Dans cette situation critique, la question de l’avenir du parti a été au cœur des discussions de vendredi. Désormais sans députés ni maires pour parrainer un candidat, Les Démocrates ne devraient pas non plus pouvoir participer à la présidentielle de 2033, les condamnant à une longue traversée du désert. Néanmoins, les responsables du parti ont annoncé leur disponibilité à échanger avec la Force cauris pour un Bénin émergent (FCBE) de Paul Hounkpè, l’un des deux candidats en lice pour le scrutin du 12 avril, face au duo de la majorité présidentielle Romuald Wadagni et Mariam Chabi Talata.
Le parti a également décidé de prendre une part active à la campagne électorale, qui se déroulera du 23 mars au 10 avril 2026. Les conclusions des échanges avec la FCBE seront présentées lors de la prochaine session du Conseil national, fixée au 21 mars, où seront arrêtées les orientations politiques du parti. Thomas Boni Yayi a tourné la page. Reste à savoir si ceux qu’il laisse derrière lui sauront écrire le chapitre suivant.



