Bénin : « Ma démarche est une démarche patriotique », Eriyomi Adéossi explique son communiqué


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Eriyomi Adéossi
Eriyomi Adéossi

Quelques jours après la sortie médiatique du ministre béninois des Affaires étrangères pour justifier l’absence du Bénin lors du vote d’une résolution à l’ONU sur la traite transatlantique, Eriyomi Adéossi, président de l’association Culture et Développement d’Ici et d’Ailleurs (CDIA), a publié un communiqué pour évoquer la question. Afrik.com s’est rapproché de lui pour comprendre les motivations de ce communiqué.

Afrik.com : À la lecture de votre communiqué, la question que nous nous sommes posée et que nous allons vous répéter est de savoir pourquoi une telle sortie médiatique de votre part maintenant, après la conférence de presse du ministre béninois des Affaires étrangères qui a quand même calmé les passions ?

Eriyomi Adéossi : Je vous remercie pour la question. Pour y répondre, je dirai d’abord que ma démarche est une démarche patriotique. Le Bénin était absent de la salle et n’a pas pu voter. Comme vous l’avez certainement vu, tous les médias ont relayé cela, et c’était un tollé général ; cela a suscité beaucoup de polémiques, les gens de la diaspora étaient choqués, même nous Béninois, nous étions choqués. Nous n’avons pas compris le fait que le Bénin ne soit pas présent dans la salle. Et au niveau de notre organisation, l’association Culture et Développement d’Ici et d’Ailleurs que je préside et qui organise le Festival International Couleurs d’Afrique, nous nous sommes déjà habitués à travailler avec cette communauté d’Afro-descendants depuis six ans. Et donc, nous sommes dans une collaboration permanente avec ces frères et sœurs de la diaspora.

Lorsque les médias ont commencé à relayer que le Bénin était absent, alors que ce pays a voté une loi pour accorder la citoyenneté aux Afro-descendants, alors que ce pays a investi des milliards pour la sauvegarde de cette mémoire, alors que ce pays met beaucoup de moyens pour que les gens retournent sur la terre mère, c’était un acte incompréhensible. Personnellement, j’ai reçu beaucoup de messages de nos frères de la diaspora qui me demandaient de leur expliquer pourquoi le Bénin n’était pas présent dans la salle où a eu lieu le vote.

Je ne suis pas le ministre, et moi-même je ne comprends pas pourquoi nous étions absent. Et, quand le ministre nous a expliqué les raisons, franchement, je n’étais pas heureux parce que j’estime que, quand il s’agit des questions qui touchent ce point sensible, c’est-à-dire l’esclavage, la traite transatlantique, qui touchent les Afro-descendants, on ne peut pas venir justifier notre absence. C’est un sujet si sensible qu’on devait prendre toutes les dispositions pour être présent dans la salle et être même parmi les premiers pays à voter en faveur de la résolution.

Le ministre a expliqué qu’il était sur le terrain, qu’il n’a pas pu échanger avec l’ambassadeur du Bénin aux Nations unies, et donc qu’il n’y pas eu d’instruction ferme. Notre communiqué, c’est juste pour inviter le gouvernement du Bénin à désormais prendre des dispositions pour ne plus se mettre dans une posture difficile, quand il s’agira des questions aussi sensibles. La démarche que nous menons au niveau du Festival Couleurs d’Afrique, c’est de faciliter le retour, être le pont culturel de retour des nôtres sur la terre mère, créer des collaborations, créer des occasions de travailler ensemble. La meilleure manière pour moi de m’exprimer, c’était de faire ce communiqué pour attirer l’attention du gouvernement afin que les prochaines fois, des dispositions soient prises pour parler haut et fort, pour clamer notre position et nous affirmer davantage.

Dans le même temps, le communiqué vise à apaiser les nôtres de la diaspora, pour leur dire qu’il y a eu un dysfonctionnement au niveau du Bénin, mais que cela ne doit pas entacher nos relations ; cela ne doit pas créer une nouvelle plaie en eux, parce qu’il y avait déjà une plaie qu’on essayait de panser ; qu’il est indispensable de continuer à travailler ensemble, et que le Bénin s’engage, à travers notre festival à corriger cela et à amplifier les initiatives. Je sais que le gouvernement aussi va prendre des initiatives. Nous, au niveau du Festival Couleurs d’Afrique, on essaiera davantage de prouver que notre absence dans la salle des Nations unies n’est pas une raison pour dire que le Bénin n’est pas pour. La preuve, le Bénin a finalement notifié son vote pour cette résolution au lendemain du vote.

« Mais au-delà de l’explication administrative, cette séquence doit nous conduire à une exigence plus grande : sur les sujets qui touchent à la mémoire africaine et afro-descendante, le Bénin doit parler avec clarté, constance et leadership ». Expliquez-nous davantage cette affirmation.

C’est ce que je vous disais tout à l’heure. C’est une interpellation, un message à l’endroit de nos autorités. Quand il s’agira des questions qui touchent les Africains de la diaspora, les Afro-descendants, le Bénin tel qu’il est positionné aujourd’hui, doit s’affirmer, doit parler à haute voix. Le monde doit savoir que nous sommes engagés là-dedans et que nous défendons cela. Quand on va vouloir parler de reconnaissance, on doit être là, quand on va vouloir parler de réparations, on doit être là, quand on va vouloir parler du retour des Afro-descendants en Afrique, on doit être là.

Le Bénin n’est pas le seul pays qui veut que les Afro-Américains, que les Afro-descendants, que les Afro-Brésiliens retournent en Afrique. Mais le Bénin a été entraîné dans le commerce triangulaire ; à partir de ce moment-là, on ne doit pas être parmi les dernières personnes qui parlent. Je voulais donc juste dire par ce message que le gouvernement béninois doit être prêt à tout moment à être au premier rang quand il s’agit des questions qui touchent les peuples noirs opprimés, qui touchent l’esclavage, la traite transatlantique.

Vous avez également rappelé l’une des mesures fortes prises par le gouvernement béninois en faveur des Afro-descendants : la loi leur permettant de demander et d’obtenir la citoyenneté béninoise. Plus d’un an après la promulgation de cette loi, quelle lecture faites-vous de son application ?

Eriyomi Adéossi : Au début, lorsque le gouvernement du Bénin a mis en place la plateforme “My origins” qui sert à faire la procédure, je pense que j’ai été parmi les premières personnes à relayer cela. C’était avec beaucoup de joie que les Afro-descendants qui sont parmi mes contacts ont reçu l’information. Et dans les heures qui ont suivi, beaucoup ont tenté de faire déjà leurs demandes. Bizarrement, la plateforme n’avait pas fonctionné ce jour-là. Je me suis dit, mais qu’est-ce que je fais là ? J’étais d’abord choqué. J’ai été obligé d’interpeller nos autorités sur le fait que la plateforme qu’on venait à peine de lancer ne fonctionnait pas. Et je vous dis, dans les heures qui ont suivi, je pense que c’était une panne technique, le problème a été réglé. L’application de la loi suit son cours. Beaucoup ont déjà bénéficié des dispositions de cette loi. Nous apprécions cela.

Vous avez interpellé le gouvernement comment ? En quoi faisant ?

Mais en prenant la parole, tel que je le fais avec vous. Je partageais un forum avec certaines autorités du pays, et sur ce forum, j’ai alerté que la plateforme que le gouvernement venait de lancer ne marchait. Je pense que les gens m’ont lu dans le forum, et ils se sont attelés à régler le problème. Parce que le lendemain, je crois, on a réessayé depuis la Martinique et ça avait marché. Il y a des forums comme ça que je partage avec certaines autorités et qui me permettent de dire un certain nombre de choses, des choses que je ne peux pas dire sur la place publique, mais que je peux évoquer dans ce genre de creuset pour que l’information soit prise en compte.

Mais il y a eu ensuite d’autres problématiques ; des questions qui me sont parvenues et venant de certains Afro-descendants. Par exemple : comment voulez-vous que nous justifions que nos ancêtres venaient de chez vous alors que, comme vous le voyez, on est déjà Noirs ? C’était des Guadeloupéens, des Réunionnais qui disaient on est Noirs, comment voulez-vous encore qu’on justifie qu’on vient de chez vous ?  Peut-être qu’il faut revoir comment il faut favoriser la chose. Mais le dossier dit : envoyez les dossiers de vos grands-parents, les actes de naissance de vos grands-parents qui prouvent qu’ils sont nés en telle année. Certes, au niveau des dossiers à fournir, il y a encore peut-être un petit problème à régler. Mais après, moi, j’assiste pas mal de personnes pour obtenir cette nationalité-là.

Chaque année, le Festival Couleurs d’Afrique fait venir au minimum une vingtaine d’Afro-descendants. Et je peux vous dire qu’il y avait 15 personnes de la Martinique en 2024 pour notre festival. Plusieurs parmi ces Afro-descendants ont déjà enclenché la procédure pour obtenir la nationalité béninoise. Et je pense que la semaine dernière, il y en a qui ont déjà reçu la notification de leur certificat de nationalité. Ça veut dire qu’après cette loi-là, l’effet sur le terrain suit son cours. Je ne connais pas les statistiques, mais je sais que des centaines d’Afro ont déjà fait leur demande de nationalité et l’ont déjà obtenue. Certains parmi ceux que nous assistons ont reçu leurs notifications, d’autres attendent.

Mais il ne s’agit pas pour nous seulement de donner la nationalité aux gens. Nous réfléchissons avec eux pour leur installation, leur intégration. Nous réfléchissons avec eux pour la mise en place de projets. Donc au-delà même du fait qu’ils auront la nationalité, il faut échanger avec eux. Il ne faut pas donner seulement la nationalité aux gens et dire allez-vous débrouiller ; il ne faut pas que les gens prennent notre nationalité puis retournent chez eux aux Etats-Unis ou en Guadeloupe pour ne plus revenir ou simplement revenir uniquement pour les vacances. Il faut échanger avec eux pour savoir ce qu’on peut mettre en place ; savoir comment les assister pour mettre en place des projets.

De notre côté, parmi ces personnes qui ont enclenché le processus d’obtention de la nationalité béninoise, il y en a qui ont déjà un projet d’entreprise au Bénin, qui vont venir créer leur entreprise. Il y en a qui veulent évoluer dans le domaine de l’agriculture par exemple, à qui il faut négocier des terres. Donc j’estime que cette loi est une loi favorable aux Afro-descendants. C’est une loi qui nous favorise aussi. Parce que ça nous permettra d’entrer en contact avec nos frères et sœurs, de voir comment eux ils font aussi, en termes d’entreprise. Donc nous, nous avons accueilli cette loi comme une bonne chose. Et tant que ça ne nous porte pas préjudice, c’est bon. Tant que ce n’est pas non plus une autre fenêtre de recolonisation, eh bien je suis partant. Voilà un peu ma position par rapport à cette loi.

Vous avez dit tout à l’heure que vous avez déjà accompagné un certain nombre d’Afro-descendants à faire leurs démarches pour avoir la citoyenneté béninoise. Combien de personnes avez-vous déjà appuyé, pour avancer des chiffres concrets ? Et combien ont effectivement déjà obtenu la citoyenneté ?

On fait ça à chaque édition du festival.

Le festival est annuel ?

Il est biennal. La dernière édition remonte à 2024. En 2024, on avait la Martinique, la Guadeloupe, Madagascar même était là. Il y avait huit personnes qui ont exprimé le désir de demander la nationalité béninoise. Quelques mois plus tard, six ont enclenché la procédure. Et parmi ces six, trois ont déjà reçu la notification. Et les autres sont encore en attente. D’ailleurs, je voudrais profiter de l’occasion pour demander à nos autorités, malgré le nombre de demandes qu’elles reçoivent, de faire l’effort de respecter les délais prévus.

Parce qu’il y a eu un délai de trois mois qui a été fixé pour faire un retour aux demandeurs. Les gens ont fait leurs demandes, et nous sommes dans le 4ème mois pour certains, le 5ème mois pour d’autres. Et ils n’ont pas reçu de réponse. Moi, ils m’interpellent, ils veulent que je leur explique pourquoi après les 3 mois ils n’ont pas de réponse. Je voudrais profiter de l’occasion pour demander aux autorités de faire le nécessaire pour respecter les délais. Nous, nous les assistons en vérifiant leurs dossiers, en les aidant sur la plateforme, en suivant la demande avec eux. Pour le moment, voilà les chiffres que nous avons.

Vous avez dit que huit ont exprimé le besoin et finalement c’est six qui ont fait réellement fait le nécessaire…

Exactement. Et là, trois ont reçu leur notification de certificat de nationalité parmi ceux qui étaient là en 2024 seulement. Il y en a encore trois qui sont en instance, qui nous relancent tout le temps. Moi j’essaie de me renseigner régulièrement auprès du ministère de la Justice pour savoir ce qu’il en est. Et souvent ils ne répondent même pas. Le constat c’est qu’il y a un peu de lenteur dans le traitement des demandes.  Et j’espère que d’ici à là, tout ça va être réglé.

Est-ce que depuis que cette expérience a commencé, vous avez entendu parler de cas de refus, de cas où certains ont voulu avoir la nationalité et ont essuyé un refus ?

Je n’ai pas encore eu une notification de refus. Il n’y a aucun Afro-descendant qui m’a notifié un refus. Tout ce qu’ils déplorent, c’est le retard par rapport aux délais prévus. Parce que souvent, ils font leur planification, font leur demande, et savent que dans trois mois, ils auront une réponse. Et lorsque la réponse est positive, ils savent qu’à telle période, ils feront le déplacement au Bénin pour venir confirmer. Mais lorsqu’il y a retard d’un ou deux mois dans la réponse, cela agit déjà sur leur chronogramme.

Vous avez déjà commencé par parler du festival. Alors, dites-nous réellement en quoi consiste le Festival international Couleurs d’Afrique. D’abord, d’où est venue l’idée de ce festival ?

Le Festival Couleurs d’Afrique, c’est un festival que j’ai fondé en 2019 sous la bannière de mon association “Culture et Développement d’Ici et d’Ailleurs”. Au début, l’idée était de créer une plateforme d’expression pour les jeunes talents africains. Parce que je me disais que le Bénin n’a pas un festival proprement dit, surtout pour les arts vivants où plusieurs pays d’Afrique et du monde viennent s’exprimer. Nous avions entre-temps le Festival international de théâtre du Bénin (FITHEB). Mais là je me suis dit qu’il faut créer quelque chose pour permettre aux gens de venir s’exprimer parce qu’il y a beaucoup de talents.

D’autre part, j’avais pris part aux Journées Musicales de Carthage en Tunisie où j’avais rencontré des collègues africains qui avaient des festivals, et qui m’ont demandé : « chez toi au Bénin, il n’y a rien ? On te croise au Maroc, on te croise en Tunisie, en Côte d’Ivoire et ailleurs. Et chez toi, il n’y a rien ? ». J’ai répondu qu’il y aura quelque chose bientôt. Et dès mon retour au pays, je me suis dit qu’il y a un vide à combler. Si je crée un festival, je pourrai faire venir les professionnels du continent africain sur mon événement. Parce que j’ai des contacts. Je pourrai aussi favoriser la mobilité et la promotion des artistes et professionnels de la culture. C’est déjà ça l’idée de départ du Festival Couleurs d’Afrique.

En 2018, j’étais au Maroc où j’ai rencontré une Haïtienne avec un groupe de son pays. Cette Haïtienne a immédiatement exprimé son désir de participer à mon festival dont je venais de faire l’annonce. Par un concours de circonstances, je me suis retrouvé en contact avec le ministre haïtien de la Culture qui était lui aussi, très motivé pour participer à ce festival. Bref, pour la première édition du festival, qui s’est tenue en 2019, j’ai trouvé que ça avait suscité de l’intérêt. L’année qui a suivi, c’est-à-dire en 2020, j’ai reçu des demandes de participation de la Guadeloupe, de la Guyane, de la Réunion, de la Martinique en plus de plusieurs pays africains comme le Kenya, le Burundi, l’Ouganda, etc. en réponse à un appel à candidatures que nous avions lancé.

J’étais ému de voir un festival qui n’était qu’à ses débuts et qui n’avait pas de grands moyens susciter autant d’intérêt. J’ai échangé avec ces frères et sœurs de la diaspora qui m’ont exprimé leur besoin de venir sur le continent. Pour eux, le festival était une occasion rêvée, une opportunité pour découvrir le continent. Et c’est comme ça que ça a commencé. On a eu pour la première fois en 2020 cinq Guadeloupéens qui sont venus. Ils ont même passé plus de temps que prévu, tellement ils ont apprécié ce qu’ils ont vu et vécu. C’était leur première fois en Afrique.

Réorienter le Festival vers la diaspora

À partir de 2020, nous avons réorienté le festival pour dire qu’on va désormais se mettre à la disposition de nos frères et sœurs de la diaspora ; on va désormais faire la promotion du brassage culturel entre l’Afrique et les Caraïbes. Donc en fait, le festival est parti de là. Il y a eu la première édition en 2019, la deuxième en 2020. On voulait faire la troisième édition en 2021, mais on n’a pas pu à cause de la Covid-19. Et quand on a fait l’édition de 2022, on a décidé d’en faire désormais un festival biennal. Biennal pourquoi ?

Parce que les gens n’ont pas encore totalement compris notre démarche. C’est un festival qui évolue sans grands moyens pour l’instant. Plusieurs Afro-descendants se mobilisent pour venir sur un festival qui n’a même pas les moyens réels pour faire ce qu’on a envie de faire. Pour le moment, nous recherchons toujours le soutien du gouvernement, des sponsors. C’est vrai que ce n’est pas un festival populaire comme certains festivals où on invite des stars et autour duquel on fait beaucoup de bruit. C’est un festival qui répond à quelque chose de précis, mais notre démarche n’est pas encore comprise.

Du coup, nous mettons nos propres moyens pour accueillir nos festivaliers et pour faire le festival. C’est pour ne pas s’essouffler qu’on a décidé d’organiser l’événement chaque deux ans. Ainsi, de 2022, on est passé à 2024. De 2024, on passera à 2026. Ce sera ainsi jusqu’au jour où on aura réellement de l’engagement au niveau de notre État qui comprendra peut-être la démarche ; jusqu’au moment où on aura des sponsors, des partenaires crédibles qui peuvent vraiment accompagner le projet pour qu’il puisse avoir l’éclat qu’on voulait lui donner depuis le début.

Le Festival Couleurs d’Afrique est né de la volonté de créer un espace d’échange interculturel qui incarne le brassage culturel par excellence entre le continent africain et sa diaspora en l’occurrence les Caraïbes. Sur ce festival, nous faisons la promotion de la diversité culturelle africaine et sa diaspora ; nous favorisons le développement local par le tourisme culturel et devenons un accélérateur de la diplomatie culturelle et de la reconnexion identitaire.

En quoi consiste vraiment le festival ? Quelles sont ses activités ? Quand les gens viennent, que font-ils de façon concrète ?

De façon concrète, on organise des résidences de création. Un laboratoire artistique réunissant en amont des artistes du Bénin et d’autres pays et territoires pour une création à restituer lors du festival. Il y a aussi des spectacles vivants. Nous organisons des concerts de musique, des performances de danse contemporaine et traditionnelle. Ensuite, il y a le volet intellectuel où nous organisons des conférences-débats et des rencontres professionnelles. Nous faisons également des projections de films documentaires sur nos patrimoines et des nuits de conte et de théâtre. Enfin, il y a le volet patrimonial du festival qui nous permet d’organiser le tourisme mémoriel ; des visites guidées à Ouidah, Ganvié, Cotonou et Porto-Novo. Il arrive aussi que nous organisions des résidences et expositions d’art visuel. Voilà un peu le condensé des activités que nous faisons dans le cadre du festival.

Parlez-nous de la sixième édition qui doit s’ouvrir en novembre 2026. Quelle est sa particularité ?

La prochaine édition aura lieu du 18 au 21 novembre. Le thème de cette édition : « Le pont de la Renaissance : de l’afro-descendance à l’afro-conscience ». C’est une édition qui va être plus thématique en termes de rencontres professionnelles, d’échanges-débats. Et au-delà de ça, nous allons recevoir de la Guadeloupe et de la Martinique des groupes surtout pour des résidences de création. La particularité de cette année, par exemple, ce sera aussi de faire venir un artiste très connu de la Guadeloupe. Un excellent musicien que nous allons dévoiler très bientôt, le temps de conclure nos accords.

Nous allons recevoir également Haïti pour une deuxième fois, Madagascar pour la deuxième fois aussi, le Ghana qui a fait voter la résolution à l’ONU sera présent sans oublier la Centrafrique, le Cameroun, le Burkina Faso, le Nigeria, le Sénégal, la Côte d’Ivoire et le Togo. Il y aura une délégation d’Afro-américains qui viendront découvrir le festival et le Bénin. Ce sera l’occasion pour eux aussi de s’exprimer dans le domaine des arts et de la culture.

Cela veut-il dire que vous attendez un monde plus important que par le passé ?

On peut le dire ainsi. Parce que le nombre de demandes que nous avons reçues pour l’édition à venir est plus important. C’est vrai qu’en 2024, il y avait une quinzaine de personnes de la Martinique, de la Guadeloupe, Madagascar, etc.. Mais cette année encore, la demande est très forte et on ne pourra pas accueillir tout le monde. Il y a une commission qui est en train de faire les sélections pour qu’on puisse accueillir un nombre qu’on pourra contenir parce qu’il s’agit de les recevoir ; et recevoir des festivaliers exige beaucoup de moyens.

Des demandes nous parviennent aussi de Cuba, du Brésil, du Venezuela etc.. Il y a même eu récemment une demande en provenance de la Colombie. Nous étudions tout ça. On aurait vraiment voulu accueillir tout le monde, mais on n’a pas encore cette capacité. Donc, le festival va accueillir des invités, je ne pourrai pas dire exactement quel nombre, tout dépendra des moyens à notre disposition.

On peut alors dire que tout doucement, le festival est en train de faire son chemin et de s’imposer petitement…

Oui, nous ne sommes pas pressés. Le festival, c’est pour promouvoir et faciliter le brassage culturel Afrique-Caraïbes, orienté vers nos frères et sœurs afro-américains également. On n’est pas pressé. Nous ferons chaque fois en fonction de nos possibilités. Nous avons par exemple commencé à donner des opportunités aux artistes africains qui participent à notre festival. On a déjà cinq ans, et un enfant de cinq ans ne sait pas forcément tout faire. On suit simplement notre chemin.

Mais votre initiative entre en harmonie avec tout ce que le gouvernement béninois fait dans le sens des Afro-descendants aujourd’hui. Normalement, vous devriez espérer compter sur un appui des autorités étatiques. Comment est-ce que vous gérez ce côté des choses ? Est-ce que vous êtes véritablement en train d’échanger avec les autorités politiques du pays dans ce sens pour avoir leur appui ?

Nous, nous sommes une association culturelle, nous avons à notre charge l’organisation d’un festival pour favoriser, promouvoir le brassage culturel et artistique entre l’Afrique et la diaspora. Nous sommes comme un pont pour le retour des Afro-descendants. La première chose que nous pouvons faire, c’est d’informer le gouvernement de notre initiative qui existe et qui fait telle chose. À chaque édition du festival, nous saisissons le ministère du Tourisme, de la Culture et des Arts. Et au-delà du fait d’informer notre ministère de tutelle, nous avons toujours demandé à être appuyés, nous avons toujours demandé des subventions. Cependant jusque-là, nous n’avons pas encore obtenu le soutien espéré. Pourquoi ? Je ne saurais le dire.

Mais j’estime que ce n’est peut-être pas notre temps et que notre temps viendra. Nous, nous continuons de faire le Festival Couleurs d’Afrique avec nos propres moyens. Néanmoins, nous ne sommes pas fatigués de toujours saisir le ministère de la Culture en espérant que les portes finiront par s’ouvrir. Nous comptons sur la bonne volonté du gouvernement parce que nous sommes dans la même démarche. Nous savons que le gouvernement n’ignore pas notre existence et voit bien les résultats de nos actions. Cette année sera peut-être la bonne. Peut-être que nous aurons finalement gain de cause. Dans tous les cas, nous gardons bon espoir. Peut-être que le gouvernement nous regardait faire pour voir ce dont nous étions capables. Et là, nous avons fait nos preuves. On espère donc qu’il nous apportera son soutien.

Un mot de la fin ?

Mon mot de la fin, c’est de vous remercier pour votre démarche et profiter de votre canal pour remercier par la même occasion tous ceux qui croient en notre festival et qui nous appuient. Parce qu’il faut reconnaître qu’il y a des personnes dans ce pays et qui, chaque année, n’hésitent pas à nous dire par exemple : « on n’a pas d’argent à vous donner, mais on peut laisser nos véhicules à votre disposition pour une semaine ; on peut vous donner 200 litres de carburant ».

Il y a des gens comme ça qui nous font ces genres de dons, et cela nous fait beaucoup plaisir. Il y en a qui décident d’offrir à manger à nos invités pour quelques jours. Je profite de vos colonnes pour leur dire merci pour ce qu’ils font. Nous resterons ensemble, et je pense que c’est ensemble qu’on parviendra à relever le défi. Dans le même temps, je demanderai à nos autorités de savoir qu’il y a des gens dans ce pays qui font des choses pour accompagner leurs démarches, pour appuyer à leur façon, ce qu’elles font. Qu’elles sachent que nous existons et qu’elles pensent à nous. Je vous remercie.

Criss Bailly
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Criss Bailly est un journaliste collaborant avec afrik.com, où il couvre une large palette de sujets allant de la politique à la culture, en passant par la santé et la société. Ses articles abordent des thématiques variées, telles que la responsabilité sociétale des entreprises en Afrique, la situation épidémiologique du Covid-19 au Gabon, ou encore des enquêtes sur des scandales internationaux impliquant des figures publiques. Il met également en lumière des figures marquantes du continent, comme l’écrivain Serge Bilé ou la chanteuse Dobet Gnahoré, à travers des interviews et des analyses approfondies. Son travail reflète un engagement à décrypter les dynamiques africaines contemporaines, tout en donnant une voix aux acteurs influents du continent.
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