Une soirée au 8eme Festival International de Théâtre du Bénin

Le 8eme Festival International de Théâtre du Bénin (Fitheb) a ouvert ses portes dimanche dernier pour 8 jours de manisfestations sur l’ensemble du territoire. Ambiance de la soirée de lundi au Centre culturel français de Cotonou, avec la compagnie des Cataclounes et la performance de Guy Stan Matingou.

De Cotonou

Le 8eme Festival International de Théâtre du Bénin (Fitheb) a ouvert ses portes le dimanche 11 février au Bénin. Les séries de représentations qui se dérouleront dans quelques grandes villes du pays telles que Ouidah, Abomey ou encore Parakou, permettront pendant les huit jours de festivités culturelles de découvrir les nouvelles compositions ou pièces de troupes venant du Japon, du Sénégal, du Cameroun, du Nigeria, de la Belgique ou encore de la France. Le public a pu découvrir, lundi au Centre Culturel Français de Cotonou, la compagnie des Cataclounes (France) et un peu plus tard la prouesse scénique et solitaire du Congolais (Brazzaville) Guy Stan Matingou, sur une pièce de Patrick Süskind.

Hoump’ff des Cataclounes

Hoump’ff, des Cataclounes, est un spectacle loufoque et à certains moments fantastique. Il a été écrit en 2003 en résidence, dans un théâtre lillois (France), par Alexis Samoilovich, Elise Boual et Fanny Bérard. Ici, ces trois humoristes qui viennent du cirque, pour le garçon, des arts plastiques, pour Elise, et du conservatoire des arts plastiques de Dakar pour Fanny, communiquent uniquement avec leurs mains, leurs pieds, leur visage. Autant dire tout de suite qu’ils ont une agilité et des capacités physiques impressionnantes. Par une succession de tableaux qui donnent à admirer leur sportivité enviable, ils dénoncent à travers leur spectacle le travail forcé des enfants.

Dans ces successions de scènes (sans forcément de liens évidents entres elles), on voit les trois personnages fabriquer des balles ou faire de la musique avec des objets de récupération. Par moment, on entend une voix stressante, affolante, qui semble les rappeler à l’ordre. Pour Alexis, « les trois êtres nés sur la scène travaillent grâce à cette voix invisible qui est l’autorité qui les pousse à avancer ». Cette voix s’incarnera, à la fin, en un personnage hideux au long nez courbe, dans lequel chacun des trois essayera de se glisser pour terroriser ces anciens compagnons. N’y a-t-il pas un peu de machiavélisme en chacun de nous ?

Très intructive « contrebasse »

A 21h, un acteur au crâne rasé se pointe au milieu de la scène. Le décor : un portemanteau, une table, quelques bouteilles de bière et derrière, sur la gauche, une contrebasse. « La contrebasse » est une pièce écrite par Patrick Süskind, l’auteur du best-seller « Le parfum ». Dans une remarquable mise en scène de Jacques Eric Victorien Mampouya, Guy Stan Matingou, l’homme à la boule à zéro, en marcel avec des bretelles, tiendra seul le public en haleine, pendant 1h30, avec des mouvements de bras, serrant le fameux instrument avec précision et pinçant ses cordes avec justesse.

Pendant cette heure trente, on se cultivera abondamment à l’écoute de ce texte de Süskind. On apprendra, par exemple, que Mozart a été le seul compositeur à jouer du piano et du violon. Que le « Tristan et Yseult » de Richard Wagner a été créé parce qu’il couchait avec la compagne de son meilleur ami, et que le même Wagner avait battu sa première femme. Que Goethe était panthéiste, Mozart (encore lui) franc-maçon, Bach protestant et que cela a été à la base de son impopularité.

Guy Stan Matingou sublime

« La contrebasse » est aussi, et surtout, une pièce qui fait l’éloge de cet instrument à archet. Et au fur et à mesure que le texte se déroule, l’instrument est trouvé beau, puis laid, encombrant, difforme par son propriétaire. Ainsi, à la fin, les pensées de Sarah, une « jolie femme », occulteront cette contrebasse ! Et l’acteur n’aura plus d’yeux que pour cette dulcinée (à qui il hésite à parler), qui, elle, ne reste pas plantée là, « immobile, à vous regarder parler, et qui porte des mains, des seins… »

Au-delà de ce texte maîtrisé et joué avec brio par le comédien brazzavillois Guy Stan Matingou, il est important de souligner sa diction claire, pure, forte. Aussi, à aucun moment, sans prendre le moindre répit, n’a-t-il jamais manqué de souffle, ni jamais hésiter sur un seul mot, une seule phrase. Un jeu d’acteur sans nul autre pareil.