
Le gouvernement béninois est sorti de son silence, lundi 30 mars 2026, après les interrogations suscitées par l’absence du pays lors du vote d’une résolution historique de l’Assemblée générale des Nations unies sur la traite transatlantique. Face à la polémique, le ministre des Affaires étrangères, Olushegun Adjadi Bakari, a expliqué que le Bénin avait finalement exprimé son soutien « a posteriori », tout en réaffirmant la constance de l’engagement du pays dans la reconnaissance de la mémoire de l’esclavage.
Le sujet faisait l’objet de toutes les interprétations sur les réseaux sociaux. Tant l’absence du Bénin au vote historique effectué à l’Assemblée générale sur la traite transatlantique paraissait incompréhensible, non seulement au regard du rôle joué par des ports comme Ouidah dans le trafic négrier, mais également compte tenu de l’immensité de l’action du pays pour sauvegarder cette mémoire. Désormais, avec la sortie médiatique du ministre béninois de Affaires étrangères, l’équivoque est levée, le tir corrigé.
Une résolution historique portée par l’Afrique
Adoptée le 25 mars 2026, lors de la Journée internationale de commémoration des victimes de l’esclavage, la résolution de l’Assemblée générale des Nations unies constitue une avancée majeure dans la reconnaissance internationale de la traite transatlantique. Le texte, porté notamment par le Ghana et soutenu par plusieurs États africains et caribéens, qualifie la traite transatlantique des Africains de « crime le plus grave contre l’humanité » et appelle à des mécanismes de justice réparatrice.
La résolution a été adoptée par 123 voix pour, trois contre – États-Unis, Israël et Argentine – et 52 abstentions, dont plusieurs pays européens, révélant la sensibilité diplomatique et politique de la question des réparations. Au-delà de sa portée symbolique, ce texte vise à ouvrir un débat mondial sur les conséquences contemporaines de l’esclavage, notamment les inégalités structurelles, la discrimination raciale et la restitution du patrimoine africain.
Dans ce contexte, l’absence du Bénin lors du vote a rapidement suscité interrogations et critiques, d’autant plus que le pays occupe une place centrale dans l’histoire de la traite transatlantique, notamment à travers la ville de Ouidah, l’un des principaux ports d’embarquement d’esclaves vers les Amériques.
Une absence expliquée par un « dysfonctionnement administratif »
Face aux critiques, le ministre des Affaires étrangères, Olushegun Adjadi Bakari, a tenu à clarifier la position officielle du gouvernement béninois lors d’une conférence de presse à Cotonou, le 30 mars 2026. Selon lui, l’absence du Bénin lors du vote relève d’un problème administratif et de communication interne. Le chef de la diplomatie béninoise a expliqué que la procédure exigeait des instructions formelles avant toute prise de position officielle. « Le Bénin a co-sponsorisé cette résolution. Cela témoigne sans aucune ambiguïté de notre position de principe », a insisté le ministre, rappelant que le pays avait participé activement à la phase de rédaction du texte aux côtés du Ghana et d’autres États africains.
Il a également évoqué le contexte politique national, marqué par la campagne électorale, qui aurait compliqué la coordination diplomatique. « En mon absence et faute d’instructions, notre représentant permanent n’a pas pris part au vote. Dès que j’ai eu connaissance de la tenue du vote, j’ai immédiatement donné instruction », a-t-il précisé.
Un vote « a posteriori » pour corriger l’absence
Pour corriger cette absence, le Bénin a utilisé une procédure diplomatique prévue par les Nations unies permettant aux États d’exprimer leur position après coup. « Nous avons notifié formellement notre vote favorable au Secrétariat général », a indiqué Olushegun Adjadi Bakari, évoquant une « décision historique » accueillie avec « émotion et satisfaction » par les autorités béninoises.
Ce mécanisme, bien que rare, permet aux États membres d’éviter une interprétation politique de leur absence, notamment sur des sujets sensibles ou symboliques. Toutefois, cette justification n’a pas empêché certains observateurs de s’interroger sur les défaillances de coordination diplomatique, surtout pour une question aussi symbolique pour le Bénin. Pour d’autres, en revanche, l’essentiel est que le tir soit corrigé.
Le Bénin et la diplomatie de la mémoire
Au-delà de l’épisode diplomatique, le ministre des Affaires étrangères a insisté sur la cohérence de la politique béninoise en matière de mémoire de l’esclavage. Le Bénin s’est en effet positionné depuis plusieurs années comme un acteur majeur de la diplomatie mémorielle africaine, notamment à travers :
- la loi accordant la nationalité béninoise aux Afro-descendants ;
- la valorisation du patrimoine mémoriel de Ouidah ;
- la rénovation de la Route des personnes réduites en esclavage ;
- la promotion du tourisme mémoriel ;
- les initiatives culturelles autour de la diaspora africaine.
Ces politiques s’inscrivent dans une stratégie plus large visant à faire du Bénin un centre international de mémoire de la traite transatlantique. « Cette cause ne date pas d’aujourd’hui. Elle est au cœur de toutes nos politiques publiques », a affirmé le ministre.
Une question diplomatique hautement sensible
La résolution adoptée par l’ONU intervient dans un contexte international marqué par une intensification des revendications pour les réparations historiques. Plusieurs organisations africaines et caribéennes militent désormais pour :
- des excuses officielles des anciennes puissances coloniales ;
- la restitution des biens culturels africains ;
- des compensations financières ;
- des programmes de développement ciblés.
Certains pays occidentaux restent toutefois prudents, craignant que la reconnaissance officielle de la traite transatlantique comme crime majeur contre l’humanité ouvre la voie à des demandes juridiques de réparations.
Un enjeu politique et symbolique pour le Bénin
Pour le Bénin, dont l’histoire est profondément liée à la traite transatlantique, la question dépasse largement le cadre diplomatique. La ville de Ouidah, avec la Porte du Non-Retour et les différents lieux de la traite font du pays l’un des symboles majeurs de cette mémoire mondiale. Dans ce contexte, l’absence initiale du Bénin lors du vote a été perçue par certains comme paradoxale, voire politiquement embarrassante.
Mais pour le gouvernement, l’essentiel demeure ailleurs. « Le plus important, ce n’est pas seulement l’acte de vote, mais l’ensemble des actions que nous menons depuis des années », a conclu Olushegun Adjadi Bakari. Une manière pour la diplomatie béninoise de tourner la page de la controverse, tout en réaffirmant son ambition : faire du Bénin l’une des voix africaines majeures dans le combat pour la mémoire, la justice et les réparations liées à la traite transatlantique.




