
La campagne électorale pour l’élection présidentielle du 12 avril 2026 au Bénin s’ouvre officiellement ce vendredi 27 mars. Pendant quinze jours, jusqu’au 10 avril, les deux duos en lice – Romuald Wadagni/Mariam Chabi Talata pour la mouvance présidentielle, et Paul Hounkpè/Rock Judicaël Hounwanou pour l’opposition FCBE – vont tenter de convaincre les électeurs dans une compétition qui s’annonce à la fois politique, stratégique et symbolique pour l’avenir du pays.
Le Bénin entre ainsi dans une séquence électorale où les forces en présence paraissent nettement inégales. Si le candidat de la majorité, Romuald Wadagni, jouissait déjà d’une longueur d’avance, les ralliements massifs de ces derniers jours consolident sa position de favori face à un Paul Hounkpè qui peine à fédérer l’opposition traditionnelle.
Romuald Wadagni, le candidat de la continuité
Candidat de la mouvance présidentielle, Romuald Wadagni incarne la continuité du régime de Patrice Talon. Unique ministre de l’Économie et des Finances depuis dix ans, il mise sur son bilan économique et son image de technocrate pour séduire l’électorat. Investi officiellement le 4 octobre 2025 à Parakou, il avait alors déclaré vouloir être « le candidat de tous les Béninois », affichant une volonté d’élargissement au-delà de la majorité présidentielle.
Le 21 mars 2026, lors de la présentation de son projet de société, Romuald Wadagni a détaillé les axes majeurs de son programme :
- poursuite des réformes économiques
- transformation inclusive
- amélioration de l’accès aux services sociaux
- modernisation de l’État
- consolidation de la croissance économique
Parmi les mesures phares annoncées figure la prise en charge systématique des urgences vitales sans paiement préalable, une proposition à forte portée sociale dans un contexte où l’accès aux soins reste une préoccupation majeure. La stratégie de la mouvance repose également sur la mobilisation des électeurs, face aux faibles taux de participation observés lors des dernières élections. Plusieurs mouvements et formations politiques proches du pouvoir multiplient déjà les rassemblements et actions de terrain pour inciter les électeurs à voter.
Paul Hounkpè, le candidat de l’alternance politique
Face à la machine politique du pouvoir, Paul Hounkpè, secrétaire exécutif national de la Force Cauris pour un Bénin émergent (FCBE), se présente comme l’alternative. Son slogan, « rebâtir ensemble la fierté béninoise », met l’accent sur la restauration de l’équilibre institutionnel et la réconciliation politique. Le candidat de l’opposition propose notamment :
- la relecture du code électoral
- la restauration de la séparation des pouvoirs
- l’application effective du statut de l’opposition
- l’ouverture du jeu politique
- la réconciliation nationale
Ces propositions ciblent directement les critiques formulées depuis plusieurs années contre les réformes politiques du régime Talon, jugées restrictives par une partie de l’opposition. Paul Hounkpè espère capitaliser sur les frustrations sociales et politiques, notamment :
- les critiques sur les réformes politiques, notamment la réforme du Code électoral de 2024
- les préoccupations liées au coût de la vie
- les inquiétudes sur l’inclusion politique
Toutefois, la FCBE doit relever plusieurs défis, notamment sa capacité de mobilisation face à la puissance organisationnelle de la mouvance présidentielle.
La ruée vers Romuald Wadagni
Cette campagne s’ouvre sous un très beau jour pour le candidat Romuald Wadagni. En effet, le dauphin de Patrice Talon aborde cette étape dans une grande sérénité puisque la plus grande partie de la classe politique béninoise s’est ralliée à sa cause y compris même parmi les cadres des Démocrates. En dehors de Michel Sodjinou et ses cinq collègues députés qui avaient rallié la majorité, il y avait également l’ex-député démocrate, Léon Basile Ahossi parti encore plus tôt. Tout dernièrement, ce fut au tour de Chabi Yayi, fils de l’ancien Président Boni Yayi, fraîchement sorti des Démocrates, de rejoindre le camp des soutiens de Romuald Wadagni.
Mercredi dernier, Guy Mitokpè, ancien secrétaire à l’information des démocrates, également démissionnaire, a fait allégeance au candidat de la majorité. Quelques heures plus tard, c’est Eric Houndété lui-même, se réclamant toujours président par intérim des Démocrates, qui s’aligne sur Romuald Wadagni avec la nuance qu’il ne fait pas ce choix au nom des Démocrates, mais en son nom personnel. Avec cette ruée vers Wadagni, la campagne est partie pour être écrasée par la majorité.
À l’heure où les affiches recouvrent les murs de Cotonou et de Parakou, la question n’est plus seulement de savoir qui l’emportera, mais quelle sera l’ampleur de l’adhésion populaire dans un scrutin qui semble, pour beaucoup, déjà basculer d’un côté




