
Le gouvernement ivoirien a officialisé, mercredi 6 mai 2026, la dissolution de la Commission électorale indépendante (CEI), une institution au cœur des tensions politiques depuis sa création en 2001. Une ordonnance adoptée en Conseil des ministres ouvre la voie à une refonte inédite du paysage électoral du pays.
C’est sous la présidence d’Alassane Ouattara que la décision a été actée, lors du Conseil des ministres tenu au palais présidentiel du Plateau, à Abidjan le 6 mai 2026. À l’issue de la réunion, le porte-parole du gouvernement, Amadou Coulibaly, a confirmé l’adoption d’un projet d’ordonnance entérinant la dissolution de la CEI.
La fin d’une institution vieille de 25 ans
Créée par la loi n°2001-634 du 9 octobre 2001, en application de la Constitution du 1er août 2000, la Commission électorale indépendante était chargée d’organiser et de superviser les élections ainsi que les référendums. En un peu plus de vingt ans, elle aura piloté certains des scrutins les plus sensibles de l’histoire récente du pays, de la présidentielle de 2010, dont la contestation avait débouché sur une crise postélectorale meurtrière, jusqu’aux législatives de décembre 2025.
Pour justifier cette dissolution, le gouvernement met en avant plusieurs éléments : la fin du cycle électoral marqué par les législatives de décembre 2025, les réserves exprimées à l’égard de l’institution et les critiques récurrentes dont elle faisait l’objet.
Le mandat de six ans du bureau dirigé par Ibrahim Coulibaly-Kuibiert, élu en septembre 2019, avait d’ailleurs pris fin à l’issue de ces législatives. Il avait toutefois été prolongé de facto pour superviser des scrutins partiels, notamment à Toumodi et Dualla-Masalla.
Fait notable : dès octobre 2025, le président de la CEI lui-même appelait à repenser en profondeur l’institution. « Mon avis est que la Commission électorale indépendante ne doit même plus exister », déclarait-il alors, plaidant pour un nouveau format susceptible de préserver la paix en Côte d’Ivoire.
Une revendication ancienne de l’opposition
La disparition de la CEI répond à une demande de longue date des partis d’opposition. Le Parti des peuples africains, Côte d’Ivoire (PPA-CI) de Laurent Gbagbo dénonçait régulièrement des « faiblesses énormes » dans la gestion des listes électorales et mettait en cause la capacité de l’institution à garantir des scrutins transparents.
Justin Katinan Koné, président du Conseil stratégique et politique du PPA-CI, estimait ainsi que la Commission fonctionnait comme une quasi-délégation du RHDP au pouvoir, appelant à sa dissolution pour restaurer la confiance dans le processus électoral. Dans ce contexte, la décision du gouvernement peut aussi être interprétée comme un signal d’ouverture adressé à une opposition critique mais toujours engagée dans le jeu électoral.
Un nouveau cadre encore flou
Reste désormais à savoir ce qui remplacera la CEI. Le gouvernement a évoqué la création prochaine d’un nouvel organe, sans en préciser pour l’instant ni la composition, ni les modalités de fonctionnement, ni les garanties d’indépendance.
L’enjeu est de taille. La Côte d’Ivoire devra reconstruire un cadre électoral crédible avant les prochaines échéances, dans un pays où la neutralité des institutions chargées d’organiser le vote demeure une question hautement sensible.
Plusieurs options sont envisageables, commission multipartite, autorité réellement indépendante, ou autre architecture, mais chacune sera examinée de près, tant par les acteurs politiques que par la société civile et les partenaires internationaux.
Pour l’exécutif, l’objectif affiché sera de mettre en place un dispositif capable de susciter une adhésion plus large.



