Tunisie : Ennahda face à la rue

Des femmes tunisiennes manifestent, ce lundi, pour le retrait d’un article de la future Constitution relatif à l’égalité entre les sexes. Et ce mardi, une grève générale va débuter dans la région de Sidi Bouzid pour la libération de manifestants. La Tunisie post-révolutionnaire est toujours en ébullition et fait vaciller le parti au pouvoir Ennahda.

Des femmes manifestent ce lundi 13 août en Tunisie, pour le retrait de l’article 27 du projet de future Constitution. Ce dernier, produit du gouvernement islamiste, indique que les hommes et les femmes ne sont pas « égaux » mais « complémentaires » au sein de la famille. Adopté le 1er août par une commission de l’Assemblée, il stipule en effet que « l’Etat assure la protection des droits de la femme, de ses acquis, sous le principe de complémentarité avec l’homme au sein de la famille et en tant qu’associée de l’homme dans le développement de la patrie ». Un article donc, relativement discrétionnaire et qui entretient le flou autour de ce qu’il signifie réellement. Même si, il est prévisible que le passage du mot « égalité » à celui de « complémentarité » modifie complètement le cadre juridique des relations entre les deux sexes.

Les militants des droits de l’homme redoutent les conséquences d’un tel article, à l’instar de Leïla Nouri : « Le mot complémentarité nous dérange parce qu’il y a des arrière-pensées derrière tout cela. Je ne sais pas en quoi cela dérange nos dirigeants de faire de la femme un être à part entière, exactement comme l’homme, qui aura les mêmes droits, les mêmes devoirs, chose qu’ils ne veulent pas instaurer dans la Constitution. », a rapporté RFI.

Sidi Bouzid en colère

Après un lundi de protestations, la Tunisie devrait connaître un mardi au moins aussi contestataire. En effet, l’Union générale des travailleurs tunisiens (UGTT) a appelé à la grève générale dans la région de Sidi Bouzid, au centre-ouest du pays. Ce syndicat demande la libération des manifestants interpellés lors des mouvements de la semaine dernière, ainsi que la mise en place de réelles politiques de développement dans la région. La Ligue tunisienne pour la défense des droits de l’homme (LTDH) exige d’ailleurs l’ouverture d’une enquête indépendante sur ces arrestations.

Ennahda balbutie et se limite à accuser son rival, le parti l’Appel de la Tunisie de Beji Caïd Essebsi, de semer la pagaille dans ce berceau de la révolution tunisienne. Le parti islamiste ne parvient visiblement pas pour l’instant à apaiser la Tunisie post-révolutionnaire.

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