Tunisie : dérives liberticides ?

Soufiene Chourabi risque six mois de prison pour avoir bu de l’alcool en pleine période de Ramadan. L’arrestation du blogueur, connu pour son blog contre le régime de Ben Ali, a provoqué la manifestation de plusieurs dizaines de Tunisiens. Une protestation qui a été réprimée par la police à coups de matraques.

La « Révolution de jasmin » a-t-elle servi à quelque chose ? La Tunisie semble, au vu des derniers évènements, retomber dans ses vieux travers liberticides. Et pour cause, un blogueur risque six mois de prison pour avoir bu de l’alcool sur une plage, en compagnie de deux de ses amis. Soufiene Chourabi est accusé d’« ivresse sur la voie publique, tapage nocturne, et atteinte aux bonnes mœurs », souligne son avocat.

Le blogueur risque six mois de prison pour avoir bu de l’alcool en pleine période de Ramadan. Les soutiens du célèbre chroniqueur ne sont pas convaincus par les chefs d’accusation de la police. Ils fustigent une dérive liberticide. « Mais des partisans du blogueur voient une connotation politique dans cette affaire, estimant que ses critiques visant le gouvernement actuel, dominé par les islamistes du parti Ennahda, pourraient être la véritable cause de ses déboires judiciaires », rapporte la RTBF sur son site internet.

L’arrestation de Soufiene Chourabi, connu pour son blog contre le régime de Ben Ali, renversé en janvier 2011, a provoqué la manifestation de plusieurs dizaines de Tunisiens qui craignent le retour de la répression des libertés individuelles.

Manifestation réprimée

Les partisans du blogueur ont choisi un lieu symbolique pour se faire entendre : l’avenue Habib Bourguiba, place forte de la « Révolution de jasmin ». De dizaines de Tunisiens ont manifesté pour protester contre l’arrestation de Soufiene Chourabi. La police n’a pas tardé à réprimer cette contestation à coups de matraques.

Plus d’atteinte au sacré

Les craintes des Tunisiens se fondent, par ailleurs, sur le dernier projet de loi sur l’atteinte au sacré, présenté mercredi 1er août par le parti islamiste Ennahda à l’Assemblée constituante tunisienne. Ce texte de loi prévoirait deux ans de prison pour quiconque s’en prendrait aux valeurs, objets et lieux liés à la religion. Pourtant, lors de son congrès qui s’est tenu du 12 au 16 juillet, la coalition au pouvoir avait conforté son orientation politique « centriste et modérée et le bannissement de l’extrémisme ».

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