
À Mogadiscio, une session conjointe du Parlement somalien a viré au chaos mercredi, sur fond de profondes divisions politiques. Des échauffourées entre députés ont conduit à la suspension des débats consacrés à des amendements de la Constitution provisoire de 2012. L’opposition accuse la majorité de vouloir prolonger les mandats politiques arrivant à échéance dans les prochains mois.
Les autorités rejettent ces accusations et défendent une réforme jugée nécessaire, mais contestée.
Des débats interrompus dans un climat de tension
La séance conjointe des deux chambres du Parlement somalien, réunies à Mogadiscio, devait examiner plusieurs amendements à la Constitution provisoire en vigueur depuis 2012. Dès l’ouverture des travaux, l’annonce d’un ordre du jour jugé inattendu par l’opposition a provoqué de vives protestations. Des scènes de bousculades et d’altercations physiques entre parlementaires ont rapidement éclaté dans l’hémicycle et rendu impossible la poursuite des débats. Face à la montée des tensions, le président du Parlement a suspendu la session et évoqué de possibles sanctions disciplinaires contre les députés impliqués. À ce stade, aucune nouvelle date n’a été fixée pour la reprise des discussions constitutionnelles.
Une réforme constitutionnelle au cœur des divisions
Au centre de la crise figure un projet d’amendement portant sur plusieurs chapitres de la Constitution provisoire. Selon les élus de l’opposition, ces changements ouvriraient la voie à une prolongation du mandat du Parlement, dont le terme approche, ainsi qu’à celui du président de la République. Des accusations fermement démenties par les partisans de la réforme, qui assurent agir dans le respect du cadre institutionnel.
Les amendements viseraient notamment à faire évoluer le système politique vers le suffrage universel direct, selon le principe « une personne, une voix », et à renforcer le pouvoir de l’exécutif central. Des orientations qui cristallisent les oppositions dans un pays où les équilibres entre le pouvoir fédéral et les États régionaux restent fragiles.
Le spectre de la crise de 2021
Ces violences au Parlement ravivent le souvenir de la crise politique de 2021, lorsque des tentatives similaires de prolongation des mandats avaient plongé la Somalie dans une grave impasse institutionnelle. À l’époque, des affrontements armés avaient éclaté dans la capitale et avaient fait craindre un embrasement plus large.
Depuis, le pays demeure sous une Constitution provisoire, et les tentatives répétées de la finaliser ont exposé de profondes divergences sur la gouvernance, le partage du pouvoir et l’organisation du système électoral.
Des tensions persistantes avec les États fédérés
Les autorités somaliennes affirment que des consultations ont été menées avec la majorité des États fédérés et une partie de la population sur les projets de réforme. Des déclarations contestées par certains responsables régionaux, notamment au Puntland et au Jubaland, qui dénoncent un manque de consensus et une volonté de centralisation excessive.
Dans ce contexte de fortes tensions politiques, la suspension de la session parlementaire traduit les difficultés persistantes de la Somalie à stabiliser ses institutions et à mener à bien une réforme constitutionnelle pourtant jugée essentielle pour l’avenir du pays.




