
Dans une vidéo publiée sur X le samedi 15 mars 2026, l’opposant ougandais Robert Kyagulanyi, dit Bobi Wine, a révélé avoir quitté l’Ouganda pour des « engagements importants à l’étranger ». En fuite depuis l’élection présidentielle du 15 janvier, contestée et marquée par la répression, le principal challenger de Yoweri Museveni entend plaider pour des sanctions internationales contre le régime ougandais.
Un départ annoncé après deux mois de traque
Bobi Wine, de son vrai nom Robert Kyagulanyi Ssentamu, 44 ans, vivait dans la clandestinité depuis le lendemain de l’élection présidentielle du 15 janvier 2026. Ce scrutin a vu la réélection du président Yoweri Museveni, 81 ans, pour un septième mandat consécutif, avec 71,65 % des suffrages selon les résultats officiels de la commission électorale. Bobi Wine, crédité de 24,72 % des voix, avait immédiatement rejeté ces résultats, les qualifiant de « truqués ».
Depuis cette date, l’opposant n’avait plus fait d’apparition publique et n’avait pas révélé le lieu de sa cachette. C’est dans une vidéo mise en ligne sur la plateforme X, samedi 15 mars, qu’il a rompu le silence : « Chers compatriotes ougandais et amis de l’Ouganda du monde entier, au moment où vous verrez cette vidéo, j’aurai quitté le pays pour des engagements importants à l’étranger. » L’opposant a précisé que cette sortie du territoire serait « brève ».
Violences post-électorales et harcèlement du régime
Dans sa vidéo, Bobi Wine est revenu longuement sur le harcèlement dont il fait l’objet depuis le scrutin. Au lendemain de l’élection, des soldats avaient fait irruption à son domicile dans la nuit. Son épouse, Barbara Itungo Kyagulanyi, avait été violemment prise à partie par les militaires, battue et dévêtue de force selon le témoignage de l’intéressée, avant d’être hospitalisée. L’opposant avait réussi de justesse à échapper à l’arrestation et avait plongé dans la clandestinité, remerciant dans son message les Ougandais anonymes qui l’ont nourri et abrité pendant deux mois.
Le climat de menace a été considérablement aggravé par les déclarations du général Muhoozi Kainerugaba, 51 ans, fils du président Museveni et chef des forces armées ougandaises. Ce dernier, connu pour ses publications incendiaires sur X, avait ouvertement menacé de mort Bobi Wine dans plusieurs messages publiés à partir du 19 janvier. Il s’était également félicité de la mort de 30 membres de l’opposition et de l’arrestation d’environ 2 000 partisans du parti NUP (Plateforme d’unité nationale), la formation politique de Bobi Wine. Muhoozi Kainerugaba a depuis supprimé certains de ces messages.
Un exil tourné vers la mobilisation internationale
L’opposant a insisté sur le fait que son départ ne constituait pas une fuite en avant. Il présente cette sortie du territoire comme une démarche politique délibérée : plaider auprès des alliés internationaux de l’Ouganda pour obtenir des « sanctions ciblées contre Museveni et ses soutiens » et convaincre les « pays qui financent Museveni et sa machine répressive » de « couper tout lien avec le régime ougandais ».
Bobi Wine a précisé que son adjointe, Lina Zedriga, assurerait la présidence du NUP en son absence. Il a en outre promis un retour rapide : « Après avoir mené à bien mon travail sur la scène internationale, je retournerai dans mon pays et laisserai le régime faire ce qu’il veut de moi au vu et au su de tous. Après tout, je n’ai commis aucun crime. Se présenter à la présidence n’est pas un crime », a-t-il déclaré.
Un régime sous pression, un opposant habitué de la répression
L’ancien musicien devenu figure de l’opposition n’en est pas à sa première confrontation avec l’appareil sécuritaire ougandais. Lors de la campagne présidentielle de 2021, Bobi Wine avait déjà été arrêté et affirme avoir été torturé. Il dénonçait déjà les mêmes irrégularités électorales au profit de Museveni, au pouvoir sans interruption depuis 1986.
Le scrutin du 15 janvier 2026, critiqué tant par les observateurs que par les ONG, a été marqué par ce que les Nations unies ont qualifié de « répression et d’intimidation généralisées », incluant une répression des rassemblements de l’opposition et une coupure d’internet pendant plusieurs jours. Avec cette vidéo, Bobi Wine porte désormais la crise politique ougandaise sur la scène internationale, cherchant à contraindre les partenaires étrangers du régime à prendre position.
Reste à savoir si cette stratégie d’internationalisation portera ses fruits. Museveni, allié de longue date de Washington dans la région des Grands Lacs, dispose d’un réseau de soutiens diplomatiques solidement établi. Pour Bobi Wine, le défi est double : maintenir la mobilisation de ses partisans en Ouganda tout en construisant à l’étranger une pression suffisante pour peser sur le rapport de forces.



