
À l’issue d’un scrutin contesté, l’Ouganda entre dans une nouvelle phase de crispation politique. Peu après l’officialisation du septième mandat de Yoweri Museveni, son fils, Muhoozi Kainerugaba, a multiplié des déclarations d’une rare violence sur les réseaux sociaux. Le chef d’état-major des armées a publiquement menacé de mort le principal opposant, Bobi Wine.
Ces propos, tenus dans les heures suivant l’annonce des résultats du 15 janvier, ravivent de lourdes inquiétudes sur l’avenir démocratique du pays.
Des menaces de mort et un ultimatum de 48 heures
Le général Muhoozi, connu pour ses sorties imprévisibles sur X (anciennement Twitter), a franchi un nouveau cap en qualifiant les membres de la Plateforme d’unité nationale (NUP), le parti de Bobi Wine, de « terroristes ». Dans un message particulièrement explicite, il a affirmé que les forces de sécurité avaient déjà « tué 22 terroristes » de ce mouvement et ajouté: « Je prie pour que Kabobi (surnom de Bobi Wine) soit le 23e cas ».
L’officier supérieur ne s’est pas arrêté là. Il a lancé un ultimatum de 48 heures à l’ancien chanteur devenu homme politique pour se rendre à la police. Faute de quoi, il a promis de le traiter comme un « rebelle hors-la-loi ». Ces déclarations, teintées de références mystiques où il se présente comme un prophète, renforcent le climat de terreur dénoncé par l’opposition, alors que le pays est dirigé d’une main de fer par Yoweri Museveni, 81 ans, depuis 1986.
Bobi Wine récuse la justice et choisit la clandestinité
Face à ce qu’il qualifie de « résultats truqués » (crédité de 24,72 % des voix contre 71,65 % pour le président sortant), Bobi Wine a pris une décision radicale. Dans un entretien accordé à la BBC ce mardi 20 janvier, il a annoncé qu’il ne contesterait pas sa défaite devant les tribunaux ougandais. Estimant que le système judiciaire est « sous contrôle total » du pouvoir, il juge tout recours légal inutile et rappelle son expérience amère de 2021 où il avait fini par retirer sa plainte.
L’opposant, qui affirme être actuellement en fuite après un raid présumé des forces de sécurité sur son domicile vendredi dernier, continue d’appeler ses partisans à une résistance « pacifique ». Malgré le déploiement massif des forces de l’ordre et l’arrestation d’une centaine de ses soutiens ces derniers jours, Bobi Wine exhorte les Ougandais à la mobilisation, tout en restant caché pour assurer sa propre sécurité.
La question taboue de la succession dynastique
Ces outrances verbales du fils du président relancent le débat sur la succession à la tête de l’État. Si Yoweri Museveni n’a jamais officiellement désigné de successeur, l’ascension fulgurante de Muhoozi Kainerugaba au sommet de la hiérarchie militaire en mars 2024 suggère une stratégie de transmission dynastique. Cependant, le comportement erratique du général, qui a par le passé menacé d’envahir le Kenya ou rompu des coopérations militaires avec l’Allemagne, divise jusqu’au sein du premier cercle du pouvoir.
Certains analystes voient dans les récentes provocations de Muhoozi une tentative de marquer son territoire face à d’autres figures influentes, comme Salim Saleh, le frère du président. Alors que la Commission ougandaise des droits de l’homme minimise les incidents du scrutin, le sort de Bobi Wine et la réaction de la communauté internationale face aux menaces du chef de l’armée seront les principaux enjeux des semaines à venir à Kampala.




