Tunisie : Ennahda choisit la voie « modérée »

Après quatre jours de débats sur son avenir, le parti islamiste tunisien Ennahda a validé dimanche son orientation « modérée » et « centriste », lors de son premier Congrès depuis son arrivée au pouvoir. Mais les divisions demeurent au sein du parti, notamment sur la place de l’islam dans la vie politique.

« Modérée » et « centriste », telle est la nouvelle identité d’Ennahda. Le parti islamiste tunisien a validé cette orientation politique, dimanche lors de son 9e Congrès. Durant quatre jours, l’avenir du mouvement a été mis sur la table. Les discussions ont été parfois houleuses, mais Rached Ghannouchi, chef et fondateur historique d’Ennahda, a conforté les « choix centristes et modérés, le bannissement de l’extrémisme ».
Ennahda, qui souhaite définir les règles du jeu politique avant les législatives de mars 2013, joue la carte du consensus. Rached Ghannouchi a également affirmé vouloir élargir la coalition à d’autres partis, indiquant qu’un remaniement ministériel pourrait intervenir après le Congrès.

Les membres de la coalition, le Congrès pour la République (CPR) du président Moncef Marzouki, et Ettakatol, les deux partis du centre-gauche, estiment, pour leur part, que le parti islamiste respecte les principes républicains. Le mouvement violemment réprimé sous le régime de Ben Ali veut désormais être un véritable parti au sein du gouvernement. D’autant plus qu’il a largement remporté les élections post-révolutionnaires de l’Assemblée constituante.

Divisions au sein du parti

Ennahda a fait un pas vers l’ouverture mais les membres du parti sont loin d’être en accord sur tous les points. De nombreuses questions restent en suspens, notamment la place de l’islam en politique. Les modérés sont en confrontation sur le sujet avec les conservateurs qui regrettent l’abandon de la charia dans la Constitution. Sur le plan économique, il y aura-t-il plus ou moins de libéralisme ? Le parti n’a pas établi la politique à suivre.

Le parti a choisi d’adopter un régime parlementaire. C’est le seul véritable consensus. Mais encore faut-il que les pouvoirs octroyés au chef d’Etat soient définis. Ce n’est toujours pas le cas. L’opposition parlementaire souhaite, quant à elle, un gouvernement d’union nationale. Elle accuse également le parti d’être trop laxiste avec les salafistes qui ont secoué dernièrement le pays.

Ennahda a choisi la « voie modérée ». Mais le parti va devoir convaincre qu’il a les capacités de redresser la Tunisie. L’insécurité est toujours présente. L’économie est moribonde. Le chômage encore très élevé, un fléau qui a notamment poussé les jeunes à se soulever contre le régime de Ben Ali.

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