Tunisie : la révolte des salafistes, nuit noire à Tunis

Des affrontements entre groupes de jeunes et de moins jeunes, dont des salafistes, ont eu lieu durant la nuit de lundi à mardi dans plusieurs faubourgs de la capitale tunisienne. Des locaux administratifs et le Palais Abdellia de La Marsa ont été attaqués. Près de quatre-vingt-dix personnes ont été arrêtées. En cause, des oeuvres artistiques jugées « blasphématoires ».

Tunis, marquée par une nuit de violences. Des groupuscules, dont des salafistes, et des Tunisiens en colère ont attaqué plusieurs locaux administratifs. Le bureau régional de la centrale syndicale UGTT à Jendouba, au Nord-Ouest de la ville, a été incendié vers 2 heures ce matin selon l’agence TAP, des locaux du tribunal de la cité populaire d’Essijoumi, à l’Ouest, dont le bureau du procureur de la République Amor Ben Mansour, ont également été incendiés et pillés. Des affrontements ont eu lieu entre salafistes et forces de l’ordre. Des tirs de sommation ont été tirés. Résultat, près de quatre-vingt-dix personnes arrêtées.

Ces troubles sont en parties liés à une exposition au palais Abdellia de La Marsa : « Le Printemps des Arts ». Plusieurs œuvres ont été jugées « choquantes » et « indécentes » par les salafistes et les religieux. Il s’agissait, entre autres, de tableaux représentant des fourmis qui forment le nom d’Allah (Dieu, ndlr), des caricatures de la Mecque, un homme barbu avec de longues dents ou encore le portrait d’une femme nue.

Des tensions prévisibles

La tension est montée d’un cran dimanche dernier lorsque des salafistes accompagnés d’un avocat et d’un huissier se sont rendus au Palais Abdellia de La Marsa. Ceux-ci ont ordonné aux organisateurs de retirer les toiles controversées. Les forces de l’ordre sont intervenues pour leur faire obstacle et des membres de la société civile et des personnalités politiques étaient venus « défendre la liberté d’expression et de création ».

Des menaces, mises à exécution la nuit dernière, ont été lancées à l’encontre des organisateurs ce jour-là. Même le poste de police de La Marsa a été incendié, selon un photographe de l’Associated Press. Une flambée de violence s’en est alors suivie dans la banlieue de Tunis. Ces faits rappellent la levée de boucliers des islamistes à la suite de la diffusion, l’année dernière sur la chaîne tunisienne Nessma TV, du film Persepolis, jugé « blasphématoire ». Le patron de la chaîne privée, Nabil Karoui, a été traduit en justice et a écopé d’une amende pour « atteinte à la morale et troubles à l’ordre public ».

La menace des salafistes

Le jeune imam énigmatique Abou Ayoub al-Tounsi, âgé de trente ans, s’est adressé dans une vidéo datant du 11 juin, aux salafistes ainsi qu’à l’ensemble des musulmans de Tunisie. Il leur a donné rendez-vous le vendredi 15 juin, après la prière, pour un « soulèvement populaire ». Il appelle ses coreligionnaires à réagir aux « atteintes répétées à l’encontre de la religion et de ses symboles sacrés ».

Il a également adressé un message au président tunisien Moncef Marzouki : « Si vous ne réagissez pas à ces images, vous faites partie d’eux ». La police aussi en a pris pour son grade. Elle, qui a défendu et protégé les artistes, est invitée à choisir entre l’un des deux camps, celui des salafistes ou celui des « mécréants ». Son dernier message, il l’a dédié au gouvernement « pseudo islamique » lorsqu’il a affirmé que ses membres ont arrêté de défendre l’islam.

Abou Ayoub est ce même imam qui avait, en 2011, appelé les salafistes à attaquer le siège de Nessma TV après la diffusion de Persepolis.

Le ministre de la Justice, Nourredine Bhiri, a, de son côté, dénoncé, sur la radio Shems FM, « un acte terroriste ». Il a promis que les coupables allaient « payer cher ». « Ce sont des groupes terroristes qui perdent leur sang-froid, ils sont isolés dans la société », a-t-il ajouté.

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