Bissau : le leader de l’opposition Domingos Simoes Pereira retrouve la liberté


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Domingos Simões Pereira
Domingos Simões Pereira

Ce vendredi 30 janvier, Domingos Simoes Pereira, figure centrale de la scène politique nationale, a été libéré après deux mois de détention. Détenu à la maison d’arrêt de Segunda Esquadra depuis le coup d’État militaire du 26 novembre dernier, le chef du PAIGC a été escorté jusqu’à sa résidence située en périphérie de Bissau.

Ce dénouement intervient dans un climat de transition incertain, marqué par la suspension du processus électoral qui devait initialement livrer ses résultats fin novembre.

Un retour sous escorte et une médiation régionale active

La libération de l’opposant n’est pas passée inaperçue, notamment en raison de la présence symbolique du ministre sénégalais de la Défense, le général Birame Diop. Celui-ci a personnellement accompagné Domingos Simoes Pereira jusqu’à son domicile, illustrant l’implication directe des pays voisins dans la résolution de la crise. Devant une foule de militants partagés entre les larmes et les applaudissements, l’émissaire sénégalais a salué un geste de bonne volonté des autorités militaires de transition. Pour Dakar, cet élargissement ouvre une « page de décrispation », jugée indispensable pour engager un dialogue inclusif et stabiliser un pays marqué par de fréquents soubresauts institutionnels.

Les racines d’une crise électorale et militaire

Le sort de Domingos Simoes Pereira est intimement lié aux événements tumultueux de novembre 2024. Écarté de la course présidentielle pour un dépôt de candidature jugé tardif, le leader du parti historique de l’indépendance a reporté son soutien sur Fernando Dias. Cette décision visait à contrer le président sortant Umaro Sissoco Embalo. La veille de l’annonce des résultats, l’armée a déclenché un coup d’État. Elle a affirmé vouloir éviter un « bain de sang » face à des revendications de victoire contradictoires. Depuis lors, Umaro Sissoco Embalo a quitté le pays. Fernando Dias, qui conteste la version officielle du putsch, reste réfugié sous la protection diplomatique de l’ambassade du Nigeria à Bissau.

Les défis d’une transition vers la stabilité

Avec cette libération, la Guinée-Bissau tente de s’éloigner d’un cycle de violences politiques marqué par cinq coups d’État depuis 1974. Toutefois, la tâche des militaires au pouvoir et des acteurs politiques reste immense. Le pays reste fragilisé par une pauvreté endémique. Il subit aussi l’emprise persistante des réseaux de trafics illicites. La communauté internationale voit dans la libération de Pereira un premier test de la crédibilité de la junte. Dès lors, l’enjeu consiste à transformer cet acte isolé en un véritable processus de transition. À terme, celui-ci devra permettre l’organisation d’élections transparentes. Une étape indispensable pour sortir la Guinée-Bissau de l’impasse politique née de l’interruption brutale du dernier scrutin.

Fidele K
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Fidèle K est journaliste et rédactrice spécialisée, passionné par l'Afrique et ses dynamiques politiques, culturelles et sociales. A travers ses articles pour Afrik, elle met en lumière les enjeux et les réalités du continent avec précision et engagement.
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