Syrine Ben Moussa : « Je regrette qu’il y ait tant de divisions en Tunisie »


Lecture 3 min.
arton26565

Syrine Ben Moussa est une étoile montante de la chanson tunisienne. Cette amoureuse de la culture arabo-andalouse est très ouverte sur le monde. Rencontre avec l’artiste, qui se livre sur elle, sa musique et son pays.

Afrik.com : Parlez-nous un peu de l’artiste que vous êtes…

Syrine Ben Moussa :
J’ai vraiment du mal à me décrire. Je suis une artiste musicologue spécialisée dans les musiques classiques du Maghreb et plus particulièrement dans la musique arabo-andalouse.
Ceci ne m’empêche pas d’explorer d’autres répertoires et de creuser dans d’autres styles. On ne peut pas vivre à Paris sans être ouvert aux autres cultures.

« On ne peut pas vivre à Paris sans être ouvert aux autres cultures.»

Afrik.com : Depuis quel âge êtes-vous certaine de faire de la musique votre métier ?

Syrine Ben Moussa :
Mon attachement à la musique s’est fait progressivement et d’une manière très spontanée.
J’ai commencé l’aventure musicale au club de musique à l’école primaire. J’ai par la suite intégré le conservatoire pour un cursus complet de 6 ans. En obtenant mon diplôme, j’ai réalisé à quel point je souhaitais continuer ma formation, d’où mon parcours en musicologie après le baccalauréat. Je n’ai jamais pris la décision d’en faire un métier, j’ai plutôt suivi mon feeling et j’en suis assez fière. J’ai débuté en 2005 ma carrière en solo, avec un tout premier spectacle intitulé « Brises tunisiennes ». J’avais 20 ans.

Afrik.com : Etait-ce un choix facile à assumer au sein de votre famille ?

Syrine Ben Moussa :
Pour moi, la question ne se pose même pas, je viens d’une famille très ouverte. L’art a toujours fait partie intégrante de mon éducation. Mes parents m’encouragent énormément pour ma musique.

« J’ai débuté en 2005 ma carrière en solo, avec un tout premier spectacle intitulé Brises tunisiennes

Afrik.com : Pourquoi avez-vous choisi le malouf et pas un autre genre musical ?

Syrine Ben Moussa :
Je suis originaire de Testour, ville emblème du malouf en Tunisie. J’ai grandi en écoutant du malouf. A l’âge de 5 ans, j’accompagnais déjà mon père au concert mensuel de la Rachidia, d’où cette fibre artistique.

Afrik.com : Quelles sont vos influences artistiques, vos modèles ?

Syrine Ben Moussa :
Mes influences sont assez multiples. Je n’ai pas de modèle particulier mais j’écoute un peu de tout. J’apprécie énormément les musiques du monde et plus particulièrement les musiques traditionnelles. J’ai tout de même un faible pour le flamenco et pour le fado.

Afrik.com : Pouvez-vous nous conter l’histoire de la chanson « Ya Tounès » ?

Syrine Ben Moussa :
Cette chanson, je l’ai écrite et composée lors de la Révolution tunisienne. Le texte est né à quatre heures du matin à Paris. Angoissée par tout ce qui se passait en Tunisie, je ne dormais plus depuis plusieurs jours. La chanson « Ya Tounès » est venue de manière très spontanée. Je l’ai interprétée pour la première fois sur France Culture, le 21 janvier 2011, après seulement quelques minutes de répétition. Un « live » très émouvant malgré l’improvisation.

YouTube video

Afrik.com : Êtes-vous une déçue de la Révolution tunisienne ?

Syrine Ben Moussa :
Je suis une déçue des différentes promesses faites pendant la révolution. Déçue de certaines attitudes prises après. Je regrette qu’il y ait tant de divisions en Tunisie et tant de paradoxes. Il faut tout de même rester optimiste. La transition n’est pas évidente et la vigilance s’impose.

Afrik.com : Que faîtes-vous actuellement? Et quels sont vos projets sur le long terme ?

Syrine Ben Moussa :
Je me consacre essentiellement à ma thèse de doctorat. Je continue néanmoins mon activité artistique, à travers les spectacles et quelques projets de CDs.

Lire aussi :

 Tunisie : après la révolution, pas de changement à Sidi Bouzid

 Tunisie : dérives liberticides ?

 Ça groove grave pour la musique arabe

Newsletter Suivez Afrik.com sur Google News