
Vingt-cinq ans après les rencontres Cannes Junior, Timimoun accueille du 5 au 10 novembre 2026 la deuxième édition de son Festival international du court métrage. Avec 63 films au programme, dont 37 en compétition représentant 39 nationalités, des invités prestigieux et une attention particulière portée aux jeunes créateurs africains, la cité rouge du Sahara algérien entend devenir un nouveau carrefour du septième art.
À Timimoun, le cinéma n’est pas tout à fait une nouveauté. Il y a vingt-cinq ans, cette oasis du Gourara accueillait déjà l’étape algérienne de « Cannes Junior », un festival itinérant que le cinéaste Mohamed Chouikh et son épouse Yamina avaient fait venir dans le Sahara. En janvier 2001, alors que la manifestation s’y tenait pour la troisième année consécutive, Afrik.com racontait l’engouement du public pour ce festival, malgré des moyens limités et les difficultés rencontrées pour attirer les professionnels.
Les spectateurs se pressaient alors dans une salle devenue trop petite. Le film La Petite Vendeuse de soleil, du Sénégalais Djibril Diop Mambéty, avait notamment remporté le prix de l’applaudimètre.
Un quart de siècle plus tard, Timimoun renoue avec cette vocation cinématographique. Mais le Festival international du court métrage, né en 2025, affiche désormais l’ambition de faire du Sahara algérien un lieu de rencontre entre les cinématographies africaines et celles du reste du monde.
De Cannes Junior à un festival international
En novembre 2025, sa première édition avait réuni 62 films provenant de 31 pays, dont 23 africains. Le Sénégal en était l’invité d’honneur. Cette manifestation avait reçu 2 733 candidatures, témoignant de l’intérêt suscité par ce nouveau rendez-vous. Afrik avait détaillé la création du Gourara d’Or, sa principale distinction cinématographique.
Pour cette deuxième édition, les organisateurs ont reçu 3 265 films provenant de 132 pays. Parmi eux, 63 figurent dans la programmation et 37 ont été retenus pour la compétition officielle avec 16 fictions, 13 documentaires et huit films d’animation.
De l’Algérie à la Libye, de la Côte d’Ivoire à l’Afrique du Sud, mais aussi de l’Inde au Brésil, la sélection illustre l’ouverture internationale du festival. Le continent africain demeure toutefois au centre de son identité artistique.
Apolline Traoré et de grandes figures du cinéma africain
La réalisatrice burkinabè Apolline Traoré, notamment connue pour Sira, préside le jury des courts métrages de fiction. Le producteur mozambicain Pedro Pimenta dirige celui des documentaires, tandis que le cinéaste bulgare Dimitar Dimitrov préside le jury de l’animation.
La programmation accorde également une place particulière à la mémoire du cinéma africain, à travers une sélection intitulée L’Afrique vue par….
Présenté par le critique et universitaire algérien Ahmed Bedjaoui, ce programme rassemble dix courts métrages signés par des cinéastes majeurs du continent, parmi lesquels Abderrahmane Sissako, Rachid Bouchareb, Gaston Kaboré, Flora Gomes, Nouri Bouzid et Balufu Bakupa-Kanyinda.
Réalisé en 2009, ce film collectif croise des regards très différents : la mémoire de l’esclavage chez Rachid Bouchareb, les conflits contemporains chez Nouri Bouzid et Flora Gomes, les obstacles économiques au développement chez Abderrahmane Sissako.
Le réalisateur franco-algérien Lyes Salem bénéficie pour sa part d’une carte blanche, avec quatre films algériens couvrant plusieurs générations de création, de Brahim Tsaki à Karim Moussaoui.
La cérémonie d’ouverture comprend la projection de La Question, un film d’animation réalisé par Alberto Segre, consacré à l’arrestation et à la torture du journaliste Henri Alleg par l’armée française pendant la guerre d’Algérie.
Le festival se terminera avec La Route de Timimoun, un court métrage du musicien Hamid Baroudi qui puise dans les chants et les rythmes traditionnels africains.
Yamina Chouikh, un hommage qui relie deux générations
Parmi les initiatives de cette édition figure un concours particulièrement symbolique avec Cine Pocket, consacré aux films réalisés avec un téléphone portable.
Réservé aux jeunes de la wilaya de Timimoun âgés de 35 ans au maximum, il distingue des œuvres de moins de cinq minutes entièrement tournées au smartphone.
Le concours porte le nom de Yamina Bachir-Chouikh, disparue en 2022. Monteuse, scénariste et réalisatrice, elle avait marqué le cinéma algérien avec Rachida, présenté à Cannes en 2002 dans la sélection Un certain regard. Son film était consacré à une institutrice confrontée aux violences terroristes pendant la décennie noire.
L’hommage prend une signification particulière à Timimoun, puisque Yamina Chouikh avait elle-même contribué, avec son mari Mohamed Chouikh, à y développer les rencontres Cannes Junior.
Le concours prolonge ainsi, avec les outils d’aujourd’hui, le travail que le couple avait engagé auprès du jeune public de Timimoun.
Former les cinéastes de demain dans le Sahara
L’autre grande nouveauté est le Gourara Lab, un laboratoire de développement de courts métrages baptisé du nom du réalisateur et scénariste algérien Anis Djaâd, disparu le 4 mars 2026.
Sur 48 projets présentés par des candidats issus de 18 wilayas, auxquels se sont ajoutées des propositions de cinéastes algériens de l’étranger, six ont été sélectionnés.
Leurs auteurs suivent un parcours en trois étapes : des ateliers d’écriture à Alger, un travail d’approfondissement à Timimoun, puis une présentation des projets à des professionnels pendant le festival. L’un d’eux recevra un soutien à la production, avec un accompagnement vers les festivals partenaires.
Six ateliers de formation sont également organisés pour des jeunes issus de six wilayas du sud algérien. Réalisation, interprétation, prise de vue et éclairage, prise de son, montage et cinéma pour enfants figurent parmi les disciplines proposées. Les participants réaliseront ensemble un court métrage collectif.
Du 6 au 9 novembre, les Sunset Meetings, organisés sur la terrasse de l’hôtel Gourara, permettront par ailleurs de débattre de la place des réalisatrices, de la mémoire des violences coloniales, de la manière de filmer le désert et de la nécessité pour les Africains de reprendre possession de leurs propres récits.
Timimoun, une ambition culturelle au-delà du festival
Reste désormais à transformer l’enthousiasme de ces premières éditions en dynamique durable. Le partenariat noué entre les ministères de la Culture et de la Formation professionnelle prévoit un centre d’excellence aux métiers du cinéma à Alger et une antenne à Timimoun. Ce projet pourrait ouvrir des perspectives professionnelles aux jeunes du Sud algérien.
L’enjeu est important dans un pays où la création cinématographique demeure largement concentrée autour des grands centres urbains du Nord.
Timimoun ne manque pas de décors, entre ses ksour de terre rouge et les dunes du Grand Erg occidental. Le festival devra surtout faire émerger de nouveaux réalisateurs et offrir au public local un accès régulier au cinéma, bien au-delà de sa semaine de novembre.
Au début des années 2000, les spectateurs de Cannes Junior avaient montré qu’un public existait au cœur du Sahara. Le pari, cette fois, est d’y faire naître une filière de création.







