
Dans son rapport Renewables 2026, publié ce 6 novembre, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) relève de 33 GW, soit 54 %, ses prévisions de nouvelles capacités renouvelables en Afrique subsaharienne d’ici 2031. La hausse vient des panneaux installés par les ménages et les entreprises, revus de 42 GW, tandis que les prévisions pour les grandes centrales solaires reculent de près de 7 GW.
Dans ses prévisions à l’horizon 2031, l’AIE estime que l’Afrique subsaharienne ajoutera plus de 120 GW de capacités renouvelables entre 2026 et 2031, ce qui doublerait presque le parc existant. Le solaire représenterait plus de 80 % de ces nouvelles installations, et les systèmes décentralisés près des deux tiers des nouvelles capacités solaires.
Quand les Africains produisent eux-mêmes leur électricité
Pendant des décennies, l’électrification du continent a reposé principalement sur les États, les compagnies nationales d’électricité et les grands projets d’infrastructures car la construction de barrages, de centrales thermiques ou de parcs solaires devait permettre d’étendre progressivement les réseaux électriques.
Mais cette stratégie se heurte à une difficulté persistante : dans de nombreux pays, l’électricité reste insuffisante, coûteuse ou irrégulière et face aux coupures répétées, les ménages et les entreprises cherchent désormais leurs propres solutions.
Panneaux photovoltaïques sur les toitures, batteries domestiques, installations autonomes dans les commerces ou équipements solaires dans les villages : la production décentralisée se développe parfois indépendamment des programmes publics.
L’AIE constate que les consommateurs adoptent de plus en plus ces équipements pour réduire leurs factures et sécuriser leur approvisionnement. Le Nigeria, l’Afrique du Sud et le Kenya mènent ce déploiement, même si des marchés plus petits progressent aussi.
42 gigawatts de plus pour le solaire distribué
La révision des prévisions de l’AIE donne la mesure du phénomène. Par rapport à son précédent rapport, l’agence ajoute 42 gigawatts aux perspectives de développement du solaire distribué en Afrique subsaharienne sur la période étudiée. Cette catégorie regroupe les installations sur les toits ainsi que les systèmes fonctionnant hors réseau.
Dans le même temps, les perspectives des grandes centrales photovoltaïques sont abaissées de près de 7 gigawatts. Les projets industriels de grande taille restent freinés par les difficultés d’accès au financement et les limites des infrastructures électriques.
Avec une baisse de 2 GW attendue dans l’hydroélectricité, la prévision pour l’ensemble des renouvelables est relevée de 33 GW, soit 54 %. Ces chiffres sont des projections révisées : les capacités correspondantes restent à installer.
Un boom longtemps sous-estimé
L’AIE attribue cette révision à l’adoption plus rapide du solaire par les consommateurs et à un meilleur comptage d’installations décentralisées jusqu’ici mal recensées. Le centre de réflexion Ember avait pointé cet angle mort à la fin de l’été et, selon ses estimations, l’Afrique a installé 12 GW de solaire en 2025, quand l’AIE en comptait 6,2 GW et l’IRENA 4,6 GW. Ember prévoit un record de 17 GW pour 2026, en hausse de 45 %.
Les panneaux viennent pour l’essentiel de Chine. Hors Afrique du Sud, les importations subsahariennes de panneaux chinois ont presque triplé entre juin 2023 et juin 2025, passant de 3,7 GW à 11,2 GW, selon le Payne Institute. Le Nigeria tente de développer une production locale et sa capacité d’assemblage de modules, d’environ 500 MW en 2026, devrait dépasser 1 GW par an en 2031, avec un effet limité sur la dépendance aux importations, selon l’AIE.
Pourquoi les grandes centrales avancent moins vite
Pour construire une centrale solaire de plusieurs centaines de mégawatts, il faut obtenir des financements importants, sécuriser les terrains, négocier les contrats d’achat d’électricité et disposer de lignes capables de transporter la production jusqu’aux consommateurs.
Or, dans plusieurs pays africains, les compagnies nationales d’électricité connaissent des difficultés financières. Les investisseurs redoutent les retards de paiement, les risques de change et les incertitudes réglementaires.
À l’inverse, une entreprise qui installe des panneaux sur son toit peut produire une partie de l’électricité qu’elle consomme sans attendre la réalisation d’une nouvelle centrale nationale. Le modèle décentralisé contourne ainsi certains obstacles qui ralentissent les grands projets.
Il présente toutefois ses propres limites. L’AIE relève que les installateurs accèdent difficilement à des financements en monnaie locale et subissent la volatilité des changes ainsi que l’incertitude sur les règles d’importation des équipements. Enfin, le coût initial reste élevé pour les ménages, surtout lorsqu’il faut ajouter des batteries pour l’alimentation nocturne.
Du groupe électrogène au panneau solaire
Le coût du diesel pèse aussi dans la décision car dans de nombreux pays africains, les groupes électrogènes fonctionnent au diesel et constituent depuis longtemps une solution de secours face aux coupures d’électricité.
Mais leur utilisation devient particulièrement coûteuse lorsque les prix pétroliers augmentent. Au Nigeria, l’AIE relève que la suppression des subventions aux carburants a rendu le solaire plus compétitif face aux groupes diesel. Pour un atelier, un restaurant ou une petite entreprise, investir dans des panneaux et des batteries peut progressivement devenir plus intéressant que d’acheter quotidiennement du carburant. Pour ces acheteurs, le choix du solaire relève d’un calcul économique afin de réduire les charges et préserver l’activité.
Les États face à des consommateurs producteurs
Selon l’AIE, le solaire pourrait représenter 11 % de la production électrique d’Afrique subsaharienne en 2031, contre environ 3 % aujourd’hui. L’éolien atteindrait 7 %. L’Afrique du Sud et le Nigeria devraient concentrer plus de 40 % des nouvelles capacités renouvelables de la région, devant le Kenya, l’Éthiopie et l’Angola. Le besoin reste immense avec environ 600 millions de personnes qui n’ont toujours pas accès à l’électricité en Afrique subsaharienne.
Cette transformation soulève aussi des chantiers concrets, du financement des équipements au recyclage des batteries. L’AIE note que plusieurs pays n’ont pas encore de cadre réglementaire pour le stockage par batteries raccordé au réseau.
L’agence estime que la région pourrait installer 46 % de capacités renouvelables de plus que dans son scénario central, à condition que les États investissent dans les réseaux et facilitent le financement en monnaie locale.








