Gdeim Izik : grève de la faim de Naâma Asfari et des détenus sahraouis


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Prisonniers politiques du Sahara occidental
Prisonniers politiques du Sahara occidental

Le 23 septembre, jour des élections législatives au Maroc, des membres du groupe de Gdeim Izik, dont Naâma Asfari, ont annoncé une grève de la faim illimitée pour obtenir leur transfert près de leurs familles. Une pression nouvelle à cinq semaines du vote du Conseil de sécurité sur la MINURSO.

L’annonce est venue d’un communiqué des détenus, relayé mercredi 23 septembre par l’agence sahraouie SPS et par plusieurs associations de soutien. Selon ces sources, neuf membres du groupe, répartis entre les prisons de Kénitra, Tiflet et Aït Melloul, ont cessé de s’alimenter. Parmi eux figure Naâma Asfari, défenseur sahraoui des droits humains incarcéré depuis novembre 2010. Le mouvement a été lancé le jour même où les Marocains élisaient les 395 membres de la Chambre des représentants.

Les grévistes réclament leur transfert vers des établissements situés au Sahara occidental, à proximité de leurs familles, ainsi qu’un accès effectif aux soins. Ils demandent l’exécution des décisions rendues à leur sujet par deux organes de l’ONU, le Groupe de travail sur la détention arbitraire et le Comité contre la torture, et plaident pour que la MINURSO, la mission des Nations unies au Sahara occidental, reçoive un mandat de surveillance des droits humains.

La DGAPR conteste le décompte et les motifs

Dès le lendemain, la Délégation générale à l’administration pénitentiaire et à la réinsertion (DGAPR) a publié sa propre version. Elle dit avoir reçu le 23 septembre six notifications de grève, sur les dix-neuf condamnés du dossier. Selon elle, le mouvement serait un moyen de pression dans la période qui précède la réunion du Conseil de sécurité consacrée au Sahara.

L’administration invoque la classification des établissements pénitentiaires car, selon elle, les prisons situées au Sahara occidental ne sont pas habilitées à recevoir des condamnés à de si longues peines. Elle précise qu’un seul détenu a obtenu gain de cause et a été transféré à la prison locale de Laâyoune, sans expliquer pourquoi l’un a pû en bénéficier et pas les autres. L’écart entre les neuf grévistes annoncés par les détenus et les six recensés par la DGAPR n’était pas expliqué à la date de publication.

De Gdeim Izik aux prisons marocaines

Le nom du groupe renvoie au campement dressé en octobre 2010 près de Laâyoune, où des milliers de Sahraouis, jusqu’à 20 000 selon certaines estimations, protestaient contre leur marginalisation économique et sociale. Son démantèlement par les forces marocaines, le 8 novembre, a tourné à l’affrontement.

Naâma Asfari avait été arrêté la veille à Laâyoune. Jugé avec ses coaccusés par un tribunal militaire en 2013, puis de nouveau par une juridiction civile en 2017, il a été condamné à trente ans de prison. Les peines du groupe vont de vingt ans à la perpétuité. Ses soutiens et plusieurs ONG contestent la régularité des deux procès. En 2016, le Comité de l’ONU contre la torture a conclu que le Maroc avait violé la Convention, notamment en n’enquêtant pas sur ses allégations de torture et en retenant contre lui des aveux qu’il affirmait avoir signés sous la contrainte.

En 2023, dans son avis n° 23/2023, le Groupe de travail sur la détention arbitraire a demandé la libération des détenus du groupe et l’ouverture d’une enquête indépendante.

Une deuxième grève en deux mois

Pour Naâma Asfari, c’est la deuxième grève de la faim de l’année. La précédente, entamée en juin, avait duré 46 jours selon ses soutiens. Il l’avait suspendue le 24 juillet après avoir rencontré une délégation de la DGAPR, qui s’était engagée, selon son entourage, à examiner son rapprochement familial. Deux jours avant l’annonce collective, un autre membre du groupe, Mohamed Bourial, détenu à Aït Melloul, avait mené une grève d’avertissement de 48 heures, d’après une association de défense des prisonniers sahraouis citée par SPS.

Au Maroc, le recours à la grève de la faim déborde largement la question sahraouie. En août 2018, Nasser Zefzafi, figure du Hirak du Rif, avait cessé de s’alimenter à la prison d’Oukacha pour protester contre son isolement. En 2021, l’historien franco-marocain Maâti Monjib avait obtenu sa libération provisoire après une vingtaine de jours de grève, et le journaliste Soulaimane Raissouni avait tenu 122 jours, malgré les alertes répétées d’Amnesty International sur son état de santé.

Madrid et le calendrier onusien

En Espagne, le dossier a trouvé des relais parlementaires. Fin juillet, le groupe Sumar et le groupe mixte du Congrès ont déposé des propositions non de loi réclamant la libération de Naâma Asfari et la protection des prisonniers politiques sahraouis. Le 10 septembre, les députés ont par ailleurs adopté, par 168 voix contre 31 et 145 abstentions, une proposition de loi ouvrant la nationalité espagnole aux Sahraouis nés sous l’administration coloniale avant le 29 septembre 1977 et à leurs enfants. Le Parti populaire s’est abstenu, Vox a voté contre. Le texte, examiné en pleine tension avec Rabat après la crise migratoire de Ceuta, doit encore passer au Sénat.

La grève coïncide aussi avec la session d’automne du Conseil des droits de l’homme, à Genève. Surtout, le mandat de la MINURSO expire le 31 octobre. La résolution 2797, adoptée en octobre 2025, l’avait prolongé d’un an en appelant à des négociations sur la base du plan d’autonomie marocain. Depuis sa création en 1991, la mission n’a jamais été dotée d’un volet droits humains ; la dernière tentative sérieuse, un projet américain de 2013, avait été retirée face à l’opposition de Rabat.

Neuf prisonniers politiques Sahraouis en grêve de la faim
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Ali Attar
Ali Attar est un spécialiste reconnu de l'actualité du Maghreb. Ses analyses politiques, sa connaissance des réseaux, en font une référence de l'actualité de la région.
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