RDC : face aux naufrages à répétition, Bemba bannit les baleinières en bois dès le 15 novembre


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illustration naufrage en RDC
illustration naufrage en RDC

Après une nouvelle série d’accidents meurtriers sur les voies navigables congolaises, le gouvernement durcit le ton. Les baleinières en bois seront interdites de navigation à partir du 15 novembre sur le fleuve Congo, ses affluents et plusieurs autres étendues d’eau du pays. Si cette mesure vise à mettre fin à l’utilisation d’embarcations jugées trop dangereuses, c’est dans son application effective que son efficacité sera appréciée.

Le calendrier est désormais fixé. À compter du 15 novembre 2026, les baleinières en bois ne pourront plus naviguer sur le fleuve Congo, ses affluents et plusieurs étendues d’eau de la RDC. La décision a été annoncée ce mercredi 7 octobre par Jean-Pierre Bemba, vice-Premier ministre chargé des Transports, Voies de communication et Désenclavement.

Depuis plusieurs mois, les autorités congolaises multiplient les restrictions pour tenter de réduire les accidents fluviaux. Contrôle technique des embarcations, interdiction de la navigation nocturne, vérification de la formation des commandants, interdiction de fabriquer de nouvelles baleinières en bois et limitation de l’exploitation des embarcations âgées de plus de cinq ans figuraient déjà parmi les mesures annoncées. Mais sur le terrain, les drames continuent.

Une série noire sur les étendues d’eau

Selon un décompte publié ce mercredi par Actualite.cd, au moins 98 personnes ont perdu la vie dans des accidents de transport fluvial et lacustre recensés depuis janvier. Le média précise toutefois que son recensement n’est pas exhaustif et que plusieurs bilans restent provisoires. Les accidents ont touché plusieurs provinces, de l’Équateur au Sud-Kivu, en passant par le Tanganyika, le Maï-Ndombe, le Kwilu, le Kasaï et la Lomami.

En juillet, le naufrage d’une baleinière à la jonction des rivières Kasaï et Sankuru avait notamment fait au moins 20 morts et plus d’une centaine de disparus selon un premier bilan. L’embarcation aurait transporté plus de 200 personnes et aurait quitté le port de nuit afin d’échapper aux contrôles, alors que la surcharge était évoquée parmi les causes du drame. Quelques semaines plus tard, près de Kisangani, une autre baleinière a chaviré sur le fleuve Congo. Au moins six corps avaient été repêchés et 31 personnes secourues. Là encore, le non-respect de l’interdiction de navigation à certaines heures avait été mis en cause.

La situation ne concerne pas uniquement les baleinières. Le naufrage du MV MJP, survenu le 23 septembre sur le lac Tanganyika, avait fait plusieurs dizaines de disparus. Les autorités provinciales ont ensuite renforcé les contrôles techniques, interdit la navigation nocturne de certaines embarcations et imposé le port du gilet de sauvetage.

Le vrai défi sera l’application

Jean-Pierre Bemba estime que la persistance des violations des règles existantes justifie désormais une mesure plus radicale. Après le 15 novembre, la Police nationale congolaise et la Force navale devront intercepter les baleinières en bois encore en circulation et, si nécessaire, les saisir conformément à la loi.

Dans le même temps, Kinshasa tente aussi de moderniser les infrastructures fluviales. En août, une vaste campagne de balisage du fleuve Congo et de la rivière Kasaï a été lancée. Le ministère des Transports indique que la RDC dispose d’environ 25 000 kilomètres de voies navigables explorées, dont 16 000 kilomètres classifiés et catégorisés. Une péniche métallique de 98 passagers a également été mise en service dans le cadre de cette opération.

Le problème reste donc plus large que le seul matériau des embarcations. Surcharge, absence de manifestes fiables, navigation nocturne, défaut d’équipements de sécurité, mauvais état des bateaux et insuffisance du balisage se combinent régulièrement. L’interdiction des baleinières est certes un pas important. Mais, elle devra faire avec un ensemble de mesures sécuritaires pour une efficacité réelle.

Serge Ouitona
Serge Ouitona, historien, journaliste et spécialiste des questions socio-politiques et économiques en Afrique subsaharienne.
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