
Interpellé au Sénat, Jean-Pierre Bemba le vice-Premier ministre chargé des Transports a défendu son bilan en évoquant la vétusté des infrastructures et les défaillances structurelles du secteur.
Mis en cause sur la multiplication des accidents de transport en RDC, Jean-Pierre Bemba a choisi de mettre en avant les défaillances historiques du secteur. Face aux sénateurs, vendredi 16 octobre 2026, le vice-Premier ministre chargé des Transports, des Voies de communication et du Désenclavement a dressé un état des lieux préoccupant du secteur dont il a la charge depuis juin 2024. Son constat est que les difficultés actuelles sont le résultat de problèmes accumulés depuis plusieurs années.
De Kenge aux naufrages, une succession de drames
« Le secteur que j’ai trouvé est confronté à des déficits historiques », a déclaré Jean-Pierre Bemba, en défendant les mesures engagées depuis son arrivée au gouvernement. Le ministre a notamment évoqué la vétusté des infrastructures, le manque d’entretien, l’insuffisance des équipements de sécurité et la faible connexion entre les différents modes de transport. À ces difficultés s’ajoutent, selon lui, une régulation insuffisante, des coûts logistiques élevés et une exploitation encore limitée du potentiel fluvial et ferroviaire du pays.
L’audition au Sénat fait suite à une succession de catastrophes aussi bien routières que fluviaux et aériens. Le 25 septembre dernier, le crash d’un avion de la compagnie Tracep à Kenge, dans la province du Kwango, a coûté la vie à 17 personnes, dont les deux principaux responsables de la justice militaire. La boîte noire de l’appareil a été récupérée et acheminée à Kinshasa pour les besoins de l’enquête. Les causes exactes du drame restent à établir. Les autorités avaient suspendu le certificat de transporteur aérien de Tracep dans l’attente des conclusions des investigations.
Sur les voies navigables, la situation est également préoccupante. Un bilan publié le 7 octobre par le média local Actualite.cd recensait au moins 98 morts et plus de 130 disparus dans des accidents fluviaux et lacustres depuis le début de l’année. Quinze incidents avaient été recensés dans huit provinces, sans que ce décompte puisse être considéré comme exhaustif, selon le média. Sur les routes de Kinshasa, les véhicules vieillissants, les comportements dangereux de certains conducteurs et le non-respect du Code de la route alimentent également les inquiétudes. Pour de nombreux usagers, ces problèmes font partie du quotidien.
Bemba promet de rompre avec les réparations d’urgence
Face aux sénateurs, Jean-Pierre Bemba a défendu une nouvelle méthode de travail. Il dit vouloir privilégier la prévention aux interventions tardives, la maintenance durable aux réparations provisoires et la digitalisation aux procédures manuelles. Le programme gouvernemental 2024-2028 prévoit notamment la construction, la réhabilitation et la modernisation des infrastructures routières, ferroviaires, aériennes et fluviales. Il ambitionne également de renouveler les équipements et d’améliorer la qualité des services.
Ces objectifs répondent à des besoins anciens dans un pays où l’immensité du territoire et l’insuffisance des connexions entre les réseaux compliquent les déplacements et renchérissent le transport des marchandises. La Banque mondiale a d’ailleurs organisé, ce 12 octobre, à Kinshasa un atelier dans le cadre de la préparation du Cadre de partenariat-pays pour la période 2027-2036. À cette occasion, le rôle essentiel de la réhabilitation des infrastructures et de l’amélioration de la gouvernance du secteur a été souligné.
Reste à mesurer les résultats de cette stratégie. Plus de deux ans après son arrivée au ministère des Transports, Jean-Pierre Bemba peut invoquer l’ancienneté des problèmes, mais il doit également répondre de l’efficacité des mesures engagées sous sa responsabilité. L’interdiction annoncée des baleinières en bois, à compter du 15 novembre, constituera notamment un premier test de la capacité des autorités à faire appliquer leurs décisions. Car au-delà de la modernisation des infrastructures, c’est bien la sécurité quotidienne des passagers qui reste en jeu.




