Paris 2026 : Rachida Dati et Sarah Knafo, une alliance inattendue aux racines maghrébine


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Sarah Knafo et Rachida Dati
Sarah Knafo et Rachida Dati

Alors que la course à la mairie de Paris s’accélère, une dynamique singulière se dessine à droite. Sarah Knafo (Reconquête), dont le début de campagne est marqué par de vives polémiques, tend la main à Rachida Dati. Au-delà de la stratégie électorale, ce rapprochement met en lumière le parcours de deux femmes aux racines marocaines, figures de proue d’une droite décomplexée.

C’est une ironie de l’histoire politique que seule la capitale pouvait offrir. Pour les municipales de Paris 2026, l’union des droites pourrait prendre les traits de deux femmes issues de l’immigration maghrébine. D’un côté, Rachida Dati, fille d’un maçon marocain et d’une mère algérienne ; de l’autre, Sarah Knafo, née dans une famille juive marocaine originaire d’Essaouira (l’ancienne Mogador).

Si leurs parcours diffèrent, la candidate zemmouriste, créditée de 7 % des intentions de vote, espère peser sur le scrutin en forçant une alliance avec la maire du 7e arrondissement (le plus chic) de Paris. Une stratégie à haut risque, sur fond de polémiques identitaires.

Le « paradoxe maghrébin » de la droite parisienne

Ce duel à distance, qui pourrait se muer en tandem, illustre une forme de méritocratie républicaine revendiquée par la droite dure. L’ascendance séfarade de Sarah Knafo, dont la famille a quitté le Maroc après la guerre des Six Jours en 1967, ne l’a jamais empêchée d’adopter une ligne ferme sur l’immigration, dans le sillage d’Éric Zemmour.

Pour les observateurs, cette « connexion marocaine » est paradoxale. Les deux femmes, bien que liées par cette histoire familiale de l’autre côté de la Méditerranée, portent des projets politiques qui crispent une partie de l’électorat issu de la diversité. L’opposition de gauche ne s’y trompe pas : Emmanuel Grégoire (PS) dénonce déjà une « alliance des droites extrêmes pour imposer un projet raciste« , craignant que Dati ne cède aux sirènes de Reconquête pour l’emporter.

Démarrage chaotique : entre racisme et faille de sécurité

Si l’alliance est sur toutes les lèvres, c’est pourtant un scandale numérique qui a marqué le lancement de campagne de Sarah Knafo ce 7 janvier. Son site participatif, « Paris à cœur ouvert », s’est transformé en quelques heures en tribune haineuse.

Le sénateur communiste Ian Brossat a immédiatement saisi la justice, dénonçant un « déferlement de propos racistes et d’appels au meurtre » visant notamment les personnes sous OQTF. Une entrée en matière désastreuse pour la candidate, aggravée par une faille de sécurité majeure ayant exposé les données personnelles de centaines de contributeurs.
L’équipe de Reconquête crie au sabotage de « l’ultragauche« , mais cet épisode fragilise la crédibilité de Knafo au moment même où elle tente de séduire l’électorat conservateur de Rachida Dati.

L’ombre du contentieux avec l’Algérie

Comme pour souligner la complexité de son rapport au Maghreb, la campagne de Sarah Knafo reste hantée par ses déclarations passées sur l’Algérie. En septembre 2024, l’État algérien avait porté plainte contre elle suite à ses propos sur l’aide au développement.

L’eurodéputée avait affirmé, à tort, que la France versait « 800 millions d’euros » par an à Alger. Si la justice a classé l’affaire sans suite en octobre, estimant qu’il s’agissait d’un « manque de rigueur » (le chiffre réel étant de 842 millions cumulés sur cinq ans et non par an comme elle l’avait laissé entendre) et non d’une fausse nouvelle intentionnelle, l’épisode a laissé des traces. Il rappelle que la candidate a fait de la critique des relations franco-maghrébines un axe majeur de son discours.

Le soutien des médias Bolloré

L’ascension de Sarah Knafo bénéficie d’un puissant relais médiatique à travers les médias du milliardaire conservateur breton Vincent Bolloré qui avaient déjà soutenu l’aventure Zemmour en 2022. La trentenaire a « table ouverte » sur la chaîne CNews TRT Français, au point que Pascal Praud a même dû lui demander de quitter le plateau car elle y avait épuisé son temps de parole.

Visage avenant d’un libéralisme décomplexé, moins associée aux obsessions identitaires de son conjoint Eric Zemmour, elle apparaît mieux placée pour incarner cette « union des droites » dont rêvent aussi ses sponsors.

Reste à savoir si Rachida Dati, habile tacticienne, acceptera cette main tendue. Une telle alliance marquerait un tournant dans la bataille de Paris, unissant deux héritières du Maghreb sous la bannière de l’ordre et de l’identité. Sans oublier qu’Eric Zemmour n’avait pas été tendre avec l’actuelle ministre de la Culture française concernant sa fille Zohra.

Zainab Musa
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Zainab Musa est une journaliste collaborant avec afrik.com, spécialisée dans l'actualité politique, économique et sociale du Maghreb et de l'Afrique de l'Ouest. À travers ses enquêtes approfondies et ses analyses percutantes, elle met en lumière des sujets sensibles tels que la corruption, les tensions géopolitiques, les enjeux environnementaux et les défis de la transition énergétique. Ses articles traitent également des évolutions sociétales et culturelles, notamment à travers des reportages sur les figures influentes du Maroc et de l’Algérie. Son approche rigoureuse et son regard critique font d’elle une voix incontournable du journalisme africain francophone.
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