
Aperçue à Capri aux côtés du prince héritier Moulay El Hassan et de la princesse Lalla Khadija, Lalla Salma signe une nouvelle apparition estivale. A noter qu’il n’y a aucun programme officiel, aucune parole du Palais. Aux images de vacances répond le silence des institutions marocaines. Un silence qui en dit long sur la manière dont la monarchie gère le retour progressif de la mère du futur roi.
L’arrivée à Capri de Lalla Salma, du prince héritier Moulay El Hassan et de la princesse Lalla Khadija a dépassé d’emblée le registre des vacances privées. Selon la presse italienne et marocaine, les trois membres de la famille royale ont débarqué le soir du 1er juillet au port de Marina Grande, à bord du Polaris, un navire rapide de la compagnie SNAV affrété pour l’occasion. Sur le quai, le maire de Capri, Paolo Falco, ceint de son écharpe tricolore, les attendait aux côtés des forces de l’ordre locales. Un important dispositif de sécurité avait été déployé avant le débarquement, puis un convoi de véhicules a conduit la famille vers des villas privées louées pour l’été.
La scène a été filmée à la dérobée, comme le sont presque toutes les images récentes de Lalla Salma. Longtemps figure populaire et moderne de la monarchie marocaine, la princesse a disparu de la communication officielle après son divorce d’avec le roi Mohammed VI, prononcé en mars 2018. Son effacement a été total pendant six ans, au point de lui valoir le surnom de « princesse fantôme ». Chacune de ses réapparitions est désormais scrutée, au Maroc comme à l’étranger, sous l’angle de la future succession marocaine qui pourrait s’accélérer en raison de la santé déclinante du roi Mohammed VI.
Une mère plus qu’une ex-épouse
L’information la plus notable tient à la composition du voyage car Lalla Salma apparaît avec ses deux enfants, aujourd’hui âgés de 23 et 19 ans, qui ne partagent plus son quotidien mais n’ont jamais rompu avec elle. Les deux jeunes adultes sont régulièrement photographiés à ses côtés durant l’été. Le prince héritier Moulay El Hassan et la princesse Lalla Khadija sont les visages modernes de la royauté.
Dans cette image, Lalla Salma est la mère du futur souverain, et ce statut donne à ses apparitions une portée qui dépasse la chronique mondaine. À mesure que Moulay El Hassan occupe l’espace institutionnel, promu colonel-major des Forces armées royales et appelé à présider des cérémonies officielles, chaque photographie à ses côtés participe à façonner son image publique. Celle d’un prince héritier inscrit dans une continuité familiale et dans une forme de normalité générationnelle.
La séquence de Capri s’inscrit toutefois dans un contexte que les précédentes n’avaient pas. Depuis 2024, les signes d’un retour progressif se sont accumulés, dont l’épisode le plus commenté remonte à septembre 2025.
Le message tacite des médias du Palais
En septembre 2025, Lalla Salma avait visité le centre hospitalier universitaire Hassan II de Fès, dans un cadre semi-officiel lié à sa fondation contre le cancer. La visite a été médiatisée par la presse proche du Palais. Aucune image n’en a pourtant été diffusée. Le Palais a fait savoir que l’événement avait eu lieu sans jamais fournir la photographie qui l’aurait transformé en acte de communication assumé.
À Capri, le procédé s’inverse pour un résultat identique. L’image existe, tournée par des paparazzis, mais aucune parole officielle ne l’accompagne. Les titres marocains réputés proches du pouvoir, à l’image de Hespress, ont enregistré l’arrivée dans un registre strictement descriptif, évoquant une rare apparition publique de la princesse aux côtés du prince héritier et de Lalla Khadija. Nul commentaire, nulle analyse, nulle évocation d’un « retour ». La couverture valide implicitement l’image en la relayant, sans jamais lui accoler de signification.
Cette économie de mots est elle-même le message. On laisse la silhouette de Lalla Salma redevenir familière par petites touches, sans qu’aucune institution n’ait rien annoncé.
Un « retour en grâce » nommé ailleurs
La lecture explicite d’un retour calculé ne vient d’un ouvrage consacré à Mohammed VI, Le Roman d’un roi, signé des journalistes Christophe Ayad et Frédéric Broué. Les auteurs y décrivent un changement de statut et évoquent un retour « progressif et calculé », signe selon eux que les équilibres se recomposent au sein de la famille royale à l’approche d’une éventuelle passation de pouvoir.
Reste que la très grande proximité entre Moulay El Hassan et sa mère est documentée de longue date, au point que le prince avait renoncé à s’installer à Benguérir pour demeurer auprès d’elle à Rabat. Lalla Salma, qui a beaucoup fait par le passé pour le statut de la femme ou pour la modernisation de l’image du Maroc, est donc vouée à jouer un rôle important dans les prochaines années.
La présence de Lalla Salma auprès de Moulay El Hassan et de Lalla Khadija rappelle qu’elle demeure une figure centrale de l’environnement personnel du prince héritier. Elle réapparaît non pas au premier plan institutionnel, mais dans l’entourage immédiat de celui qui est appelé à régner.




