
Condamnée à six mois de prison avec sursis et à une amende par le tribunal de première instance de Casablanca, la militante Zineb Kharroubi devient l’une des nouvelles figures judiciaires liées au mouvement GenZ 212. Son dossier intervient dans un contexte marqué par la multiplication des procès, des arrestations et des condamnations visant des participants ou sympathisants de cette mobilisation née à l’automne 2025.
Le tribunal de première instance de Casablanca a condamné, lundi, la militante Zineb Kharroubi à six mois de prison avec sursis ainsi qu’à une amende de 5 000 dirhams, soit environ 460 euros. Âgée de 29 ans, elle était poursuivie pour des faits liés à des publications diffusées sur les réseaux sociaux. La décision a été rendue à l’issue d’une procédure engagée après son interpellation survenue en février dernier.
Une arrestation à son arrivée à Marrakech
Selon son avocat, El Hassan Essonni, la peine prononcée demeure inférieure au maximum prévu par le Code pénal marocain. La défense a toutefois indiqué avoir été surprise par cette condamnation, estimant que les éléments du dossier ne justifiaient pas une déclaration de culpabilité. Lors du procès, le parquet avait requis une condamnation tandis que les avocats de la militante avaient plaidé la relaxe.
Zineb Kharroubi avait été arrêtée le 12 février 2026 à son arrivée à l’aéroport Marrakech-Ménara, alors qu’elle revenait au Maroc pour un séjour familial. Après son interpellation, elle avait été transférée à Casablanca afin d’être entendue par les enquêteurs avant d’être présentée au procureur du roi. Les poursuites reposaient sur plusieurs publications diffusées sur Instagram concernant un appel à un rassemblement devant l’ambassade du Maroc à Paris.
Des poursuites fondées sur le Code pénal
Cette mobilisation était liée au collectif GenZ 212, mouvement apparu à l’automne 2025 et à l’origine de manifestations organisées dans plusieurs villes marocaines. Certaines de ces mobilisations avaient donné lieu à des violences urbaines et à des affrontements avec les forces de sécurité. Les autorités judiciaires ont retenu contre la jeune femme l’infraction d’incitation à commettre un crime ou un délit au moyen de plateformes numériques.
Les poursuites ont été engagées sur la base des dispositions du Code pénal marocain réprimant les appels publics susceptibles d’encourager la commission d’infractions. Avant le verdict, Zineb Kharroubi encourait une peine comprise entre trois mois et cinq années d’emprisonnement ainsi qu’une amende pouvant atteindre 100 000 dirhams (environ 9350 euros). Le tribunal a finalement prononcé une peine assortie du sursis, accompagnée d’une sanction financière inférieure au plafond prévu par la législation.
Une série de procédures judiciaires depuis l’automne 2025
L’affaire Zineb Kharroubi s’inscrit dans une série de procédures ouvertes après les manifestations organisées par le mouvement GenZ 212. Depuis la fin de l’année 2025, plusieurs juridictions marocaines examinent des dossiers concernant des personnes interpellées lors des rassemblements ou poursuivies pour leurs activités liées au mouvement.
Selon les chiffres communiqués par l’Association marocaine des droits humains (AMDH), près de 5 700 personnes ont été arrêtées depuis le déclenchement des manifestations. L’organisation affirme qu’environ 2 100 personnes demeurent détenues, tandis que plusieurs centaines d’autres attendent encore leur procès devant différentes juridictions du pays.
Des condamnations prononcées dans plusieurs villes
Les principales décisions judiciaires ont été rendues dans plusieurs grandes villes du royaume. À Agadir, dix-sept personnes ont été condamnées à des peines comprises entre trois et quinze ans de prison pour des faits liés aux événements survenus à Aït Amira. Dans d’autres dossiers instruits dans la même région, trente-trois prévenus ont cumulé 260 années de prison.
À Tanger, les tribunaux ont prononcé des condamnations représentant un total de 168 années d’emprisonnement. À Marrakech, vingt-neuf personnes ont été jugées pour les incidents d’Aït Ourir. Les peines prononcées allaient de quatre mois à cinq ans d’emprisonnement, tandis que six prévenus ont été acquittés. Les juridictions ont également ordonné le paiement d’amendes et de dommages-intérêts.
De nouvelles arrestations au début de l’année 2026
Quelques jours après l’interpellation de Zineb Kharroubi, un autre membre du mouvement, Mohammed Khalif, avait été arrêté à Casablanca. Son domicile avait fait l’objet d’une perquisition au cours de laquelle les enquêteurs ont procédé à la saisie de matériel informatique. Selon son avocat, il devait être présenté devant le procureur du Roi au tribunal de première instance d’Aïn Sebaâ.
Les autorités judiciaires n’avaient alors pas communiqué publiquement les infractions retenues contre lui. Le collectif GenZ 212 avait dénoncé cette arrestation dans un communiqué diffusé sur les réseaux sociaux. Les organisations de défense des droits humains indiquent que les audiences se tiennent simultanément dans plusieurs juridictions, obligeant certains avocats à intervenir dans différents tribunaux le même jour. Elles estiment que cette situation complique la préparation des dossiers et le suivi des procédures.
Un mouvement né sur les réseaux sociaux
L’AMDH affirme avoir recensé plusieurs cas qu’elle considère comme des atteintes aux garanties d’un procès équitable. L’organisation demande la libération des personnes détenues dans le cadre des procédures liées au mouvement GenZ 212. De son côté, le parquet marocain soutient que l’ensemble des poursuites est conduit dans le respect des dispositions légales et des garanties prévues par la procédure pénale.
Le mouvement GenZ 212 est apparu à la fin du mois de septembre 2025 sur la plateforme Discord. Il s’est rapidement développé en rassemblant plusieurs centaines de milliers de membres autour de revendications portant notamment sur les services publics, la santé, l’éducation et les conditions de vie des jeunes. Les premières manifestations ont été déclenchées après le décès de plusieurs patientes dans un établissement hospitalier d’Agadir.
Une répression judiciaire qui se poursuit
Les rassemblements se sont ensuite étendus à plusieurs villes du royaume. Les autorités ont annoncé, après ces événements, un programme d’investissements destiné aux secteurs de la santé et de l’éducation, comprenant notamment la création de nouveaux postes, la rénovation d’hôpitaux et la construction de nouveaux centres hospitaliers universitaires.
Depuis la fin des manifestations, les procédures judiciaires continuent de se multiplier devant les tribunaux marocains. Les dossiers concernent aussi bien des personnes arrêtées lors des rassemblements que des militants poursuivis pour leurs publications sur les réseaux sociaux ou leur participation à des actions de soutien depuis l’étranger.





