Maroc : la malédiction du point de penalty, de l’exploit au cauchemar


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Maroc la malédiction du point de penalty
Maroc la malédiction du point de penalty

Hakim Ziyech en 2019, Achraf Hakimi en 2024, Brahim Diaz en finale de la CAN 2025, puis Yasmin Mrabet chez les Lionnes de l’Atlas cet été : le point de penalty est devenu, au fil des grands rendez-vous continentaux, l’endroit où se jouent les plus grandes émotions du football marocain. Les exploits y côtoient les désillusions les plus dures à encaisser.

Douze mètres deviennent parfois une distance infranchissable. Les sélections marocaine masculine et féminine ont vu plusieurs de leurs espoirs de sacre se briser au même endroit, sur ce point blanc que le football marocain avait pourtant su dompter à d’autres occasions.

Bounou, la référence des séances de tirs au but

Le 6 décembre 2022 à Doha reste un repère. En huitième de finale de la Coupe du monde face à l’Espagne, Yassine Bounou n’encaisse aucun tir lors de la séance des tirs au but (0-0, 3-0 t.a.b.) et propulse le Maroc vers un quart de finale historique.

Chez les Lionnes de l’Atlas, la CAN féminine 2022 à domicile avait suivi un scénario comparable avec le Nigeria écarté aux tirs au but en demi-finale (1-1, 5-4 t.a.b.), sous les yeux d’un public en transe à Rabat. Deux ans plus tard, en 2024, l’équipe avait réédité l’exercice avec la même sérénité.

Ces séances-là racontent une équipe capable de gérer la pression. Les penalties obtenus en cours de match, eux, ont pris une tournure très différente.

2019 et 2024 : Ziyech puis Hakimi butent sur le poteau

En huitième de finale de la CAN 2019 face au Bénin, le Maroc domine sans trouver la faille. À la 96e minute, Hakim Ziyech se présente pour le penalty de la qualification. Sa frappe touche le poteau. Les Marocains s’effondrent ensuite lors de la séance de tirs au but (1-1, 1-4 t.a.b.), avec les échecs de Sofiane Boufal et Youssef En-Nesyri.

Cinq ans plus tard, en huitième de finale de la CAN 2023 (disputée début 2024), le scénario se répète dans une tonalité différente. Mené 1-0 par l’Afrique du Sud, le Maroc obtient un penalty à la 85e minute. Achraf Hakimi frappe la barre transversale. Les Bafana Bafana doublent la mise dans le temps additionnel (2-0) et éliminent le favori de la compétition.

2026 : la panenka de Brahim Diaz change le cours de l’histoire

Le 18 janvier 2026, au stade Prince Moulay Abdellah de Rabat, le Maroc dispute la finale de la CAN 2025 face au Sénégal, à domicile, cinquante ans après son dernier sacre continental. Le scénario tourne au chaos dans le temps additionnel avec un but sénégalais d’abord refusé pour une faute en amont de l’action, puis le Maroc qui obtient dans la foulée un penalty litigieux après une faute sur Brahim Diaz, ce qui pousse les joueurs sénégalais à quitter le terrain en signe de protestation. Le capitaine Sadio Mané finit par convaincre ses coéquipiers de revenir, et le dossier attend désormais une décision du TAS.

Après un arrêt de jeu d’une quinzaine de minutes, Brahim Diaz se présente enfin sur le point de penalty. Plutôt qu’une frappe appuyée, il tente une panenka. Édouard Mendy, resté sur ses appuis, capte le ballon sans difficulté. Diaz est remplacé peu après le début des prolongations, où Pape Gueye donne l’avantage et la victoire sur le terrain au Sénégal (1-0).

Walid Regragui défendra son attaquant après le match, estimant que l’attente prolongée avant la frappe avait pesé sur lui. Mohamed Ouahbi, son successeur, choisira de ne pas fermer la porte à Brahim Diaz pour la suite.

Août 2026 : Yasmin Mrabet manque deux penalties en quatre minutes

La série s’est prolongée chez les Lionnes de l’Atlas lors de la CAN féminine 2026, organisée là aussi au Maroc. Le 3 août, lors de la troisième journée de poules contre le Sénégal au stade Moulay El Hassan de Rabat, les Marocaines dominent une rencontre qu’elles ne parviennent pas à débloquer. Deux penalties leur sont accordés en seconde période. Yasmin Mrabet, milieu du Levante, s’élance à deux reprises et se heurte, à chaque fois, à la gardienne sénégalaise Adji Ndiaye avec une première tentative repoussée près du poteau droit (65e), puis une seconde stoppée quatre minutes plus tard (69e).

Le match se termine sur un match nul et vierge qui suffit au Maroc pour se qualifier en quarts de finale. Ce double échec vaudra à Yasmin Mrabet des moqueries sur les réseaux sociaux, certains supporters sénégalais faisant le rapprochement avec la panenka manquée de Brahim Diaz sept mois plus tôt.

Le 15 août 2026, Nouhaila Benzina rate le penalty de la médaille de bronze

Trois jours après l’élimination en demi-finale face au Cameroun, déjà aux tirs au but, le Maroc affronte l’Algérie pour la troisième place de la CAN féminine 2026, au Stade Olympique de Rabat. Les Lionnes de l’Atlas dominent la rencontre (60 % de possession, 23 tirs à 6) et ouvrent le score par Kautar Azraf avant la pause. Lina Boussaha égalise pour l’Algérie à la 83e minute. Dans le temps additionnel, après plusieurs minutes de revue vidéo, l’arbitre accorde un penalty au Maroc. Nouhaila Benzina s’élance et frappe le poteau. Lors de la séance de tirs au but qui suit, la gardienne algérienne Chloé N’Gazi repousse deux tentatives marocaines et l’Algérie l’emporte (1-1, 3-2 t.a.b.), décrochant sa première médaille continentale de l’histoire.

Jorge Vilda, le sélectionneur des Lionnes, jugera l’issue « pas juste » compte tenu de la physionomie du match et pointera le poids psychologique d’un penalty manqué à la 95e minute avant d’aborder une séance de tirs au but.

Une question de contexte plus que de malédiction

Ziyech, Hakimi, Diaz, Mrabet, BenZiza… la liste s’allonge, au point d’alimenter le récit d’une équipe frappée par une sorte de sort. Les circonstances de chaque échec restent pourtant très différentes les unes des autres, un poteau touché en fin de match, une barre transversale, une panenka tentée dans un contexte de tension extrême après une interruption de match, une gardienne inspirée à deux reprises. Le Maroc a par ailleurs démontré, à plusieurs reprises, sa capacité à gérer ces moments sous pression, que ce soit devant les buts de Yassine Bounou ou lors de qualifications obtenues au sang-froid. Le point de penalty concentre simplement, dans le football de haut niveau, des marges d’erreur réduites à l’extrême où quelques centimètres ou quelques secondes d’hésitation suffisent à faire basculer une carrière ou un tournoi.

Amadou Atar
LIRE LA BIO
Amadou Atar est une référence dans le monde du football africain. Il est précis et objectif dans ses articles, même si on ne peut lui enlever un penchant historique pour le mythique club français de Saint-Etienne où sont passés plusieurs des plus grands joueurs africains de l'histoire
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