Tanger : après les législatives, la contestation de la normalisation avec Israël se joue dans la rue


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Manifestation pro palestinienne à Tanger
Manifestation pro-palestinienne et anti-normalisation avec Israël à Tanger, illustration générée par IA à partir d'une image vidéo

Quatre jours après un scrutin marqué par une participation de 38 % et par le retour du PJD, la manifestation du Front marocain de soutien à la Palestine a été interdite puis dispersée à Tanger. Le rapprochement avec Israël, qui vient de franchir l’étape des ambassades, relève du roi plus que du Parlement, où seul le PJD, parti islamistes porte ce refus.

Dimanche 27 septembre, les autorités de Tanger ont interdit la manifestation convoquée par le Front marocain de soutien à la Palestine et contre la normalisation avec Israël. Selon des médias marocains, la décision invoquait le trouble à l’ordre public et la circulation. Des militants ont tout de même tenté de se rassembler en grand nombre.

Les forces de l’ordre ont dispersé la foule dans la soirée et que plusieurs personnes ont été interpellées, parmi lesquelles Hassan Moghbar, responsable local du parti, Hassan Nektar, président de la section tangéroise de l’Association marocaine des droits humains (AMDH), et le militant Mohamed Lamrabet. Lundi matin, le nombre exact d’interpellations et la situation des personnes arrêtées restaient à confirmer.

Un scrutin à 38 % de participation

Le rassemblement interdit tombait quatre jours après les élections législatives du 23 septembre. Le Parti authenticité et modernité (PAM) est arrivé en tête avec 97 sièges sur 395, devant le Rassemblement national des indépendants (66) et l’Istiqlal (65). La participation, d’environ 38 %, est la plus faible depuis 2007.

Le Parti de la justice et du développement (PJD) passe de 13 à 54 sièges. Sa campagne a porté en partie sur le refus de la normalisation avec Israël, un élément que le politologue Mustapha El Mnasfi range parmi les facteurs de sa remontée, dans une analyse publiée par The Conversation Africa. Son chef, Abdelilah Benkirane, a déjà écarté l’entrée de son parti dans un gouvernement dirigé par le PAM.

Les trois premiers partis appartenaient à la coalition sortante. La majorité absolue exigeant 198 sièges, le PAM doit former une alliance, tandis que la politique étrangère reste placée sous l’autorité directe du roi.

Des ambassades annoncées une semaine avant le vote

Le 16 septembre, à New York, le Maroc, les États-Unis et Israël ont annoncé l’élévation de leurs représentations diplomatiques au rang d’ambassades avec échange d’ambassadeurs, ainsi que la reprise prochaine des vols directs. Le 24 septembre, la délégation marocaine est restée dans la salle de l’Assemblée générale de l’ONU au moment du discours de Benyamin Netanyahou, alors que 77 délégations quittaient l’hémicycle. Parmi les pays arabes, seuls le Maroc, les Émirats arabes unis et Bahreïn y sont demeurés.

Le lendemain, vendredi 25 septembre, des rassemblements ont eu lieu dans plusieurs villes du royaume. Le plus important, à Marrakech, a réuni des milliers de personnes sous le mot d’ordre « Vendredi de soutien à Al-Aqsa et contre la normalisation ». À Tanger, une grande marche avait déjà eu lieu le dimanche précédent, malgré la répression des manifestations passées.

Une ville habituée aux interdictions

Le Front se heurte régulièrement aux autorités tangéroises. Une manifestation prévue le 28 février sur la place Iberia, en solidarité avec l’Iran, avait été formellement interdite. Fin juin, un sit-in près du port contre la participation d’une délégation israélienne à un championnat de voile avait subi le même sort.

La période électorale avait aussi vu des arrestations dans les rangs d’Annahj Addimocrati, favorable au boycott du scrutin. Dans un communiqué du 19 septembre, l’AMDH signalait des militants arrêtés ou interpellés à Beni Mellal et à Kénitra, et des empêchements à Casablanca, Salé, Tanger et Al Hoceima.

Le roi doit désormais nommer le chef du gouvernement, qui succédera à Aziz Akhannouch.

Ali Attar
Ali Attar est un spécialiste reconnu de l'actualité du Maghreb. Ses analyses politiques, sa connaissance des réseaux, en font une référence de l'actualité de la région.
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