Espagne-Maroc : Feijóo menace de quitter le Mondial 2030 et se démarque de Sánchez sur le Sahara


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Alberto Núñez Feijóo homme politique espagnol
Alberto Núñez Feijóo homme politique espagnol

S’il gouverne après les législatives du 29 novembre, Alberto Núñez Feijóo retirera l’Espagne de l’organisation du Mondial 2030 si la finale se joue au Maroc. Favori des sondages avec Vox, le chef du Parti populaire ne s’estime pas non plus lié par le virage marocain de Pedro Sánchez, au moment où la fin de la MINURSO renvoie Madrid à ses responsabilités d’ancienne puissance coloniale au Sahara occidental.

Interrogé cette semaine dans l’émission de football El Chiringuito sur un retrait de l’Espagne si la finale du Mondial 2030 se jouait au Maroc, Alberto Núñez Feijóo a répondu « oui, la réponse est oui ». Il a précisé sa pensée : « si elle n’accueille pas la finale, l’Espagne ne devrait pas, à mon avis, participer à l’organisation du Mondial ». Le PP a fait savoir que cette position figurerait dans son programme. Le président de la Fédération espagnole, Rafael Louzán, a déjà jugé un tel retrait « inviable » au regard des accords signés avec la FIFA, les deux autres pays hôtes et le gouvernement. La FIFA a entamé le 5 novembre, au Pays basque, sa tournée d’inspection des sites.

La droite d’Alberto Núñez Feijóo favorite des sondages

Pedro Sánchez a dissous les Cortes le 5 octobre, après le rejet par le Congrès de deux décrets sur le logement. Au 7 novembre, la moyenne des sondages compilée par le site Demócrata place le PP en tête avec 31 % des voix, devant le PSOE (26,2 %) et Vox (19,5 %), et la moyenne des projections attribue environ 200 sièges aux deux partis de droite, bien au-delà de la majorité absolue de 176. Même l’enquête SW Demoscopia publiée le 5 novembre, qui donne un léger avantage au PSOE (socialistes), leur en accorde 179.

À Rabat, ce scénario est suivi de près. En mars 2022, Pedro Sánchez avait écrit à Mohammed VI que le plan d’autonomie marocain constituait la base « la plus sérieuse, réaliste et crédible » pour régler le conflit du Sahara occidental, rompant avec des décennies de neutralité espagnole. Le motif de ce revirement n’a jamais été clairement exposé. Son téléphone avait été infecté par le logiciel espion Pegasus en mai 2021, en pleine brouille avec Rabat. L’Audiencia Nacional a classé provisoirement l’affaire en janvier 2026 sans en identifier l’auteur, et Rabat a toujours démenti. Feijóo entretient le doute : interrogé par El Mundo en septembre sur l’hypothèse d’un chantage, il l’a jugée « très vraisemblable », sans avancer de preuve.

Mondial 2030 : Madrid et Rabat se disputent la finale

Sacrée championne du monde le 19 juillet face à l’Argentine, l’Espagne détient aussi le titre mondial féminin depuis 2023. Rabat défend le Grand Stade Hassan II de Benslimane, encore en construction. En septembre, Fouzi Lekjaa, président de la Fédération marocaine et membre du Conseil de la FIFA, a affirmé que la finale s’y jouerait. L’instance mondiale a répondu qu’elle trancherait le moment venu, sans fixer de date, mais la proximité d’Infantino avec le Maroc inquiète.

La revendication dépasse la droite. La ministre des Sports, Milagros Tolón, a assuré en août que l’Espagne « mérite » la finale, et Vox a déposé une proposition non législative demandant l’exclusion du Maroc de l’organisation, une demande portée aussi, à gauche, par Sumar, Podemos et le BNG. Madrid ne peut juridiquement écarter seul un coorganisateur, mais la menace d’un retrait espagnol pèserait sur la FIFA à l’approche de l’élection de son président, en mars 2027.

Ceuta : la crise migratoire au cœur de la campagne

Les 30 et 31 juillet, plusieurs dizaines de milliers de personnes, en majorité de jeunes Marocains, sont entrées à Ceuta, souvent à la nage. La délégation du gouvernement a recensé 78 corps dans les eaux espagnoles, et l’ONG Caminando Fronteras évoque 145 morts des deux côtés de la frontière. Un rapport de la police espagnole remis à l’Audiencia Nacional décrit un « guidage actif » de la foule par des agents en uniforme côté marocain, sans désigner de commanditaire. Rabat rejette toute implication.

Le 31 juillet, Pedro Sánchez dénonçait une « attaque ». Fin août, il jugeait la coopération avec Rabat « franchement positive », avant d’estimer sur CNN, le 22 septembre, que le contrôle frontalier marocain avait failli, sans accuser le royaume d’avoir organisé l’afflux. Ces volte-face successives n’ont reçu aucune explication officielle.

Feijóo parle, lui, de « 15 000 envahisseurs » toujours présents dans la ville, chiffre repris du président PP de Ceuta, Juan Jesús Vivas, quand le gouvernement en comptait un peu plus de 11 000 en septembre. Il impute à Rabat l’entrée massive « par action ou par omission », affirme qu’il aurait déployé l’armée le soir de la crise et veut durcir la législation pour accélérer les renvois. Mardi, lors d’un petit-déjeuner organisé par Europa Press à Madrid, il a toutefois résumé sa ligne en s’adressant à Rabat : « Je veux bien m’entendre avec votre pays, respectez-moi. »

Sahara occidental : l’Espagne rattrapée par la fin de la MINURSO

Le 30 octobre, le Conseil de sécurité n’a pas renouvelé le mandat de la MINURSO. Le projet américain, qui supprimait la référence au référendum et faisait de l’autonomie sous souveraineté marocaine la « seule base » de négociation, a recueilli onze voix mais s’est heurté au veto russe. Le texte de Moscou, une prorogation technique d’un an, n’en a obtenu que trois, les États-Unis votant contre. La mission a cessé ses opérations le 31 octobre à minuit, après trente-cinq ans de présence, et António Guterres a confié vendredi sa liquidation à son ancien chef, Alexander Ivanko.Le secrétaire général a rappelé que ce départ ne remettait « nullement en cause » le droit du peuple du Sahara occidental à l’autodétermination. Rabat s’engage à respecter le cessez-le-feu et réclame désormais le retrait du territoire de la liste onusienne des territoires non autonomes.

Ce retrait renvoie l’Espagne à 1975. Les accords de Madrid ont organisé son départ sans transférer la souveraineté du territoire, comme l’a établi en 2002 l’avis du conseiller juridique de l’ONU, Hans Corell. Madrid affirme s’être dégagé de toute responsabilité internationale en février 1976, mais l’Audiencia Nacional a estimé en 2014 que l’Espagne demeurait, en droit, puissance administrante. Le Front Polisario s’appuie sur cette lecture et affirme qu’en partant sans organiser l’autodétermination, l’ancienne métropole porterait une responsabilité directe dans le sort des Sahraouis. Le gouvernement Sánchez ne s’est pas exprimé publiquement sur la fin de la mission. L’Assemblée générale de l’ONU débattra lundi 10 novembre des votes qui l’ont provoquée.

Nationalité espagnole des Sahraouis : un texte à reprendre

Une piste de réparation était sur la table. Le 10 septembre, le Congrès a adopté la proposition de loi de Sumar ouvrant la nationalité espagnole par carta de naturaleza aux Sahraouis nés au Sahara occidental avant le 29 septembre 1977, y compris sans résidence légale en Espagne, ainsi qu’à leurs enfants. Comme l’écrivait Afrik.com le 6 octobre, la dissolution a fait tomber le texte avant son vote au Sénat, pour la seconde fois après l’échec d’une initiative de Podemos en 2023. Près de 7 000 Sahraouis vivraient en Espagne sous statut d’apatride, selon un décompte d’El País.

La droite, plus offensive envers Rabat, n’est pas pour autant la plus favorable à ce texte. Vox a voté contre et le PP s’est abstenu, avant de l’amender au Sénat, où il détient la majorité absolue, pour ne conserver que la naturalisation après deux ans de résidence légale. Feijóo a en revanche prévenu le chef du gouvernement marocain qu’il ne s’estimait pas tenu par le virage de 2022, qu’il assimile à un engagement personnel de Sánchez pris sans consensus d’État, et promet de soumettre la question aux Cortes. Son parti s’est engagé en juillet 2025 à respecter les résolutions de l’ONU sur le Sahara occidental.

Les nouvelles Cortes devront se réunir au plus tard le 24 décembre. Pour les familles sahraouies, dont beaucoup n’ont pu exercer depuis les camps de Tindouf le droit d’option ouvert pour un an en 1976, tout repartira de zéro : la loi devra être redéposée devant une majorité qui ne l’a pas soutenue.

Zainab Musa
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Zainab Musa est une journaliste collaborant avec afrik.com, spécialisée dans l'actualité politique, économique et sociale du Maghreb et de l'Afrique de l'Ouest. À travers ses enquêtes approfondies et ses analyses percutantes, elle met en lumière des sujets sensibles tels que la corruption, les tensions géopolitiques, les enjeux environnementaux et les défis de la transition énergétique. Ses articles traitent également des évolutions sociétales et culturelles, notamment à travers des reportages sur les figures influentes du Maroc et de l’Algérie. Son approche rigoureuse et son regard critique font d’elle une voix incontournable du journalisme africain francophone.
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