Canaries : félicitée à Nouakchott mardi, l’Espagne court à Dakar vendredi


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traversée en progue de migrants vers les Canaries
traversée en progue de migrants vers les Canaries

En moins d’une semaine, plus de 4 500 migrants ont atteint les Canaries. Mardi, le ministre espagnol de l’Intérieur saluait à Nouakchott l’efficacité des contrôles mauritaniens. Vendredi, il était à Dakar pour demander au Sénégal de « renforcer la gestion migratoire ». Entre les deux visites, les pirogues ont continué d’arriver, parties pour la plupart du Sénégal et de la Gambie après six jours de mer ou davantage.

Le bilan cumulé du ministère espagnol de l’Intérieur pouvait encore donner l’image d’une route atlantique en reflux. Arrêté au 31 octobre, il comptabilise 13 327 arrivées maritimes aux Canaries depuis janvier, contre 14 099 sur la même période de 2025, et 160 embarcations contre 231. Ce total masque pourtant un retournement déjà amorcé en octobre car 6 194 personnes ont débarqué dans l’archipel ce mois-là, davantage que pendant tout le premier semestre (3 708). Fin juin, la baisse sur un an atteignait 67 % et fin octobre, elle n’était plus que de 5,5 %.

Novembre a accéléré le mouvement. Selon le gouvernement canarien, environ 4 587 personnes sont arrivées à bord de 49 embarcations entre le 1er et le 6 novembre. Trente-cinq de ces bateaux ont accosté à El Hierro, une île d’environ 11 400 habitants, qui en avait reçu onze sur la même période l’an dernier. Le Cabildo de l’île, qui recense plus de 8 000 arrivées depuis le 2 octobre, a déclaré vendredi l’urgence sociale.

La réussite mauritanienne déplace-t-elle la route ?

Le 3 novembre, en pleine accélération, Fernando Grande-Marlaska était à Nouakchott pour célébrer les résultats de la coopération migratoire avec la Mauritanie. Selon Madrid, les garde-côtes mauritaniens ont intercepté depuis janvier 37 embarcations transportant plus de 4 300 personnes vers les Canaries.

Madrid entretient dans le pays un dispositif important avec 40 policiers et gardes civils espagnols, deux vedettes, un hélicoptère, quatorze véhicules tout-terrain, ainsi que des avions et navires déployés périodiquement. Un officier de liaison mauritanien travaille également au Centre de coordination régional des Canaries.

Vu de Nouakchott, l’externalisation du contrôle, adossée depuis 2024 à un partenariat de 210 millions d’euros avec l’Union européenne, produit les résultats attendus. Les données de l’automne laissent toutefois penser que les réseaux ont surtout déplacé leurs points d’embarquement.

D’après les secours cités par l’agence EFE, la plupart des cayucos arrivés à El Hierro ces derniers jours avaient quitté les côtes sénégalaises, notamment Mbour et Saint-Louis. Deux autres, débarqués le 31 octobre avec 307 personnes à bord, étaient partis de Barra et de Brufut, en Gambie, après six jours de navigation. Leurs passagers venaient du Sénégal, de Gambie, de Guinée, du Mali, de Côte d’Ivoire et du Niger.

Madrid en a tiré ses propres conclusions. Vendredi 6 novembre, trois jours après Nouakchott, Fernando Grande-Marlaska s’est rendu à Dakar pour demander à son homologue sénégalais, Mouhamadou Makhtar Cissé, de renforcer la gestion migratoire, et a annoncé une contribution de 500 000 euros à la Marine nationale sénégalaise. Le président canarien, Fernando Clavijo, a de son côté écrit au commissaire européen aux Affaires intérieures, Magnus Brunner, pour réclamer une intervention urgente de l’Union et une coopération renforcée avec le Maroc, la Mauritanie, le Sénégal et la Gambie.

Afrik.com avait déjà relevé, début septembre, plusieurs interceptions au large de Dakhla de pirogues parties de Gambie. Les arrivées de novembre donnent à ces épisodes une autre portée et accréditent l’hypothèse d’une recomposition de la route atlantique.

Six jours de mer, parfois davantage

Partir de Mauritanie ou du sud du Sahara occidental expose déjà les passagers à plusieurs centaines de kilomètres de navigation. Depuis le Sénégal ou la Gambie, le trajet peut dépasser 1 500 kilomètres. Les cayucos restent davantage de temps en mer, avec des réserves d’eau et de carburant limitées, tandis que les opérations de recherche couvrent une zone beaucoup plus vaste.

Au moins neuf personnes sont mortes au large des Canaries ces dernières semaines, selon Reuters. Dans la nuit du 5 au 6 novembre, les secours espagnols ont encore récupéré un corps lors du sauvetage de deux embarcations transportant près de 500 passagers au large d’El Hierro. Sur l’île, des autobus sont détournés vers l’accueil au port de La Restinga, des soignants arrivent en renfort d’autres îles et l’hôpital insulaire alerte sur sa saturation.

Cette situation ne prouve pas à elle seule que le verrouillage mauritanien provoque directement les départs depuis le Sénégal et la Gambie. La mer, généralement plus calme à l’automne, favorise les traversées, et les enquêteurs espagnols chercheraient à déterminer, selon EFE, si la hausse tient à la météo ou à un relâchement des contrôles dans les ports sénégalais et gambiens. Les interceptions menées au large du Maroc pèsent aussi. Aucune statistique complète ne permet encore de répartir précisément les embarcations selon leur lieu de départ.

La séquence de la semaine fournit malgré tout un indice. Madrid évalue sa coopération pays par pays, au nombre de départs empêchés chez chaque partenaire, et se retrouve à négocier avec Dakar ce qu’il pensait avoir obtenu de Nouakchott. Les réseaux, eux, ont déjà regardé plus loin et depuis l’été, des pirogues parties de Guinée-Bissau ont atteint El Hierro, et des départs depuis la Guinée sont signalés sur la même route.

Criss Bailly
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Criss Bailly est un journaliste collaborant avec afrik.com, où il couvre une large palette de sujets allant de la politique à la culture, en passant par la santé et la société. Ses articles abordent des thématiques variées, telles que la responsabilité sociétale des entreprises en Afrique, la situation épidémiologique du Covid-19 au Gabon, ou encore des enquêtes sur des scandales internationaux impliquant des figures publiques. Il met également en lumière des figures marquantes du continent, comme l’écrivain Serge Bilé ou la chanteuse Dobet Gnahoré, à travers des interviews et des analyses approfondies. Son travail reflète un engagement à décrypter les dynamiques africaines contemporaines, tout en donnant une voix aux acteurs influents du continent.
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