Maghreb : le blé baisse, mais pourquoi le prix du pain ne suit-il pas immédiatement ?


Lecture 5 min.
Du pain en gros
Du pain en gros

L’indice des prix des céréales de la FAO a reculé de 4,5 % en octobre 2026. Pour le Maroc, l’Algérie et la Tunisie, gros acheteurs de blé sur le marché international, cette détente soulagera d’abord les finances publiques, car le prix du pain courant y est encadré par des subventions et des tarifs administrés. Au final, il reste deux fois plus cher au Maroc qu’en Tunisie ou en Algérie. L’Egypte étant à part car plusieurs tarifs coexistent.

Dans les boulangeries de Casablanca, de Tunis ou d’Alger, la baguette ne devrait pas changer de prix. Les trois pays restent fortement dépendants des importations de céréales, mais leur pain courant obéit à d’autres règles que les cotations internationales.

Dans son rapport publié le 6 novembre, l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) fait état d’un recul de 4,5 % de son indice des prix des céréales en octobre. Le blé repart à la baisse après quatre mois de hausse consécutifs, sous l’effet d’une demande moins soutenue, de meilleures perspectives de récolte en Argentine et de l’espoir d’un desserrement des exportations de la mer Noire.

À 116,8 points, l’indice céréalier se situe 12,6 % sous son niveau d’octobre 2025. L’indice général reste toutefois supérieur de 5,9 % à celui d’il y a un an, tiré par le sucre (+6,6 % sur le seul mois d’octobre).

Au Maroc, une bonne récolte et des prix encadrés

Le royaume dépend moins du marché mondial cette année. Après plusieurs campagnes sèches, il attend une récolte céréalière proche de 90 millions de quintaux, environ le double de la précédente, et a suspendu ses importations de blé tendre entre le 1er juin et le 31 juillet. Cette embellie s’inscrit dans une campagne 2026/27 jugée historique à l’échelle du Maghreb.

Pour les volumes encore importés, le coût d’une cargaison dépend aussi du fret et du taux de change. Le prix du pain courant reste soutenu par des mécanismes de compensation et des accords avec les boulangers  et une baisse du blé allège d’abord la facture des importateurs et la dépense publique.

En Tunisie, la Caisse de compensation en première ligne

La Caisse générale de compensation de Tunisie maintient à des niveaux administrés le prix de plusieurs produits de base, dont le pain. C’est le budget public qui absorbe les hausses des cours mondiaux, et c’est encore lui qui profite en premier d’une détente. La baguette est vendue 190 millimes et le gros pain 230 millimes. Début octobre, la Chambre nationale des boulangeries a même proposé de les porter à 200 et 250 millimes. Les achats se réglant en devises, un recul du dinar peut cependant effacer une partie du gain.

En Algérie, un prix fixé par décret

L’Office algérien interprofessionnel des céréales (OAIC) assure les achats de blé tendre à l’étranger et approvisionne les minoteries, tandis que le prix de la baguette ordinaire est réglementé par décret depuis 1996. Une baisse des cours réduit le coût des approvisionnements sans modifier le prix affiché, et le bénéfice apparaît alors dans les comptes publics. Avec une récolte de blé attendue à un niveau record cette saison, le pays devrait aussi moins solliciter le marché international.

L’Égypte suit la même logique

Grand importateur de blé, l’Égypte vend la galette subventionnée 20 piastres depuis juin 2024, après trois décennies de prix inchangé. Le Caire cherche surtout à contenir le coût du programme : 850 000 personnes ont perdu leur carte d’aide alimentaire, selon le ministère de l’Approvisionnement cité par l’AFP en septembre. La baisse des cours allégera les achats publics sans toucher au prix payé par les bénéficiaires.

Le prix du pain en euros

Converti en euros aux taux officiels, le prix du pain de référence va de moins d’un centime en Égypte à environ 11 centimes au Maroc, où il ne fait pas l’objet d’un plafond légal. L’Algérie et la Tunisie se situent entre 5 et 6 centimes la baguette. Le chiffre égyptien tient au système de rationnement : le pain baladi est vendu sur carte à quelque 66 millions de bénéficiaires, à un prix qui couvrait en 2024 environ 16 % de son coût de production. Hors subvention, la galette coûte dix fois plus.

Prix du pain comparé dans les différents pays du Maghreb
Prix du pain comparé dans les différents pays du Maghreb

Un répit pour les budgets

La détente céréalière permet aux pays d’Afrique du Nord de réduire leur facture d’importation et leurs dépenses de compensation, sans garantir une baisse des prix alimentaires, avec un sucre au plus haut depuis décembre 2024. Reste à savoir si les États consacreront cette marge à leurs déficits ou aux réformes des subventions en cours.

Ali Attar
Ali Attar est un spécialiste reconnu de l'actualité du Maghreb. Ses analyses politiques, sa connaissance des réseaux, en font une référence de l'actualité de la région.
Newsletter Source préférée