
En scellant un grand partenariat énergétique avec deux poids lourds du secteur mondial, la Libye cherche à tourner la page de l’instabilité chronique qui a freiné son développement économique. L’accord conclu avec TotalEnergies et ConocoPhillips, annoncé lors du Sommet de l’énergie à Tripoli, symbolise la volonté des autorités de relancer durablement la production, d’attirer les investisseurs étrangers et de redonner au pays une place stratégique sur l’échiquier pétrolier international.
La Libye vient d’envoyer un signal fort aux marchés énergétiques mondiaux. À Tripoli, en marge du Sommet libyen de l’énergie et de l’économie, les autorités ont officialisé un partenariat d’envergure avec TotalEnergies et ConocoPhillips. Un accord de long terme, chiffré à plus de 20 milliards de dollars d’investissements, qui ambitionne de repositionner le pays comme un acteur central du pétrole et du gaz à l’échelle internationale, après plus d’une décennie d’instabilité.
Un contrat stratégique sur 25 ans
L’accord signé porte sur une durée de 25 ans et concerne principalement le développement des activités de la Waha Oil Company, l’un des piliers historiques du secteur pétrolier libyen. Selon le gouvernement d’unité nationale, les investissements engagés dépasseront les 20 milliards de dollars, entièrement financés par des capitaux extérieurs, sans ponction sur le budget de l’État. À terme, Tripoli table sur des recettes cumulées supérieures à 370 milliards de dollars pour les finances publiques.
L’objectif affiché est ambitieux : porter la production de Waha à environ 850 000 barils par jour. Un cap qui, s’il est atteint, renforcerait considérablement la capacité exportatrice du pays et sa crédibilité auprès des grands groupes internationaux. L’annonce est intervenue dès l’ouverture du Sommet de l’énergie et de l’économie, un événement de trois jours marqué par une forte présence diplomatique et industrielle.
Le sommet de Tripoli, vitrine du retour libyen
Des délégations venues des États-Unis, de France, du Royaume-Uni, d’Italie, de Turquie et d’Égypte ont fait le déplacement, témoignant d’un regain d’intérêt pour le marché libyen. Pour le Premier ministre Abdelhamid Dbeibah, ce sommet symbolise le retour progressif de la Libye dans le jeu énergétique mondial. Il y voit une plateforme destinée à rassurer les investisseurs, à structurer les partenariats et à transformer les annonces politiques en projets concrets sur le terrain.
La dimension géopolitique n’a pas échappé aux observateurs. La présence de Massad Boulos, conseiller pour le Moyen-Orient du président américain Donald Trump, a souligné l’importance stratégique accordée par Washington à ce rapprochement. Celui-ci a évoqué une opportunité pour la Libye de redevenir une « superpuissance énergétique », tout en renforçant ses liens économiques avec les États-Unis.
Nouvel appel d’offres après 17 ans d’attente
Outre TotalEnergies et ConocoPhillips, Tripoli prépare également des accords avec Chevron, notamment pour l’exploration, le développement de nouveaux champs et l’amélioration des taux de récupération. D’autres géants comme Eni, ExxonMobil ou encore des sociétés de taille intermédiaire multiplient les démarches pour accroître leur présence dans le pays.
Dans ce contexte, la National Oil Corporation (NOC) a annoncé le lancement imminent d’un nouvel appel d’offres pour l’exploration pétrolière et gazière, le premier depuis plus de 17 ans. Le précédent, organisé en 2007-2008, était essentiellement orienté vers le gaz naturel. Cette fois, les autorités souhaitent ouvrir plus largement les portes, aussi bien à l’exploration terrestre qu’offshore.
Un pays toujours divisé politiquement
Ce retour offensif sur les marchés s’explique par une amélioration relative de la stabilité de la production. En 2025, la Libye a atteint un niveau quotidien de 1,37 million de barils, son plus haut depuis plus de douze ans, avant de se rapprocher aujourd’hui des 1,5 million de barils par jour. Malgré ces avancées, le contexte interne reste fragile. Deux exécutifs se disputent toujours le pouvoir : le gouvernement d’unité nationale basé à Tripoli et reconnu par l’ONU, et une administration rivale à l’Est du pays, sous l’influence du maréchal Khalifa Haftar.
Cette dualité institutionnelle demeure l’un des principaux freins à une stabilité durable du secteur. Les partenaires étrangers, eux, avancent avec prudence, conscients des risques sécuritaires et des interruptions de production qui ont marqué les années post-2011, après la chute de Mouammar Kadhafi. Au-delà du pétrole, les autorités libyennes tentent de préparer l’avenir.
La Libye, géant sous-exploité de l’Afrique
Abdelhamid Dbeibah a annoncé le lancement d’une stratégie nationale pour les énergies renouvelables, ainsi que l’initiative « Libye verte », qui prévoit la plantation de 100 millions d’arbres. Un discours destiné à montrer que le pays entend s’inscrire dans la transition énergétique mondiale, tout en restant fidèle à ses atouts fossiles. Le gouvernement assure vouloir améliorer l’efficacité opérationnelle, moderniser les infrastructures et offrir un cadre plus lisible aux investisseurs internationaux.
Avec des réserves prouvées estimées à 48,4 milliards de barils, les plus importantes du continent africain, la Libye dispose d’un potentiel considérable. L’accord avec TotalEnergies et ConocoPhillips pourrait marquer un tournant décisif, à condition que les promesses de stabilité et de continuité se concrétisent. Entre ambitions économiques, enjeux géopolitiques et défis sécuritaires, Tripoli joue une carte importante.




