
Alors que le Contrat de Désendettement et de Développement (C2D) entame sa dernière ligne droite avant une transition majeure prévue après 2027, l’heure est à l’inventaire. Entre infrastructures titanesques, réformes sociales et désendettement massif, retour sur un mécanisme qui a redessiné le visage de la Côte d’Ivoire post-crise.
Le C2D n’est pas un simple prêt, c’est une prouesse d’ingénierie financière. Le principe est unique : la Côte d’Ivoire rembourse ses dettes envers la France, et celle-ci les lui reverse immédiatement sous forme de subventions pour financer des projets de développement. Treize ans après le premier contrat signé en 2012, les chiffres donnent le tournis : plus de 1 900 milliards de FCFA environ 2,9 milliards d’euros mobilisés à travers trois conventions successives.
Des chantiers qui se voient, l’envolée des infrastructures
S’il est un domaine où l’impact du C2D saute aux yeux, c’est celui des infrastructures. Le projet emblématique reste sans doute le Pont Alassane Ouattara (le 5e pont d’Abidjan), reliant Cocody au Plateau, financé en partie via ce mécanisme. Mais l’action ne s’arrête pas à la capitale.
Le désenclavement des zones rurales a été une priorité absolue. Des milliers de kilomètres de pistes ont été réhabilités pour permettre aux producteurs de cacao et d’anacarde d’acheminer leurs récoltes. « Le C2D a permis de relier les bras aux marchés », résume un expert du secteur agricole.
L’humain au cœur du dispositif
Au-delà du béton, le bilan social est tout aussi dense. Dans le secteur de l’éducation, le C2D a financé la construction de centaines de collèges de proximité, réduisant drastiquement les distances de marche pour les élèves en milieu rural.
Sur le plan de la santé, la réhabilitation du CHU de Yopougon et le renforcement du plateau technique de nombreux hôpitaux régionaux ont marqué un tournant dans l’accès aux soins de qualité. Enfin, le volet « Emploi Jeunes » a permis de former et d’insérer des dizaines de milliers de jeunes Ivoiriens via des programmes d’apprentissage et de Travaux d’Utilité Publique (THIMO).
Le défi de la pérennisation : L’après-2027
Si le bilan est jugé « exceptionnel » par les autorités ivoiriennes et les partenaires français de l’AFD, un nouveau défi se profile : la transition. Le C2D étant un mécanisme lié à l’apurement de la dette, il a par nature une fin.
L’enjeu actuel, discuté lors des derniers comités de pilotage ce mois-ci, est d’assurer que les projets lancés conservent leur dynamique une fois les subventions épuisées. Le gouvernement ivoirien travaille déjà à intégrer ces financements dans le budget classique de l’État, tout en explorant de nouveaux modèles de partenariat public-privé (PPP).
La réussite ivoirienne fait des émules. La rigueur dans le suivi des projets et la transparence de la gouvernance du C2D sont souvent citées en exemple lors des sommets internationaux.
En transformant une charge financière (la dette) en un levier de croissance, la Côte d’Ivoire a su transformer une contrainte historique en un moteur pour construire le futur. Alors que le pays s’apprête à tourner cette page historique en 2027, l’héritage du C2D est gravé dans le paysage urbain et le tissu social ivoirien.



