« Montrer à notre jeunesse que le développement du continent est une réalité concrète », dixit Benjamin Ilboudo, fondateur d’Afrisoul


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Wendpayangdé Benjamin Ilboudo
Wendpayangdé Benjamin Ilboudo

Il est jeune, il a 23 ans. Mais il a une vision claire pour son continent, l’Afrique. Et cette vision, il l’a concréisé à travers Afrisoul, un projet qui, depuis quelques mois, fait son chemin à grandes enjambées. Lui, c’est Wendpayangdé Benjamin Ilboudo. Ce Burkinabè, basé à Ouagadougou, est diplômé en ingénierie mécanique, un secteur qui lui « a très tôt donné le goût de la technique, de la construction et de la rigueur », pour reprendre ses propres mots.

Mais l’ingénieur mécanicien a une autre corde à son arc : il est un passionné des technologies numériques et de la création de contenus. Dans ce domaine, il a accumulé au fil des années des compétences qu’il a décidé de mettre au service de sa vision, celle de valoriser le continent au moyen d’Afrisoul. Afrik.com est allé à la rencontre de ce jeune homme à l’esprit vif et alerte. Il nous parle d’Afrisoul.

Afrik.com : Expliquez-nous le nom Afrisoul.

Benjamin Ilboudo : Le nom « Afrisoul » est la contraction de « Africa » (l’Afrique) et « Soul » (l’âme en anglais). Littéralement, cela signifie « L’âme de l’Afrique ». À travers ce nom, je voulais exprimer que la véritable essence, la force profonde et l’énergie de notre continent ne résident pas dans les difficultés ou les crises souvent mises en avant, mais dans sa capacité à bâtir, à se moderniser et à se développer. Les grands chantiers, les infrastructures majeures et les leaders qui montrent le chemin de la souveraineté sont l’expression visible de cette force, de cette âme africaine qui avance.

Qu’est-ce qui a motivé la création d’Afrisoul ?

Ce qui a motivé ce projet, c’est un constat simple : le narratif médiatique classique sur l’Afrique est trop souvent focalisé sur le misérabilisme. En tant que jeune Africain, je constatais un énorme décalage entre cette image et la réalité des grands projets en cours de réalisation un peu partout sur le continent (centrales solaires, complexes routiers, infrastructures industrielles). J’ai eu envie de créer un canal moderne, dynamique et percutant pour documenter cette Afrique en pleine transformation et montrer à notre jeunesse que le développement du continent est une réalité concrète, en marche, portée par nos propres compétences.

Afrisoul n’a été lancé qu’à la fin de l’année 2025, mais il compte déjà plus de 55 000 abonnés et cumule des millions de vues. Qu’est-ce qui, selon vous, explique cette croissance rapide ?

Cette croissance exceptionnelle montre qu’il y avait une véritable soif, une demande non satisfaite au sein de la jeunesse africaine pour ce type de contenus. Les jeunes sont fatigués de voir leur continent associé uniquement aux crises. Lorsqu’ils découvrent des vidéos dynamiques, bien éditées, qui leur montrent des ingénieurs africains bâtir des ponts, des routes modernes ou des centrales solaires chez eux, ils ressentent une immense fierté. L’algorithme de TikTok a naturellement poussé nos contenus parce que l’engagement des utilisateurs — les partages, les commentaires et le temps de visionnage — est extrêmement élevé. C’est la preuve que le panafricanisme économique et constructif est une thématique puissante.

Vous abordez trois thématiques majeures : énergies, transports, grands chantiers industriels. Est-ce un choix que vous avez opéré ? Si oui, pourquoi ?

Oui, c’est un choix délibéré et stratégique. L’énergie, les transports et les grands chantiers industriels sont les piliers fondamentaux de la souveraineté et du développement de n’importe quelle nation. Sans énergie, on ne peut pas industrialiser ; sans infrastructures de transport (routes, rails, aéroports), on ne peut pas commercer ni désenclaver nos régions ; et sans grands chantiers, on ne crée pas d’emplois durables pour la jeunesse. En me concentrant sur ces trois secteurs, je ne fais pas de la simple distraction : je montre les fondations de l’Afrique de demain, impulsée par des leaders visionnaires. C’est ce qui donne à Afrisoul sa crédibilité et sa ligne éditoriale unique.

Nous avons compté 13 shorts sur votre compte TikTok dont 10 vidéos plus personnelles ou d’ambiance, qui n’ont aucun lien direct avec votre ligne éditoriale. Que faut-il comprendre de cela, et quelle est votre fréquence de publication ?

C’est une excellente observation. Au tout début, comme beaucoup de créateurs, j’utilisais ce compte pour des essais personnels et pour apprivoiser les codes de la plateforme. Mais la transition vers le concept Afrisoul s’est faite de manière très naturelle et aujourd’hui, notre ligne éditoriale est 100% définie et stabilisée autour du développement. Concernant ma fréquence de publication, je privilégie la qualité à la quantité. Je publie actuellement 2 à 3 vidéos approfondies par semaine. Chaque contenu demande un travail minutieux de recherche d’images, de vérification des informations et de montage pour que le rendu soit irréprochable et captivant.

Nous constatons également que vos contenus sont diffusés avec de la musique et non un commentaire. Pourquoi une telle option ?

C’est un choix esthétique et stratégique très fort. D’une part, Afrisoul utilise les codes du « faceless content » (contenu sans visage) : je souhaite que l’attention du public soit focalisée à 100% sur les projets, les infrastructures et sur ces leaders inspirants qui montrent le chemin de la souveraineté, plutôt que sur ma personne. D’autre part, la musique est universelle et transporte une émotion puissante. En associant des images impressionnantes de grands chantiers à des musiques épiques ou rythmées, je crée un impact visuel immédiat qui captive la jeunesse en quelques secondes. Ce choix permet aussi de dépasser la barrière de la langue : une vidéo purement visuelle et musicale peut être comprise et ressentie par un jeune au Burkina, au Kenya ou en Angola. C’est l’image de l’Afrique qui bâtit qui parle d’elle-même, et la musique vient souligner cette marche fière vers l’avant.

@benzovision0

Serge Ouitona
Serge Ouitona, historien, journaliste et spécialiste des questions socio-politiques et économiques en Afrique subsaharienne.
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