Hydrogène vert : l’Allemagne accélère entre l’Algérie et la Tunisie


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Une mission d’entreprises allemandes explore en Algérie et en Tunisie les possibilités de coopération dans la production, le stockage et le transport de l’hydrogène vert vers l’Europe.
Une mission d’entreprises allemandes explore en Algérie et en Tunisie les possibilités de coopération dans la production, le stockage et le transport de l’hydrogène vert vers l’Europe.

Après la tournée maghrébine de son ministre des Affaires étrangères, Berlin a envoyé cette semaine une mission d’entreprises en Algérie et en Tunisie. Ces rencontres, consacrées aux électrolyseurs, au stockage et au dessalement, esquissent le projet de faire du Maghreb l’une des principales portes d’entrée de l’hydrogène vert en Europe.

Une délégation de 11 entreprises allemandes spécialisées dans l’hydrogène vert, le Power-to-X et le stockage de l’énergie a effectué, du 21 au 25 septembre, une mission en Algérie puis en Tunisie. Après une rencontre d’affaires organisée lundi à Alger par la Chambre algéro-allemande de commerce et d’industrie, les industriels allemands se sont rendus mercredi 23 septembre à Tunis pour poursuivre les discussions avec les acteurs locaux.

Organisée par la société energiewaechter GmbH, dans le cadre de l’Exportinitiative Energie du ministère fédéral allemand de l’Économie et de l’Énergie, en coopération avec les chambres de commerce germano-algérienne et germano-tunisienne, la mission a couvert l’essentiel de la chaîne de valeur comprenant électrolyseurs, traitement et dessalement de l’eau, compression, stockage, pompage, ingénierie, certification et transformation des gazoducs existants. À Alger, des rencontres étaient notamment au programme avec Sonatrach, Sonelgaz et Cosider Canalisation.

Berlin est passé de la diplomatie aux projets industriels

Cette tournée économique a prolongé directement la visite effectuée les 31 août et 1er septembre par le ministre allemand des Affaires étrangères, Johann Wadephul. À Tunis, celui-ci avait rencontré le président Kaïs Saïed et son homologue Mohamed Ali Nafti. À Alger, il s’était entretenu avec le président Abdelmadjid Tebboune, Ahmed Attaf et le ministre des Hydrocarbures Mohamed Arkab. Selon le ministère allemand des Affaires étrangères, il était accompagné d’une délégation de représentants du monde économique. Les échanges avaient porté sur le gaz naturel, mais aussi sur la fabrication d’électrolyseurs, l’ammoniac vert, le dessalement et le transfert de technologies.

Berlin cherche d’abord à diversifier ses approvisionnements en gaz car ses réserves début septembre n’étaient remplies qu’à 50%. Mais cette tournée prépare aussi le terrain pour les importations d’hydrogène dont l’industrie allemande aura besoin pour se décarboner dans le futur. Le pays estime ses besoins en hydrogène et produits dérivés entre 95 et 130 TWh dès 2030, dont 50 à 70 % devraient être couverts par des importations.

L’Algérie, futur centre de production

Dans la stratégie allemande, l’Algérie dispose d’un avantage évident de par son expérience énergétique, son potentiel solaire et éolien, ses infrastructures gazières et sa proximité avec le marché européen. Alger ambitionne de fournir, à l’horizon 2040, jusqu’à 10 % des besoins européens en hydrogène, en s’appuyant sur une stratégie nationale visant une capacité d’électrolyse de 2,5 GW d’ici 2030, puis 7 GW en 2040. Le pays étudie par ailleurs la reconversion de la conduite TransMed pour le transport de l’hydrogène vers l’Europe.

Lors de la visite du président Tebboune à Berlin, mi-juillet, Sonatrach a signé deux protocoles d’accord avec des groupes allemands. L’un avec Bosch, portant sur l’étude d’une filière algérienne de l’hydrogène vert, incluant la fabrication d’électrolyseurs, l’autre avec Siemens Energy, axé sur la maintenance, la digitalisation et les solutions liées à l’hydrogène.

Pour Alger, l’enjeu est d’éviter de reproduire le modèle des hydrocarbures, fondé sur l’exportation d’une matière première brute. Un partenariat allemand n’a d’intérêt réel que s’il inclut le transfert de technologies et la production locale d’équipements.

La Tunisie, productrice et pays de passage

La Tunisie possède elle aussi d’importantes ressources renouvelables. Sa valeur stratégique tient surtout à sa situation sur le tracé du futur corridor SoutH2.

Long d’environ 3 300 kilomètres, ce réseau doit relier l’Afrique du Nord à l’Allemagne en passant par la Tunisie, l’Italie et l’Autriche. Ses promoteurs envisagent une capacité supérieure à quatre millions de tonnes d’hydrogène renouvelable par an, en réutilisant majoritairement des gazoducs existants. Le projet, porté par les gestionnaires de réseaux Snam, TAG, Gas Connect Austria et bayernets, s’inscrit dans le prolongement d’une déclaration politique d’intention signée à Rome en janvier 2025 par l’Algérie, l’Allemagne, l’Italie, l’Autriche et la Tunisie.

La stratégie tunisienne prévoit de développer sa propre production tout en devenant un maillon logistique entre l’Algérie et l’Europe. Tunis vise environ 300 000 tonnes d’exportations en 2030, avant une montée en puissance progressive. L’étape tunisienne de la délégation allemande a notamment permis d’identifier des projets et d’envisager la création de consortiums industriels.

Ali Attar
Ali Attar est un spécialiste reconnu de l'actualité du Maghreb. Ses analyses politiques, sa connaissance des réseaux, en font une référence de l'actualité de la région.
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