Solaire : les financements des entreprises africaines locales ont fondu de 88 % en deux ans


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Energie solaire dans le Sahara Algérien
Energie solaire dans le Sahara Algérien

Le solaire hors réseau connaît une croissance spectaculaire en Afrique, porté par les besoins d’électrification des campagnes et des petites entreprises. Mais les financements suivent mal et selon les données de GOGLA, les sociétés à capitaux locaux n’ont reçu que 3,1 % des investissements recensés dans le secteur en 2025. Le nouveau rapport publié le 27 octobre par la Banque mondiale et GOGLA met en lumière un marché prometteur, dont le financement reste largement concentré entre les mains de quelques grands opérateurs.

Dans les villages, les exploitations agricoles et les petits commerces, les installations solaires se multiplient. Les entreprises locales peinent pourtant encore à obtenir les capitaux nécessaires pour se développer.

Le contraste apparaît dans deux publications de GOGLA, l’association internationale du solaire hors réseau. La première, réalisée avec la Banque mondiale et présentée le 27 octobre 2026 à Kigali lors du Global Off-Grid Solar Forum and Expo, confirme l’expansion rapide du marché. La seconde, publiée en juin et consacrée aux investissements de 2025, révèle leur forte concentration.

À l’échelle mondiale, les équipements solaires hors réseau commercialisés par les entreprises suivies desservaient 149 millions de personnes en 2025, contre 118 millions deux ans auparavant, soit une hausse de 26 %.

Trois pays africains concentrent près de la moitié des ventes

En Afrique subsaharienne, le Kenya, le Nigeria et la Zambie concentrent à eux seuls 47 % des ventes de systèmes solaires domestiques, selon le nouveau Off-Grid Solar Market Trends Report 2026.

Le Kenya, où quelque 2,4 millions de produits solaires hors réseau ont été vendus en 2025, bénéficie notamment d’un réseau de distribution développé et d’une longue expérience des systèmes de paiement échelonné. Au Nigeria, les besoins considérables en électricité et les difficultés d’approvisionnement du réseau alimentent la demande.

Ces équipements alimentent des réfrigérateurs, des pompes d’irrigation, des commerces et de petites activités artisanales.

À l’échelle mondiale, 7,4 millions de personnes utilisent désormais des équipements solaires hors réseau pour soutenir une activité génératrice de revenus, selon le rapport.

« Le solaire hors réseau irrigue désormais des exploitations, permet aux dispensaires de rester ouverts et alimente les commerces qui font tenir les économies rurales. Ce sont les fonctions d’une infrastructure économique », souligne Sarah Malm, directrice exécutive de GOGLA.

Seulement 3,1 % des investissements pour les entreprises locales

La croissance des ventes ne se retrouve pas dans la répartition des financements. D’après le rapport de GOGLA sur les investissements du secteur, les entreprises à capitaux locaux n’ont reçu que 9,9 millions de dollars en 2025, sur 315 millions recensés, soit environ 3,1 %.

D’après le rapport de GOGLA sur les investissements du secteur, les entreprises à capitaux locaux n’ont reçu que 9,9 millions de dollars en 2025, sur les 315 millions investis cette année-là dans les sociétés de solaire hors réseau suivies par l’association, pour l’essentiel en Afrique. Elles ont donc capté environ 3,1 % des fonds, qu’il s’agisse de capital, de prêts ou de subventions.

À l’inverse, trois entreprises déjà bien établies ont capté près de 198 millions de dollars, représentant 62,9 % du total.

Les investisseurs privilégient les opérateurs capables de présenter plusieurs années d’activité, des portefeuilles de clients importants et des revenus relativement prévisibles.

Ces entreprises peuvent notamment mobiliser des financements adossés aux paiements futurs de leurs clients.

Pour une société africaine de taille modeste, implantée dans un seul pays, les conditions sont plus difficiles. Elle doit souvent financer ses stocks, développer son réseau commercial et proposer des facilités de paiement aux ménages, sans disposer des garanties exigées par les grands investisseurs.

GOGLA décrit ainsi un secteur « à deux vitesses » : quelques groupes accèdent à des financements de plus en plus sophistiqués, tandis que les petites entreprises restent largement à l’écart.

Le risque d’une dépendance financière durable

Le développement du solaire crée pourtant des emplois locaux dans la vente, l’installation, l’entretien et la distribution. Le marché suivi par GOGLA emploie environ 219 000 personnes dans le monde, pour la plupart des agents et des techniciens travaillant au sein des communautés qu’ils desservent.

Mais la création d’emplois ne signifie pas nécessairement que les entreprises africaines contrôlent une part importante du marché.

Une société locale peut parfaitement distribuer des équipements importés sans disposer des capitaux nécessaires pour développer ses propres activités à grande échelle.

Le problème dépasse d’ailleurs la nationalité des actionnaires. L’accès au crédit et le coût des emprunts en devises, exposés au risque de change, pèsent aussi sur les opérateurs.

GOGLA relève une forte progression des financements libellés en monnaies locales, qui ont atteint un niveau record de 47,2 % des montants investis en 2025. Ceux-ci restent néanmoins concentrés sur les opérateurs les plus solides.

Un potentiel immense, mais un financement encore insuffisant

La Banque mondiale estime que le solaire hors réseau constitue la solution d’électrification la moins coûteuse pour au moins 398 millions de personnes dans le monde.

Pour atteindre l’ensemble de ces populations, quelque 11,4 milliards de dollars d’investissements seraient nécessaires entre 2027 et 2030.

Le prix des équipements demeure cependant un obstacle. Seul un tiers des ménages privés d’électricité peut s’offrir un système solaire domestique d’entrée de gamme grâce au paiement échelonné et un autre tiers ne le peut qu’au prix d’un effort important. Pour réduire l’écart, le rapport cite les exonérations de TVA, les allègements de droits de douane et des subventions ciblées.

Pour les gouvernements africains, l’enjeu est aussi de permettre aux entreprises nationales de bénéficier de cette croissance. Or, selon GOGLA, aucune société à capitaux locaux n’a obtenu en 2025 de financement au-delà du stade de l’amorçage, alors que ces entreprises avaient levé 84,6 millions de dollars en 2023. L’association appelle les institutions de développement à soutenir des véhicules d’investissement qui ciblent explicitement ces opérateurs.

Sources officielles : Off-Grid Solar Market Trends Report 2026 (Banque mondiale/ESMAP et GOGLA) et GOGLA — The Sector Is Maturing. Capital Is Concentrating (juin 2026)

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