Hakimi et Kysre Gondrezick : une vidéo de grossesse contestée


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Kysre Gondrezick (John McClellan, CC BY-SA 2.0) et Achraf Hakimi (MFonzatti, CC BY-SA 4.0), via Wikimedia Commons. Photographies d'archives prises séparément, recadrées pour illustration
Kysre Gondrezick (John McClellan, CC BY-SA 2.0) et Achraf Hakimi (MFonzatti, CC BY-SA 4.0), via Wikimedia Commons. Photographies d'archives prises séparément, recadrées pour illustration

Une story Instagram effacée en quelques minutes, et dont l’authenticité est mise en doute, prête depuis jeudi au capitaine du Maroc une paternité cachée. Depuis 2023, plusieurs des épisodes les plus commentés de la vie privée d’Achraf Hakimi sont nés de la même façon, sur des comptes de réseaux sociaux et avant toute vérification. L’affaire qui sera jugée, l’accusation de viol portée contre lui en France, avance à un autre rythme.

La vidéo n’existe plus que sous forme de capture d’écran. Le 8 octobre, une story apparaît quelques instants sur le compte Instagram de Kysre Gondrezick, ancienne joueuse de WNBA reconvertie dans le mannequinat, avant d’être supprimée. L’Américaine de 29 ans y affirme avoir appris en juillet qu’elle était enceinte et désigne comme père Achraf Hakimi, capitaine des Lions de l’Atlas et double vainqueur de la Ligue des champions avec le Paris Saint-Germain. Elle situe la conception pendant la Coupe du monde, à l’époque où le Maroc jouait à Houston, et se dit « manipulée, utilisée, trahie », sans préciser à quoi renvoient ces mots.

Quatrième choix de la draft 2021, passée par l’Indiana Fever puis le Chicago Sky, Kysre Gondrezick doit surtout sa notoriété américaine à sa carrière de mannequin, à une couverture de Playboy et à sa relation passée avec le basketteur NBA Jaylen Brown. Le défenseur parisien n’a pas réagi publiquement à ses déclarations, pas plus que son club.

Houston, le 4 juillet

Un élément du récit se vérifie, c’est le passage des Lions de l’Atlas au Texas. Le Maroc y a disputé son huitième de finale contre le Canada, le 4 juillet au NRG Stadium, et l’a emporté 3-0 avec Hakimi titulaire, avant d’être éliminé par la France (0-2) le 9 juillet à Boston. Cette présence dans la ville ne dit rien cependant d’une éventuelle rencontre avec l’ancienne basketteuse, mais les réseaux sociaux ont vite trouvés de possibles liens.

Des internautes ont cru trouver un indice dans une photo publiée le 7 juillet sur le compte Instagram du joueur car son décor ressemblerait à l’intérieur du domicile de Kysre Gondrezick, à en juger par les images de son propre compte. Ni ce rapprochement ni le retrait de la photo ne permettent d’établir une relation, encore moins une grossesse ou une paternité, mais la toile s’enflamme.

Le doute porte aussi sur la vidéo elle-même. Aux États-Unis, les sites TotalProSports et EssentiallySports ont relayé les soupçons d’internautes qui y voient un contenu fabriqué par intelligence artificielle. Aucune expertise ne permet de trancher, et Kysre Gondrezick n’a pas encore commenté publiquement l’enregistrement depuis sa suppression. L’hypothèse n’a rien d’extravagant pour un joueur dont l’image a déjà été détournée. Ainsi une vidéo truquée, diffusée sur Facebook, lui faisait vanter en dialecte égyptien une application censée enrichir les jeunes Marocains.

En 2023, la légende de la fortune « au nom de sa mère »

Le mécanisme a un précédent. Le 13 avril 2023, quelques semaines après l’annonce de sa séparation d’avec l’actrice Hiba Abouk, un compte Twitter ivoirien suivi par environ un demi-million d’abonnés publiait une histoire sans source. Il racontait que venue réclamer devant le juge la moitié de la fortune du joueur, son ex-épouse aurait découvert que tous ses biens, salaire compris, étaient au nom de sa mère, Saïda Mouh. Le récit est repris par Marca, Hespress ou Goal, puis par Fox News aux États-Unis.

Pourtant l’histoire ne reposait sur rien. Des juristes ont rappelé qu’un tel montage était juridiquement impossible, et le site de vérification Dubawa relevait qu’aucune procédure de divorce n’avait alors été rendue publique. Elle a pourtant voyagé bien au-delà du Maroc, jusqu’au Ghana et au Nigeria, où elle a fait d’Hakimi le héros de blagues sur sa « stratégie » patrimoniale. Dubawa notait aussi la vague de commentaires misogynes qu’elle a déclenchée contre Hiba Abouk. Interrogée par des médias marocains, la mère du joueur avait répondu ne rien savoir d’un tel transfert, en ajoutant qu’elle n’y verrait aucun problème.

Hiba Abouk avait annoncé la séparation le 27 mars 2023, dans un message publié sur Instagram. L’actrice de la série El Príncipe, mère des deux fils du joueur nés en 2020 et 2022, y précisait que la décision précédait l’accusation de viol, affirmait se tenir du côté des victimes et s’en remettre à la justice. En juillet 2026, dans un entretien repris par la presse espagnole, elle a décrit une séparation « totalement amiable » et démenti toute bataille financière.

Des idylles prêtées, jamais confirmées

Les rumeurs sentimentales ont suivi le même chemin. En juin 2024, des photos de l’agence Gtres montrent Hakimi à Ibiza, sur un yacht, au milieu d’un groupe d’amis où figure la chanteuse espagnole Lola Índigo. La liaison est aussitôt annoncée sur les réseaux. L’artiste la dément sur X, se dit en couple depuis deux ans et dénonce le harcèlement qu’elle subit, avant d’effacer à son tour ses messages.

Avec Imaan Hammam, mannequin néerlandaise d’origine marocaine et égyptienne, tout part d’une couverture. En mars 2025, Vogue Arabia les réunit pour un entretien croisé sur leurs racines et leurs familles, que le magazine présente comme le portrait d’une amitié. Des photos des deux stars dans les rues de New York, en juillet 2025, au lendemain de la victoire du PSG sur le Real Madrid en Coupe du monde des clubs, relancent les spéculations, que la présence de la mannequin dans les tribunes du club parisien entretient depuis. Aucun des deux n’a confirmé de relation. Dans l’entretien à Vogue Arabia, Hakimi décrivait la perte de son intimité comme le revers le plus difficile de la célébrité.

Le seul dossier qui sera jugé

Ces épisodes n’ont rien de commun avec la procédure ouverte en France en février 2023, la seule qui sera tranchée par un tribunal. Une jeune femme de 24 ans, avec qui le joueur échangeait sur Instagram depuis janvier, affirme avoir été violée à son domicile de Boulogne-Billancourt, dans la nuit du 24 au 25 février 2023. Elle décrit des attouchements et une pénétration digitale imposés malgré son refus. Hakimi conteste et affirme s’en être tenu à quelques baisers, en respectant le refus de la jeune femme d’aller plus loin.

Sa défense, assurée par Me Fanny Colin, plaide une tentative d’extorsion et s’appuie sur des messages échangés par la plaignante avec une amie avant la rencontre. L’avocate de la jeune femme, Me Rachel-Flore Pardo, y voit une ligne de défense classique dans les affaires de violences sexuelles. Mis en examen le 2 mars 2023, le défenseur a été renvoyé devant la cour criminelle départementale des Hauts-de-Seine par une juge d’instruction en février 2026, à la demande du parquet de Nanterre. La chambre de l’instruction de la cour d’appel de Versailles a confirmé ce renvoi le 19 juin, en pleine Coupe du monde, et la Cour de cassation a écarté son pourvoi le 23 septembre, ce qui rend la décision définitive.

Hakimi sera donc jugé par des magistrats professionnels, sans jury, pour un crime passible de quinze ans de réclusion. La date du procès n’est pas fixée. Il reste présumé innocent, et aucun élément ne relie ce dossier aux déclarations attribuées à Kysre Gondrezick.

« Une cible facile »

Le joueur a lui-même livré sa lecture de ces trois années. Après la décision de Versailles, il a écrit sur X que l’affaire n’aurait, selon lui, jamais existé s’il n’était pas une personnalité connue, et qu’il avait parfois le sentiment d’être devenu « une cible facile ». En septembre 2025, sur Canal+, il évoquait déjà des tentatives de chantage et la perte de partenaires commerciaux.

Au Maroc, où le meilleur joueur africain de l’année 2025 fait figure d’idole, ni les instances du football ni la presse ne s’étaient risquées à commenter son renvoi en procès, constatait en février un reportage repris par AllAfrica. Sur les réseaux sociaux du royaume, la vidéo attribuée à Kysre Gondrezick a pourtant circulé aussi vite que la légende de la fortune maternelle trois ans plus tôt. Dimanche matin, ni le joueur ni le PSG ne s’étaient exprimés à son sujet, préférant mettre en avant la victoire samedi soir 3-1 contre LE Mans, et l’ancienne basketteuse n’avait produit aucun élément à l’appui de ses possibles affirmations.

Amadou Atar
LIRE LA BIO
Amadou Atar est une référence dans le monde du football africain. Il est précis et objectif dans ses articles, même si on ne peut lui enlever un penchant historique pour le mythique club français de Saint-Etienne où sont passés plusieurs des plus grands joueurs africains de l'histoire
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