
La Cour suprême de Guinée a tranché. Réunie en audience solennelle le dimanche 4 janvier en soirée, la plus haute juridiction du pays a confirmé les résultats de l’élection présidentielle du 28 décembre, consacrant la victoire de Mamadi Doumbouya avec 86,72% des voix. Cette décision officialise l’accession du général à la magistrature suprême et marque une étape clé dans le processus de transition politique engagé ces dernières années.
Ancien chef de la junte arrivée au pouvoir par un coup d’État en 2021, Mamadi Doumbouya avait conduit la transition avant de se présenter à cette présidentielle, malgré les critiques d’une partie de l’opposition. Élu dès le premier tour pour un mandat de sept ans, il s’impose très largement face à plusieurs candidats de moindre notoriété. Certains analystes ont toutefois relativisé, le scrutin en raison du boycott de plusieurs grands partis d’opposition et l’exclusion de grandes figures politiques (Cellou Dalein Diallo, Alpha Condé…) Un contexte qui alimente le débat sur la représentativité du vote.
Un scrutin sans surprise, sur fond de boycott
La proclamation des résultats par le président de la Cour suprême, Fodé Bangoura, n’a surpris ni les observateurs ni la classe politique. « Considérant que le candidat Mamadi Doumbouya a obtenu le plus grand nombre de suffrages exprimés, il est proclamé élu président de la République dès le premier tour », a-t-il déclaré, mettant un point final au processus électoral.
Mamadi Doumbouya se présentait comme candidat indépendant, fort d’une notoriété acquise durant la période de transition. En face, ses adversaires disposaient de moyens limités et d’une visibilité réduite, ce qui a contribué à un scrutin déséquilibré. Le taux de participation, bien que jugé acceptable par les autorités, a été relativisé par certains analystes en raison du boycott de formations politiques influentes.
Un discours d’unité et de souveraineté
Peu après la validation officielle des résultats, le Président élu s’est adressé à la nation. Dans un ton solennel, Mamadi Doumbouya a appelé les Guinéens à dépasser les clivages pour construire un avenir commun. Il a insisté sur la nécessité de renforcer la souveraineté politique et économique du pays, tout en saluant le calme observé durant le processus électoral.
Selon lui, la large majorité obtenue dès le premier tour constitue autant un honneur qu’une responsabilité. Il a affirmé vouloir gouverner dans l’intérêt de tous les citoyens, y compris ceux qui n’ont pas participé au vote, promettant une gouvernance axée sur la stabilité, le développement et la paix sociale.
Des réactions contrastées mais globalement apaisées
Du côté des autres candidats, les réactions ont été majoritairement mesurées. Ibrahima Abé Sylla, leader de la Nouvelle Génération pour la République, a félicité le vainqueur et appelé à l’unité nationale. Pour lui, l’urgence réside désormais dans la mise en œuvre de politiques capables de répondre aux défis socio-économiques du pays, notamment l’emploi des jeunes et l’amélioration des services publics.
Sidibé Ousmane, cadre du Rassemblement des Guinéens pour la prospérité, a quant à lui salué ce qu’il considère comme une victoire pour la Guinée avant tout. Il a mis en avant l’esprit républicain affiché par les candidats en lice et appelé à préserver la dynamique démocratique, malgré les imperfections du processus.
Entretien entre Mamadi Doumbouya et Emmanuel Macron
La confirmation de la victoire de Mamadi Doumbouya a également suscité des réactions à l’étranger. Le Président français Emmanuel Macron s’est entretenu avec son homologue guinéen pour le féliciter, soulignant l’importance de cette élection dans l’achèvement de la transition politique. Paris a salué une étape décisive, tout en appelant à la poursuite des réformes institutionnelles et au respect des engagements démocratiques.
Plusieurs organisations de la société civile et partis d’opposition continuent toutefois de dénoncer un processus jugé peu inclusif, évoquant des restrictions des libertés publiques, des arrestations d’opposants et un manque de transparence dans la préparation du scrutin
À l’heure où Mamadi Doumbouya s’apprête à entamer son mandat, les attentes sont élevées. Entre promesses de refondation de l’État, réforme en profondeur du secteur minier, amélioration des services de base et réconciliation nationale, le nouveau Président devra rapidement convaincre qu’il peut transformer cette victoire électorale en améliorations tangibles du quotidien.





