
Le chef de la transition guinéenne a officialisé sa candidature à l’élection présidentielle, désormais attendue pour 2025. Pour légitimer son passage du treillis au costume civil, le général Mamadi Doumbouya mise sur une carte maîtresse : le nationalisme minier et la reprise en main des ressources stratégiques du pays.
Quatre ans après le putsch contre Alpha Condé, le Général de corps d’armée Mamadi Doumbouya franchit le Rubicon. Si la Charte de la transition interdisait initialement aux membres du CNRD de se présenter, la nouvelle dynamique constitutionnelle a levé les verrous. Sa campagne s’articule autour d’un argumentaire souverainiste : la refondation totale du secteur minier, véritable poumon économique d’un pays détenant les plus grandes réserves mondiales de bauxite et le gisement de fer inexploité le plus riche au monde, le Simandou.
Le levier minier : de la Bauxite au Simandou
Dès sa prise de pouvoir en septembre 2021, le Comité national du rassemblement pour le développement (CNRD) a fait de la gouvernance extractive sa priorité absolue. Le constat était amer : bien que la Guinée fournisse près d’un quart de la bauxite mondiale, les retombées pour les populations restaient insignifiantes.
Le régime a imposé un rapport de force inédit avec les géants du secteur :
- Renégociation des conventions : Les majors comme Rio Tinto, Alcoa ou la CBG (Compagnie des Bauxites de Guinée) ont dû revoir leur copie.
- L’accélération du Simandou : C’est le « trophée » de Doumbouya. Après des décennies de blocage, le projet Simandou (fer) a été relancé avec un modèle de co-développement exigeant, incluant l’État guinéen comme actionnaire stratégique.
- Ultimatum sur les raffineries : La transformation sur place n’est plus une option. La construction de raffineries d’alumine est devenue une condition sine qua non pour le maintien des permis d’exploitation.
Le « Contenu Local » comme horizon politique
L’ambition affichée par Conakry est de rompre avec le modèle de « comptoir colonial« . Plutôt que d’exporter la terre rouge brute vers les fonderies chinoises ou européennes, le Général Doumbouya exige que la chaîne de valeur soit captée nationalement. Cette politique se traduit par la Loi sur le Contenu Local, qui impose aux miniers :
- L’emploi prioritaire des Guinéens à des postes de direction.
- La sous-traitance avec des PME locales.
- Le développement d’infrastructures lourdes, à l’image du Transguinéen, ce chemin de fer de 600 km reliant le Simandou à l’Atlantique, censé désenclaver l’arrière-pays.
Cependant, le narratif du « miracle minier » pourrait se heurter à une réalité sociale plus nuancée en raison de facteurs conjoncturels. En effet, le pays traverse une crise d’électricité sévère (délestages récurrents), une ombre au tableau pour un régime qu’il va falloir régler pour avancer vers l’industrialisation promise.
Une candidature à l’épreuve de la CEDEAO
La communauté internationale observe cette manœuvre avec pragmatisme. La CEDEAO, affaiblie par les fractures au Sahel (Mali, Burkina Faso, Niger), dispose de leviers limités face à une Guinée financièrement autonome grâce à ses mines. Mamadi Doumbouya aborde donc cette élection en position de force, soutenu par une administration loyale et des partenaires économiques (Chine, Russie, Turquie) aujourd’hui moins gourmants économiquement que les anciennes puissances coloniales.
Le pari est lancé par Mamadi Doumbouya. Les milliards du Simandou qui doivent ruisseler vers les Guinéens et la fierté nationaliste doivent faire oublier aux électeurs une transition devenue perpétuelle.




