Sénégal : Doudou Wade face aux enquêteurs après ses déclarations télévisées


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Doudou Wade
Doudou Wade

La tension monte dans les cercles politiques dakarois. Ce lundi 2 février, Doudou Wade, figure emblématique du Parti démocratique sénégalais (PDS) et ancien président du groupe parlementaire libéral, s’est présenté au commissariat central de Dakar. Cette convocation fait suite à une auto-saisine du procureur concernant des propos tenus lors de l’émission « Faram Facce » sur la TFM le 28 janvier dernier.

Alors que le journaliste Pape Ngagne Ndiaye est ressorti libre après une longue audition vendredi dernier, le sort de l’homme politique reste au cœur de toutes les attentions.

Une analyse historique jugée sensible par la justice

L’interrogatoire des enquêteurs de la Sûreté urbaine porte sur des segments précis de l’intervention de Doudou Wade. Ce dernier avait notamment évoqué des contextes historiques où, selon ses dires, des républiques auraient été « sauvées » par des coups d’État ou des interventions de l’armée. Si ses partisans y voient une simple analyse rétrospective et académique, l’autorité judiciaire cherche à déterminer si ces propos ne constituent pas une apologie de l’insurrection ou une incitation à la déstabilisation des institutions. La comparaison qu’il a établie entre la gestion de l’État et le pilotage d’un avion par un conducteur de « moto Jakarta » est également examinée de près.

Le cri d’alarme de quatorze anciens présidents de groupe

Face à cette procédure, un élan de solidarité parlementaire s’est organisé. Quatorze anciens présidents de groupes de l’Assemblée nationale ont signé une déclaration commune pour soutenir leur collègue. Ces personnalités, issues de diverses législatures, expriment leur profonde préoccupation face à ce qu’elles appellent la « judiciarisation de la parole critique ». Pour ces signataires, criminaliser l’opinion ou la critique gouvernementale constitue un recul dangereux pour la vitalité démocratique du Sénégal. Ils rappellent que la liberté d’expression est un pilier de l’État de droit garanti par la Constitution et ne devrait pas faire l’objet de poursuites pénales systématiques.

Les limites de la liberté d’expression en débat

Cette affaire relance le débat national sur les frontières entre la critique politique légitime et l’infraction à la loi. Sur les réseaux sociaux et dans les états-majors politiques, les avis divergent radicalement entre ceux qui réclament la protection du sanctuaire de la libre expression et ceux qui appellent à la responsabilité des leaders d’opinion pour préserver la stabilité du pays. Tandis que l’audition se poursuit en présence de ses avocats, le cas de Doudou Wade apparaît comme un test majeur pour le nouveau régime, confronté à l’équilibre délicat entre respect de l’ordre public et garantie du pluralisme des idées.

Maceo Ouitona
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Maceo Ouitona est journaliste et chargé de communication, passionné des enjeux politiques, économiques et culturels en Afrique. Il propose sur Afrik des analyses pointues et des articles approfondis mêlant rigueur journalistique et expertise digitale
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