
L’apparition d’un groupe d’autodéfense communautaire vêtu d’uniformes officiels secoue la classe politique libérienne. Entre craintes de dérive ethnique et rappel à la Constitution, le gouvernement doit répondre ce lundi devant le Parlement de l’existence de cette force non autorisée.
Ce lundi 23 février, une convocation de haut rang se tient à la Chambre des représentants. Le ministre de la Justice, le directeur de l’Agence nationale de sécurité (NSA) et l’inspecteur général de la police sont entendus par les députés. L’objectif : faire la lumière sur les activités de la « National Fula Security of Liberia » (NFSL). Il s’agit d’un groupe d’autodéfense issu de la communauté Peul dont l’émergence suscite une vive polémique nationale.
Une vidéo virale qui réveille les démons du passé
L’alerte a été donnée par une vidéo massivement relayée sur les réseaux sociaux. On y voit des hommes se présentant comme des membres de la NFSL, arborant des tenues calquées sur celles des forces de l’ordre officielles. Dans un pays encore marqué par les traumatismes de deux guerres civiles, la vue de civils armés ou uniformisés en dehors du cadre étatique a immédiatement déclenché une vague d’inquiétude.
A trending video circulating on social media has sparked national debate following the emergence of a group identifying itself as the National Fula Security of Liberia (NFSL).
The formation of the group has caused widespread controversy.Read more: https://t.co/3ziyz6jVc2 pic.twitter.com/8q9tyMwqkh
— FrontPageAfrica (@FPAfrica) February 16, 2026
Sur le plan légal, la situation est jugée critique. L’article 80(b) de la Constitution de 1986 interdit formellement à toute organisation « d’organiser, former ou équiper un groupe en vue d’utiliser la force physique ou la coercition ». Ainsi, ce principe constitutionnel sanctuarise le « monopole de la violence légitime » aux seules institutions de sécurité mandatées par l’État libérien.
Entre déni de milice et fermeté gouvernementale
Face à l’indignation, les représentants de la communauté Peul tentent de calmer le jeu. Dans un communiqué officiel, le Forum Peul rejette toute comparaison avec des groupes terroristes : « Bien que nous comprenions le souci du respect de l’État de droit, comparer une organisation communautaire à Boko Haram est non seulement inexact, mais aussi dangereusement incendiaire », plaident-ils. En outre, ils mettent garde contre le risque de profilage ethnique.
Cependant, cet argumentaire n’a pas fléchi la position du gouvernement. Le ministère de la Justice a ordonné l’arrêt immédiat des activités de la NFSL, affirmant n’avoir délivré aucune autorisation. Le ministère a rappelé avec fermeté que si les communautés peuvent solliciter une protection pour leurs commerces ou lieux de culte, celle-ci doit impérativement être coordonnée et assurée par les agences de l’État.
L’audition parlementaire de ce lundi devra déterminer le degré d’implantation de ce groupe, son ampleur réelle, et surtout établir si des failles de renseignement ont permis à une telle structure de voir le jour. En effet, pour le Libéria, il s’agit de protéger une paix et une gouvernance démocratique encore en phase de consolidation



