
La ville de Cotonou ouvre une nouvelle page de son histoire municipale. Désigné maire par l’Union progressiste le Renouveau (UPR), Luc Gnacadja a officiellement pris les rênes de la capitale économique du Bénin, ce 15 février 2026. Il succède à Luc Atrokpo, élu député dans la 16ᵉ circonscription à l’issue des législatives du 11 janvier 2026.
Un Luc peut en cacher un autre. C’est en tout cas ce qui s’est passé à la mairie de la plus grande ville du Bénin, Cotonou, où Luc Gnacadja vient de prendre la succession de Luc Atrokpo. À ses côtés au sein de l’exécutif communal : Arlette Saïzonou, première adjointe au maire, Gatien Adjagboni, deuxième adjoint, et Irène Béhanzin, troisième adjointe. Une équipe appelée à piloter l’administration d’une ville confrontée à des défis urbains majeurs : pression démographique, mobilité saturée, gestion des déchets, vulnérabilité climatique et inégalités sociales persistantes.
Un itinéraire entre État, diplomatie et environnement
L’arrivée de Luc Gnacadja à la tête de la mairie de Cotonou n’est pas celle d’un novice. Son parcours, forgé sur près de trois décennies, combine responsabilités nationales et exposition internationale. Son entrée dans la vie publique remonte à juin 1999, lorsqu’il devient ministre de l’Environnement, de l’Habitat et de l’Urbanisme dans le gouvernement du Président Mathieu Kérékou. Jusqu’en février 2005, il pilote les politiques liées à l’aménagement du territoire, à la planification urbaine et à la régulation environnementale dans un contexte de croissance accélérée des villes béninoises.
Durant cette période, son action s’inscrit dans la promotion d’un urbanisme structuré et dans la mise en place de cadres réglementaires visant à encadrer l’extension des zones bâties. Il reçoit en 2003 le Green Award de la Banque mondiale, saluant des initiatives en matière de développement durable. Son parcours prend ensuite une dimension mondiale. En septembre 2007, il est nommé secrétaire exécutif de la Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification (CNULD) par le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon. À ce poste stratégique, qu’il occupe jusqu’en 2013, il coordonne la coopération internationale contre la dégradation des terres et la désertification, enjeux cruciaux pour de nombreux pays africains.
Cette expérience multilatérale le place au cœur des négociations environnementales globales et lui confère une expertise reconnue en gouvernance durable, en diplomatie climatique et en mobilisation de partenariats internationaux.
Un retour assumé à la politique locale
Après plusieurs années consacrées aux questions environnementales internationales, Luc Gnacadja choisit de revenir à la scène locale. Élu conseiller municipal lors des communales de janvier 2026, il est porté à la tête de la mairie lors de l’installation du conseil communal. Ce retour à la proximité n’est pas anodin. Dans une publication du 4 janvier sur sa page Facebook, il expliquait sa candidature par la volonté de promouvoir « une action municipale proche des quartiers », fondée sur la reddition de comptes et la protection des plus fragiles. Pour lui, la mairie doit redevenir un espace de dialogue direct avec les citoyens, au-delà des logiques strictement administratives.
À la tête de Cotonou, Luc Gnacadja affiche des priorités clairement articulées autour de six axes :
- Eau et assainissement : dans une ville côtière exposée aux inondations et à la montée des eaux, la gestion des eaux pluviales, la lutte contre l’insalubrité et l’amélioration des infrastructures de drainage figurent parmi les chantiers les plus urgents.
- Sécurité des quartiers : au-delà de la dimension policière, le nouveau maire défend une approche intégrée : éclairage public, aménagement urbain, régulation des occupations informelles et collaboration avec les comités de quartiers.
- Mobilité urbaine : embouteillages chroniques, transports collectifs insuffisants, voiries dégradées, la fluidité des déplacements reste un défi majeur pour la capitale économique. L’expérience de l’ancien ministre de l’Urbanisme pourrait peser dans la redéfinition des schémas de circulation.
- Emploi local : sans disposer de leviers macroéconomiques, la mairie peut encourager l’entrepreneuriat, soutenir les activités génératrices de revenus et favoriser les marchés de proximité.
- Solidarité et protection sociale : Luc Gnacadja insiste sur la nécessité de faire de Cotonou « la ville qui protège les plus vulnérables » — femmes en situation précaire, jeunes sans emploi, populations exposées aux inondations ou à l’insalubrité.
- Gouvernance et transparence : marqueur central de son discours, la reddition de comptes se traduit par des mécanismes de suivi des projets et une communication régulière envers les habitants.
Une mairie face à des attentes élevées
Le défi est de taille. Cotonou, cœur économique du Bénin, concentre les activités portuaires, commerciales et administratives. Mais la ville fait face à une pression démographique constante, à une urbanisation parfois désordonnée et à une sensibilité accrue face aux changements climatiques. L’expérience internationale de Luc Gnacadja pourrait constituer un atout pour mobiliser des partenariats techniques et financiers, notamment dans les domaines de la résilience urbaine et de la transition écologique. Son passage à la tête de la CNULD lui a permis de tisser des réseaux diplomatiques susceptibles de favoriser des coopérations décentralisées. Toutefois, la gestion municipale diffère de la diplomatie multilatérale. Elle exige des arbitrages quotidiens, une proximité constante avec les réalités sociales et une capacité à produire des résultats visibles à court terme.
Son prédécesseur, Luc Atrokpo, avait engagé plusieurs chantiers structurants. La question sera de savoir si le nouveau maire inscrira son action dans la continuité ou s’il imprimera une inflexion plus marquée vers la gouvernance participative et l’environnement urbain. Pour les observateurs, l’enjeu central sera la traduction concrète des engagements : comment transformer un discours sur la proximité en mécanismes institutionnels durables ? Comment concilier ambitions environnementales et contraintes budgétaires ?
Avec Luc Gnacadja, Cotonou confie sa gestion à un profil hybride : technocrate, diplomate environnemental et acteur politique. Son parcours, de l’État béninois aux Nations unies, puis de retour à la scène municipale, reflète une trajectoire singulière. À l’heure où les villes africaines sont au cœur des dynamiques démographiques et climatiques du continent, son mandat pourrait devenir un laboratoire de gouvernance urbaine durable.




